Michael Cohen, l’ex-avocat de Donald Trump, à sa sortie du tribunal fédéral de New York, le 16 avril.

Michael Cohen, l’ex-avocat de Donald Trump, à sa sortie du tribunal fédéral de New York, le 16 avril. EDUARDO MUNOZ ALVAREZ / AFP
Le procureur spécial chargé de l’enquête sur les interférences « russes » pendant la présidentielle de 2016 a commencé à abattre ses cartes, vendredi 7 décembre. Robert Mueller, qui observe depuis le début de ses investigations la plus grande discrétion, a communiqué à la justice des documents qui risquent d’embarrasser considérablement la présidence.

Ces documents étayent en effet la thèse de contacts étroits entre la campagne de Donald Trump, en toute connaissance de ce dernier, et des autorités russes, ce que le milliardaire a toujours contesté, écartant toute forme de collusion. Ils mettent également en évidence une tactique de mensonges systématiques de la part d’anciens proches du président qui ne peut qu’alimenter les questions sur une tentative d’obstruction. Ils impliquent de surcroît une éventuelle responsabilité dans la violation des règles sur le financement des campagnes électorales.

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Dans des documents remis à la justice en prévision de la condamnation de Michael Cohen, Robert Mueller fait état de nouvelles révélations livrées par l’ancien avocat de Donald Trump, qui avait déjà plaidé coupable, le 29 novembre, pour avoir menti au Congrès sur les relations d’affaires entre le magnat de l’immobilier et la Russie. Il avait initialement affirmé qu’un projet de construction de tour à Moscou avait été abandonné au début de l’année 2016, soit avant que Donald Trump ne s’impose au sein du camp républicain, et que les proches de Vladimir Poutine qu’il avait sollicités ne lui avaient pas répondu.

« Des contacts avec des responsables russes »

Il est revenu sur cette version en assurant que les discussions s’étaient en réalité poursuivies jusqu’en juin 2016, après que Donald Trump fut devenu le candidat républicain pour la présidentielle. Il a ajouté avoir maintenu des contacts avec des responsables russes à la demande de son client, au point qu’une rencontre entre l’avocat et le président Vladimir Poutine avait été envisagée à la même période, selon l’ancien bras droit du président.

Michael Cohen a été en contact avec un Russe affirmant être « une personne de confiance » du gouvernement, offrant à la campagne « une synergie à un niveau gouvernemental »

Les documents de vendredi vont plus loin. Ils assurent qu’en novembre 2015, avant le début des primaires républicaines, Michael Cohen a été en contact avec un Russe affirmant être « une personne de confiance » du gouvernement, offrant à la campagne « une synergie politique » et « une synergie à un niveau gouvernemental ».

Un autre document déposé devant un tribunal fédéral de Washington a révélé les raisons de la rupture survenue entre le procureur spécial et l’ancien directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, condamné lourdement en août pour des faits de fraude fiscale et bancaire sans liens avec la campagne et qui avait accepté de plaider coupable en septembre.

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Selon le procureur spécial, ce consultant politique républicain lui a notamment menti au sujet de ses liens avec une personnalité russe, Konstantin Kilimnik, lié aux services de renseignements de son pays. Il a également tenté de masquer le fait qu’il a été en contact en 2018 avec l’administration, alors qu’il était déjà aux prises avec la justice. Donald Trump, qui a accablé Michael Cohen tout en s’apitoyant sur le sort de Paul Manafort, n’a pas exclu la possibilité d’un pardon présidentiel en faveur de ce dernier.

Achat du silences de deux femmes

Un dernier document concernant également Michael Cohen, remis cette fois-ci par le parquet fédéral de Manhattan, implique également le président pour l’achat du silence, avant le scrutin présidentiel, de deux femmes – dont l’actrice de films pornographiques Stormy Daniels – assurant avoir entretenu par le passé des relations extraconjugales avec le futur président. Le document qui confirme un plaider coupable d’août indique que Michael Cohen a procédé à des versements de milliers de dollars sur les ordres de Donald Trump, ce que ce dernier conteste, ce qui pourrait constituer une infraction aux règles sur le financement des campagnes électorales, sans lien avec l’enquête « russe ».

Cette nouvelle étape dans une affaire qui embarrasse Donald Trump depuis son arrivée à la Maison Blanche témoigne de la connaissance minutieuse de ces dossiers accumulée par l’équipe du procureur, capable désormais de débusquer le moindre mensonge de ses protagonistes. Plus tôt dans la semaine, le procureur spécial avait rendu public un document concernant un autre témoin qui a choisi de plaider coupable, Michael Flynn.

Le document publié, considérablement caviardé pour des raisons de confidentialité, estime que l’ancien conseiller à la sécurité nationale, mis également en cause pour des mensonges à la police fédérale, devrait échapper à une peine de prison compte tenu des informations de valeur qu’il a apportées à l’équipe de Robert Mueller à propos de la piste « russe ».

Rafale de messages

La publication de ces nouveaux éléments a coïncidé avec la nomination d’un nouvel attorney général (ministre de la justice) après une démission forcée liée directement à cette enquête « russe ». William Barr, qui a déjà occupé ces fonctions sous la présidence de George H. W. Bush, de 1991 à 1992, remplace en effet Jeff Sessions, limogé parce que le président lui reprochait de s’être récusé pour la supervision de ces investigations. Jeff Sessions avait omis de rendre compte de rencontres avec l’ambassadeur russe à Washington pendant la campagne au moment de sa confirmation par le Sénat.

Le président des Etats-Unis a promis de publier un « contre-rapport » pour faire pièce à celui de M. Mueller

Bravache, le président a jugé en début de soirée, sur son compte Twitter, que les documents révélés l’exonéraient de toute faute. Signe de sa nervosité, il avait publié le matin même une rafale de messages dans lesquels il s’en était pris une nouvelle fois avec virulence au procureur spécial et à ses enquêteurs, accusés de conflits d’intérêts, au numéro deux du département de la justice, Rod Rosenstein, nommé par ses soins et pourtant inscrit comme Robert Mueller sur les listes électorales comme républicain, et à d’autres anciens responsables démocrates.

Le président des Etats-Unis a promis de publier un « contre-rapport » pour faire pièce à celui de M. Mueller, dont personne ne sait à ce jour quand il sera rendu ni sous quelle forme, assurant que « 87 pages » sont déjà « rédigées ».

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Gilles Paris (Washington, correspondant)