Elections américaines 2020 : en Floride, la mobilisation des jeunes Latinos démocrates n’a pas suffi pour Joe Biden – Le Monde

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Ralph Reichard, 45, habite depuis 4 ans à Miami Lakes et travaille dans la bureautique. Il est marié à Alex Suarez, 45, d'origine cubaine, depuis 6 ans. Ils sont démocrates et supportent Joe Biden. Ensemble ils ont 3 enfants adoptés ayant 3 et 4 ans : 2 filles afro-américaines et un garçon d'origine cubaine. Ils ont installé tous les signes pro-démocrates qu'ils doivent démonter tous les soirs et réinstaller tous les matins. Bureau de vote du quartier de Miami Lakes. Miami, Floride. 3 novembre 2020. Jour des élections présidentielles aux Etats-Unis. ©Benjamin Petit pour Le Monde

BENJAMIN PETIT POUR  « LE MONDE »

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Publié aujourd’hui à 10h14, mis à jour à 11h33

Ils avaient espéré une « soirée de la victoire » : mardi 3 novembre, le groupe des « Cubains pour Biden » s’était donné rendez-vous devant un vaste centre de convention du quartier branché de Wynwood, à Miami. Une réunion typique des temps de pandémie, tout en extérieur et masquée, plutôt clairsemée, certains participants ne quittant pas leur voiture. Mais une soirée pleine d’espoir, du moins au début. Devant l’écran géant branché sur la chaîne CNN, les cartes défilaient, comté par comté, ponctuées par les exclamations enthousiastes d’un Monsieur Loyal. Bleu, puis rouge, puis bleu et encore rouge, de plus en plus rouge, la couleur du Parti républicain.

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Progressivement, même les plus optimistes ont dû déchanter : la Floride risquait de ne pas changer de couleur. En dépit d’une forte mobilisation pour le camp démocrate, l’Etat du Sud semble s’être de nouveau donné aux républicains, comme il l’avait déjà fait en 2016. Même le comté de Miami-Dade, le plus peuplé de l’Etat, qui avait accordé une forte avance à Hillary Clinton en 2016, a vu reculer le vote démocrate. Peuplé de nombreux retraités, mais aussi d’une importante communauté latino-américaine (17 % de l’électorat) et notamment cubaine, cet Etat fort de 29 grands électeurs a largement voté pour Donald Trump. Un mauvais présage, pour qui se souvient de l’adage, rarement démenti depuis des décennies : qui gagne la Floride gagne la présidence. Depuis 1928, seuls deux présidents ont dérogé à la règle : John Kennedy, en 1960, et Bill Clinton, en 1992.

Des militants démocrates jouent de la musique et dansent, à proximité du bureau de vote du quartier de Miami Lakes, à Miami, en Floride, le 3 novembre 2020.

Dans la journée, la plupart des écoles, casernes de pompiers, églises ou bibliothèques transformées en centres de vote ont été plutôt calmes. Quelques files d’attente le matin de bonne heure, puis une faible affluence jusqu’à la clôture des urnes, à 19 heures dans la plupart des bureaux. Dès 10 heures, les électeurs entraient sans avoir fait la queue et s’installaient devant les machines à voter, dans des salles en partie désertes. Comme presque 100 millions d’Américains, les habitants de Floride ont beaucoup exprimé leurs suffrages par anticipation. Leurs bulletins ayant été dépouillés au fur et à mesure, les résultats sont tombés plus tôt que dans d’autres parties du pays.

« Je pensais que nos institutions étaient solides »

Seuls les militants les plus engagés sont restés groupés devant les bureaux de vote, chacun tenant ses positions comme à Miami Lakes, banlieue située au sud-ouest de Miami. D’un côté, des panneaux appelant à voter pour Trump. De l’autre, une forêt de pancartes en faveur de Biden, plantées à perte de vue sur la pelouse bien tenue. Toutes ont été installées par Alex Suarez et son mari, Ralph Reichard, un couple des environs. « Nous venons depuis plusieurs jours, explique Alex, professeur de mathématiques. Chaque matin, nous les installons et, chaque soir, il faut les enlever. Mais, si nous n’avions pas fait ça, il n’y aurait eu que des appels à voter républicain et nous nous battons pour les démocrates. J’ai pris des vacances pour être là, c’est tellement important ! » Pour eux, qui craignent de voir la Cour suprême revenir sur les droits des homosexuels, « mais aussi pour nos trois enfants adoptifs, affirme Ralph, deux d’entre eux sont des filles d’origine afro-américaine. Nous voulons qu’elles soient respectées quand elles grandiront ». Aux yeux d’Alex, « ce qui est arrivé avec Trump ne devrait plus jamais arriver. Je pensais que nos institutions étaient solides, que nous vivions dans un grand pays, et là, je me suis rendu compte que ce n’est pas si vrai ».

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