Eau “contaminée” à Paris : itinéraire d’une psychose, entre faits établis et folles rumeurs – LCI

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A LA LOUPE – La psychose enfle depuis quelques jours concernant une contamination de l’eau du robinet en Ile-de-France, tantôt au “titanium”, tantôt au “tritium”. Tentons de démêler l’itinéraire d’une histoire en plusieurs actes, mêlant communiqué sérieux et rumeurs intraçables, qui ont tout de même provoqué de nombreux appels inquiets au Samu en cette fin de semaine.
Un vent de panique en bonne et due forme. Ces derniers jours, vous avez peut-être vu passer l’information selon laquelle l’eau du robinet, notamment dans l’Ouest et en Ile-de-France, serait contaminée au tritium, une forme d’hydrogène radioactif. Cette information, nécessitant explications, a été traitée par de très nombreux médias (y compris sur LCI), mercredi et jeudi derniers.

Mais rapidement, la psychose s’installe. Et alors qu’un nouvel épisode de canicule se profile, on voit fleurir sur Twitter des appels à ne pas consommer l’eau du robinet. Certains commencent même à préparer des stocks d’eau minérale en bouteilles , évoquant une contamination au “titanium”. 

La panique est telle que la préfecture de Paris a jugé bon apporter un démenti, vendredi, dans la soirée. “Aucun arrêté préfectoral n’a été pris par le préfet de Paris. Les valeurs observées à ce jour ne montrent pas de risque pour la santé publique. L’eau du robinet peut donc être consommée sans restriction.” Suivi de près par l’ARS (agence régionale de santé) d’Ile-de-France qui ce samedi, indique : “L’eau du robinet, la plus contrôlée de France, peut être consommée sans risque”. 

Un taux en-dessous des seuils recommandés

Alors par quel bout attraper cette histoire ? D’abord, il faut comprendre qu’elle comporte plusieurs volets, dont tous ne relèvent pas de la rumeur pure et simple. Il y a en premier lieu la reprise du communiqué de “l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest” (Acro), par le Canard Enchaîné puis Le Parisien, dès mercredi. Cette association dotée d’un laboratoire, située près de Caen, se fonde sur les données de l’ARS pour expliquer que “268 communes sont concernées par la présence de tritium (l’hydrogène radioactif rejeté par les installations nucléaires) dans l’eau potable en France métropolitaine”, et que “6,4 millions de personnes sont alimentées par l’eau contaminée au tritium”. 

C’est sur ce communiqué, étayé par des chiffres officiels, que se fondent les médias reprenant l’information. Tous précisent bien que les taux demeurent en-dessous des seuils fixés par les autorités pour déclencher des investigations complémentaires. “Aucune valeur ne dépasse le critère de qualité de 100 Bq/L (becquerel par litre) instauré par les autorités sanitaires”, précise pour sa part le communiqué de l’Acro. La dépêche AFP sur le sujet reprend par ailleurs les recommandations de l’OMS (organisation mondiale de la Santé) qui préconise “une valeur guide de 10.000 Bq/L pour le tritium dans l’eau de boisson, à considérer en case de consommation permanente de l’eau”. Malgré des titres parfois alarmistes, les médias se fondent, à ce stade de l’affaire, sur des données étayées. Et précisent bien qu’il n’y a à l’heure actuelle aucun danger sur la santé humaine, selon les autorités, tout en relayant les propos d’associations invitant à ne pas “banaliser les contaminations au tritium”, une substance qui fait office de “lanceur d’alerte”. 

“Dans l’immédiat, ne la buvez surtout pas”

C’est là que s’ouvre le second volet de l’histoire. Il prend la forme d’un enregistrement audio, d’une durée d’une minute et douze secondes, se transmettant visiblement via Messenger et Whatsapp au moins depuis jeudi 18 juillet. Nous n’en avons pas trouvé de trace plus ancienne. Dans ce message, une femme se présentant comme “infirmière et masseure” (sic), travaillant pour les hôpitaux de Paris, avertit ses proches. Voici ce que dit cet enregistrement (notons qu’il n’est plus question ici de “tritium” mais de “titanium”) : 

“Je vous fais ce petit message pour vous dire de ne surtout pas boire l’eau du robinet, parce qu’étant infirmière et masseure et bossant au niveau des hôpitaux de Paris, à Bichat on a reçu un arrêté préfectoral à l’instant disant que toute l’eau d’Ïle-de-France et de Paris a été contaminée au titanium et en plus radioactive. On nous demande de nous préparer à une recrudescence des intoxications et du coup il y a plein de patients qui risquent de venir pour ça. Et a priori ils n’ont pas trop l’intention de prévenir au niveau national, donc du coup nous à l’hôpital on prévient tous nos proches. Donc je vous fais ce petit message : ne buvez pas l’eau du robinet. Pour l’instant on n’a pas eu les directives pour savoir si on peut la consommer après cuisson ou pas donc je vous tiendrai au courant, mais dans l’immédiat, ne la buvez surtout pas.”

De nombreux appels inquiets au Samu

Cette personne est-elle réellement une infirmière à l’hôpital Bichat ? D’où tient-elle ses informations ? Pour l’heure, il est difficile de répondre à ces questions, mais une chose est sûre : les hôpitaux de Paris démentent formellement les propos tenus dans cet enregistrement. Contactée par LCI ce samedi, l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (APHP), nous indique : “Nous n’avons reçu aucun arrêté de quelque sorte relatif à une contamination de l’eau et nous renvoyons sur le fond à la communication de la préfecture et de l’ARS. Nous ne savons et ne pouvons connaître l’identité de la personne qui a propagé cette rumeur en se disant infirmière de l’APHP. Compte tenu du fait que nous sommes mis en cause, nous nous réservons le droit de porter plainte et de donner une suite judiciaire.” L’APHP nous précise également que ces rumeurs ne sont pas restées sans conséquence : “il y a eu beaucoup d’appels inquiets dans les Samu hier soir”. 

Reste maintenant à connaître le lien entre ce mystérieux enregistrement et le communiqué initial de l’association. S’agit-il d’une coïncidence ? David Boilley, président d’Acro, joint par LCI, nous assure “avoir découvert l’enregistrement sur les réseaux sociaux” et n’avoir aucune information sur sa provenance. Il ajoute : “Que cette personne ait profité de l’impact médiatique de notre communiqué me paraît évident. Pour notre part, nous ne voulons pas créer la panique, mais le débat.” Le président de l’association estime en effet qu’en cas de catastrophe nucléaire, les réserves d’eau potable ne sont pas suffisamment protégées. Et de rappeler : “Nous avons bien précisé qu’à l’heure actuelle toutes les valeurs constatées ne dépassaient pas les limites des critères de qualité et qu’il n’y avait aucun danger à boire cette eau. Ces données ont été contextualisées par nous et par la presse. Après, que des gens en profitent pour nuire…”

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