Double fusillade en Allemagne : Faut-il s’inquiéter du climat politique tendu en Allemagne ? – 20 Minutes

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Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, sur les lieux des attaques de mercredi soir. — PATRICK HERTZOG / AFP
  • Deux attaques xénophobes ont fait neuf morts près de Francfort en Allemagne, mercredi soir. Et ce n’est pas la première ces derniers mois.
  • Début février, pour la première fois, des élus de la CDU d’Angela Merkel de l’extrême droite de l’AfD ont fait alliance en Thuringe.
  • Le contexte politique allemand est donc tendu, mais les forces démocrates restent puissantes, estiment les spécialistes interrogés par 20 Minutes.

Neuf personnes sont mortes dans deux attaques près de Francfort, dans deux bars à chicha à Hanau. Si l’enquête ne fait que commencer, le caractère xénophobe de ces attaques fait désormais peu de doutes, surtout après la découverte d’une lettre de revendication du principal suspect.

Ce n’est pas la première attaque raciste ces derniers mois en Allemagne : une synagogue de Halle a été attaquée en octobre, un élu qui avait accueilli des migrants et migrantes a été assassiné en juin… Le climat politique allemand est tendu. 20 Minutes a tenté d’y voir plus clair.

Des attaques d’extrême droite, c’est nouveau en Allemagne ?

« C’est normal d’être inquiet quand l’extrême droite montre de nouveau le bout de son nez en Allemagne mais le phénomène n’est pas nouveau », dit d’emblée Jérôme Vaillant à 20 Minutes. Le professeur émérite de civilisation allemande à l’université de Lille, directeur d’Allemagne d’aujourd’hui, estime que le risque a été « négligé ces dernières années par les renseignements allemands, par rapport au risque d’extrême gauche. Aujourd’hui on a les éléments pour voir que des groupes d’extrême droite se reforment ».

Le spécialiste de l’extrême droite en Europe, Jean-Yves Camus, que 20 Minutes a également interrogé, n’est pas tout à fait d’accord : « Les renseignements allemands ont un suivi très rigoureux de l’ultra-droite. Mais celle-ci a toujours agi grâce à des petits groupes très mobiles difficiles à intercepter. » Le spécialiste cite le cas d’une dizaine de meurtres, notamment d’Allemands d’origine turque, au début des années 2000 : « Pendant longtemps la police a cru à des actes crapuleux alors qu’il s’agissait d’un petit groupe de néonazis qui se fondait bien dans le paysage : le NSU. »

En quoi le contexte actuel est-il plus inquiétant ?

Si, comme le dit Jean-Yves Camus, les actes violents venus de l’extrême droite n’ont pas forcément été corrélés à des succès de partis d’extrême droite dans les urnes, difficile cette fois d’oublier le fait que pour la première fois depuis 1945 il y a des députés et des députées d’extrême droite, du parti AfD, au Bundestag. Ou de ne pas penser non plus à cette toute première alliance entre élus et élues de la droite classique (CDU, le parti d’Angela Merkel) et de l’AfD pour faire élire un président libéral à la tête du land de Thuringe ​ (ex-Allemagne de l’est).

« Ce qui s’est passé en Thuringe, même si cela s’est soldé par un échec, puisque le président élu a démissionné, a forcément un effet d’entraînement », juge Jérôme Vaillant, qui pense aussi que les attaques qui se succèdent peuvent donner des idées à des personnes « équilibrées ou pas ». « Autre signal inquiétant, précise Jean-Yves Camus : une quinzaine de personnes liées à l’extrême droite ont été arrêtées la semaine dernière, dont un policier. Des militaires aussi. » « On soupçonne ce groupe, du nom de “Noyau dur”, de préparer des attentats contre des mosquées ou contre des migrants », ajoute l’universitaire lillois.

L’extrême droite peut-elle en profiter ?

« Jusque-là, même les responsables les plus à droite de la CDU-CSU n’envisageaient pas une alliance avec l’AfD. Mais il n’y a maintenant plus vraiment cette “restriction mentale” », décrit Jean-Yves Camus. Il poursuit : « Ce qui change par rapport aux précédentes vagues de violence, c’est l’impact énorme de la vague d’arrivée de migrants en 2015. Ça a libéré le discours xénophobe. Les manifestations des lundis soirs de Pegida à Leipzig qui ont réuni jusqu’à 20.000 personnes. Il s’agissait d’électeurs de droite moyens qui pensaient déjà ça avant. L’AfD a intelligemment récupéré ces gens-là. Et puis il y a une détestation de la chancelière Merkel. »

« L’affaire de Thuringe donne le sentiment à l’extrême droite qu’elle a le vent en poupe et qu’il y a une faille dans laquelle s’engouffrer, souffle Jérôme Vaillant. L’AfD va essayer de faire comprendre à la CDU qu’il est désormais impossible de gouverner sans eux. » Cela dans un contexte où l’avenir du parti post-Merkel en vue des élections de septembre 2021 semble incertain.

Mais nos deux spécialistes nuancent : « Angela Merkel​ a toujours tenu bon sur les principes. Et ce n’est pas qu’une stratégie », juge Jean-Yves Camus. Et, effectivement, dans l’affaire de Thuringe, elle a sévèrement jugé le comportement de ses troupes dans le land. Aussi, « face à la montée de l’extrême droite, les Allemands profondément démocrates descendent dans la rue », rappelle Jérôme Vaillant. Ce fut le cas, spontanément, le 5 février, après l’élection surprise d’un libéral, Thomas Kemmerich, à la tête de la Thuringe grâce aux voix de l’AfD. C’est aussi ce qui l’a poussé à la démission, le lendemain. « Les manifestations d’extrême droite ont toujours été suivies de près par des manifestations démocrates. Il faut leur faire confiance », lance l’universitaire lillois.

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