Donald Trump à deux pas du vide – Le Journal du dimanche

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L’Amérique retient son souffle. Tout semble écrit comme sur du papier à musique avec une victoire annoncée dans les sondages du camp démocrate, après quatre années que beaucoup aimeraient voir finir comme une parenthèse, un mauvais rêve. Selon la dernière actualisation du site RealClearPolitics, qui établit une moyenne des enquêtes d’intentions de vote au niveau national, “Sleepy Joe”, (“Joe l’endormi”), comme le surnomme Donald Trump, pourrait bien réveiller l’espoir d’une nette majorité d’Américains avec près de 8 points d’avance sur son adversaire. C’est moins que les 12 points d’avance enregistrés l’été dernier, mais l’écart est confortable. Dans les États pivots (swing states), indispensables pour remporter la Maison- Blanche, Joe Biden est en tête dans cinq des six États qui ont été ravis par Donald Trump à Hillary Clinton il y a quatre ans.

Et pourtant, rarement l’angoisse n’aura été aussi palpable dans l’entourage du candidat démocrate. “Je suis nerveux, inquiet”, nous confie un proche de Barack Obama qui suit de près le vote anticipé. Plus de 90 millions d’Américains ont déjà voté, physiquement ou par correspondance, un record dans les annales électorales. “Mais je n’ai pas confiance dans ce scrutin parce que les républicains ont tout fait pour minimiser la participation et le vote par correspondance”, poursuit cet investisseur et financier du Parti démocrate.

Dans le camp républicain, on se veut rassurant

Une inquiétude partagée par nombre d’élus. “Lorsque j’entends Donald Trump dire que ses gens vont surveiller de près le vote, je suis préoccupé, je crains que ça n’intimide les électeurs et les dissuade d’aller voter”, ajoute Bill Keating, représentant au Congrès du Massachusetts, le fief des Kennedy et de John Kerry, candidat malheureux face à George W. Bush en 2004 et ex- secrétaire d’État d’Obama.

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“Ce qu’a dit Donald Trump à propos du vote par correspondance qui permettrait aux démocrates de frauder me préoccupe gravement, renchérit Jim Clyburn, vétéran noir du combat pour les droits civiques et représentant de la Caroline du Sud au Congrès. Il faut vraiment qu’on se débarrasse de lui. Je suis inquiet que Donald Trump ne reconnaisse pas le résultat de l’élection. La démocratie est-elle en péril à cause de lui? Certainement.”

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Dans le camp républicain, on se veut rassurant. “Je pense que le président respectera le résultat des élections quel qu’il soit, je n’ai aucun doute à ce sujet, nous assure Bob Latta, baron républicain de l’Ohio à la Chambre des représentants. Cette élection sera serrée, mais il faut que toutes les voix soient comptées et on verra bien ce qui se passera le soir du vote.” C’est précisément ce “on verra bien” qui désoriente, comme si rien n’était garanti d’avance dans le respect des règles. “Il faut bien que les gens comprennent que celui qui a gagné a vraiment gagné ; c’est dommage que certains aient voulu faire croire le contraire à propos du président Trump il y a quatre ans”, ajoute-t-il avec dans le ton comme un goût de revanche.

Un Américain sur trois, démocrate ou républicain, justifierait des actes violents pour se faire entendre.

L’art du président de surfer sur l’imprévisibilité et les ambiguïtés fait monter l’adrénaline et suscite les scénarios les plus hallucinants au pays de l’équilibre des pouvoirs cher à Tocqueville. Selon un sondage YouGov publié le mois dernier, 56% des électeurs américains redoutent que l’incertitude électorale bascule dans la violence dès le 4 novembre. Une enquête rendue publique cette semaine par des chercheurs de la Brookings Institution signale même qu’un Américain sur trois, démocrate ou républicain, justifierait des actes violents pour se faire entendre.

“La seule chose qui pourrait expliquer notre défaite serait une fraude massive des démocrates”, clamait encore jeudi Donald Trump en Pennsylvanie dans un contexte déjà très tendu. La garde nationale a été déployée samedi à Philadelphie pour mettre fin à des émeutes déclenchées par la mort d’un jeune Noir atteint de troubles psychologiques, tué par la police alors qu’il était dans une phase agressive.

La police de New York a multiplié ses programmes d’entraînement au contrôle des foules

Selon une enquête publiée samedi par Ron Suskind, un enquêteur du New York Times, “les services de sécurité craignent désormais que le président encourage le désordre afin qu’il dégénère en chaos, ce qui lui permettrait d’en appeler à l’armée”. D’ores et déjà, la police de New York a multiplié depuis peu ses programmes d’entraînement au contrôle des foules tandis que celle de Los Angeles a supprimé tous les congés de ses personnels en uniforme. Dans la capitale fédérale, la police vient de s’approvisionner, selon la chaîne de télévision NY1, pour 130.000 dollars de grenades lacrymogènes afin de disperser la population.

“Si le résultat final est serré, Joe Biden se battra jusqu’au bout, commente l’intime de l’ancien président Barack Obama. Il ne fera pas comme Al Gore face à Bush en 2000. Nous serons alors assis sur un baril de poudre avec un risque de guerre civile. En comparaison, les manifestations Black Lives Matter de ces derniers mois seront peu de chose.” Quitte à ce que l’armée intervienne? “Elle doit rester en dehors de tout ça, répond-il. Les sénateurs doivent empêcher Trump de faire appel à l’armée pour le sauver. Nous ne sommes pas en Égypte sur la place Tahrir.” Et une source diplomatique informée de préciser : “L’armée ne veut pas se mêler de l’élection. Il faudrait qu’il y ait des troubles très graves, au point de menacer la sécurité du pays, pour qu’elle se prononce en tant qu’institution.”

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