Disparition de Delphine : une «battue citoyenne» organisée mercredi dans le Tarn – Le Parisien

Spread the love
  • Yum

Sur les profils Facebook de tous ses proches, collègues et amis, des messages en forme d’appels à l’aide surplombent des photos de Delphine Jubillar. Depuis une semaine maintenant, tous vivent dans l’inquiétude, hantés par une seule question : qu’est devenue la jeune femme de 33 ans, disparue de son domicile de Cagnac-les-Mines (Tarn), selon le témoignage de son mari, entre 23 heures et 4 heures du matin dans la nuit du 15 au 16 décembre? L’infirmière, qui présente, sur ses réseaux sociaux, le visage d’une mère épanouie de deux enfants, membre de l’association des parents d’élèves de l’école primaire de Cagnac, n’avait en tout cas laissé transparaître aucun malaise lors des jours précédant sa disparition. « Toutes les équipes ont été entendues, il n’y avait pas de signe avant-coureur », a d’ailleurs assuré à nos confrères de La Dépêche du Midi le directeur de la clinique Claude Bernard d’Albi, où Delphine Jubillar travaille dans un service de nuit.

Une source proche de l’enquête confie aussi que « rien ne laisse penser à une fuite volontaire ». Le parquet d’Albi a d’ailleurs ouvert une enquête pour « disparition suspecte ». Dans la petite commune de Cagnac, flotte donc depuis quelques jours le spectre d’une autre affaire criminelle. « Il paraît que les gens sur les réseaux sociaux commencent à faire l’analogie avec l’affaire Jonathann Daval, c’est n’importe quoi », s’emporte un voisin du couple.

Croisé lundi après-midi dans les rues du village, Cédric Jubillar, le mari de Delphine, avait lui-même déploré ce rapprochement : « Tout le monde dit que c’est moi et tout le monde parle de l’affaire Daval », s’était-il ému, après avoir avoué sans tabou que son couple était en instance de divorce et que la demande émanait de sa femme. De fait, pour l’instant, rien ne dit que son épouse a bien été victime d’un acte criminel. « C’est une enquête compliquée, assure un proche du dossier. On ne sait pas si l’on doit chercher un crime ou un suicide… »

Pouvoir «fouiller un terrain très vaste»

Ce mardi 22 décembre, une cinquantaine de gendarmes a donc poursuivi les recherches pour retrouver la trace de Delphine Jubillar. La topologie de la commune, qui comporte de nombreux vallons, d’anciens chemins miniers, des reliefs escarpés, des ravins difficilement accessibles et plusieurs zones boisées, complique l’avancée des investigations. Les enquêteurs de la section de recherches de Toulouse (Haute-Garonne) et du groupement du Tarn ont par ailleurs passé de nombreuses heures au lac de la Roucarié, à une vingtaine de kilomètres de Cagnac. Cinq plongeurs ont exploré ses eaux et devraient y revenir ce mercredi. Une forêt située à moins d’un kilomètre du domicile de Delphine a par ailleurs été fouillée une nouvelle fois. En vain pour le moment.

Ce mercredi, changement de braquet. Les gendarmes vont bénéficier du renfort d’habitants du secteur, lors d’une « battue citoyenne ». L’objectif est d’explorer chaque recoin, et de ne laisser passer aucun indice. Des dizaines d’habitants ont d’ores et déjà annoncé leur présence sur la page Facebook de la gendarmerie du Tarn. « On veut avant tout aider la famille, explique Agathe, une des voisines de Delphine Jubillar, qui sera présente ce mercredi avec un autre couple du lotissement. Nous avons tout de suite décidé d’y participer, car cela va permettre de bien prendre conscience de la situation. On va peut-être savoir si l’enquête avance et démêler les fausses rumeurs et les vraies informations, car il se dit tout et n’importe quoi dans le village ».

Une « battue citoyenne », c’est devenu presque un classique dans les affaires criminelles ces dernières années. Au cours de l’enquête sur la disparition de la petite Maëlys à l’été 2017, les enquêteurs avaient fait appel à l’aide des habitants du secteur pour rechercher la fillette. Une autre battue avait eu lieu une semaine après sa disparition. Des recherches du même type avaient été menées 36 heures après la disparition d’Alexia Daval à Gray (Haute-Saône). « Malgré les hélicoptères et les drones, certains lieux ne peuvent être explorés à fond sans présence humaine, souligne un enquêteur présent lors de l’opération menée à Gray. Quand nous sommes dans une zone rurale, la battue citoyenne permet de fouiller un terrain très vaste. Mais il ne faut pas la faire n’importe quand, et attendre d’avoir épuisé d’autres options. »

Les équipes cynophiles pour délimiter la zone

Dans le Tarn, les gendarmes ont jusqu’ici choisi de travailler seuls pour ne pas « risquer une détérioration des indices par des gens qui ne sont pas formés aux recherches », souligne un enquêteur spécialisé. La même prudence avait guidé les responsables des investigations lors des recherches visant à retrouver la jeune Victorine Dartois. Dès la disparition de la jeune femme fin septembre, ils avaient demandé aux habitants de Villefontaine (Isère) de cesser leurs recherches pour ne pas perturber l’odorat des chiens. « Les Saint-Hubert ont la capacité de suivre une piste pendant près d’une semaine et sur une dizaine de kilomètres, souligne le colonel Jean-Christophe Sansonnet, patron du Centre national d’instruction cynophile de la gendarmerie. Pendant qu’ils sont encore capables de remonter une odeur, on évite de faire intervenir trop de monde, car cela pourrait perturber les investigations et parasiter la découverte d’une éventuelle scène de crime. »

Cette fois-ci, les Malinois et les Saint-Hubert ont visiblement échoué, pour le moment, à retrouver Delphine Jubillar. Pourtant, ils ont sans doute permis d’aiguiller les enquêteurs qui vont diriger la battue de ce mercredi. « Les chiens servent aussi à délimiter une zone de recherche, explique le colonel Sansonnet. Cela peut aider les gendarmes qui vont superviser une battue à sélectionner les lieux à explorer en priorité. »

Newsletter L’essentiel du matin

Un tour de l’actualité pour commencer la journée

Des recherches qui promettent d’être très suivies à Cagnac… et qui seront sans doute aussi observées de près par les enquêteurs de la section de recherches de Toulouse. « Comme une marche blanche, c’est toujours intéressant de superviser ce type d’événements, souligne un enquêteur qui a travaillé sur le dossier Daval. On observe les gens, leur comportement, et on peut éventuellement détecter des choses suspectes… »

Leave a Reply

%d bloggers like this: