Disparition de Delphine Jubillar : une vie discrète au rythme des enfants et du travail – Le Parisien

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Elle est l’une des dernières personnes à avoir croisé la mère de famille disparue. Martine (le prénom a été changé) promène son chien le mardi 15 décembre au matin lorsqu’elle tombe, comme souvent, sur sa jeune voisine Delphine Jubillar. A son habitude, après une nuit de travail à l’hôpital, l’infirmière dépose L., son petit garçon, à l’école primaire de Cagnac-les-Mines (Tarn), avant de rentrer se reposer. « On a discuté quelques minutes, le petit était content d’avoir écrit sa lettre au Père Noël. J’ai été malade de trouver les gendarmes à ma porte le lendemain avec un avis de recherche! »

Depuis ce mercredi 16 décembre, cette jeune femme de 33 ans, au regard doux et timide, reste introuvable. Sur les réseaux sociaux, Delphine s’affiche, radieuse, au côté de son mari lors de leur mariage en juillet 2013. Robe bustier blanche, bandeau vert posé sur le front et collier de perles autour du cou, elle fixe l’objectif. Lui, costume gris, fleur à la boutonnière, sourire aux lèvres, une fine ligne de barbe lui fendant le menton.

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Mais sur Facebook, Delphine se présente surtout comme une mère de famille. Plusieurs clichés, pris par une photographe professionnelle, la montrent enceinte de son premier puis de son deuxième enfant. Ses « amours » comme elle l’écrit : L., 6 ans, et E., 18 mois. « Elle ne serait jamais partie sans eux. Elle adore ses petits et a du mal à s’en séparer. D’ailleurs, elle a allaité l’aîné jusqu’à ses 4 ans et demi », témoigne Martine, qui connaît la « maman poule » depuis huit ans. Une rencontre lors d’une réunion Tupperware organisée par des habitantes du quartier. En ce mois de janvier, c’était même elle qui était censée organiser la prochaine réunion.

Une jeune femme «généreuse, dévouée»

Delphine est infirmière au sein du service de gastro-entérologie de la clinique Claude Bernard d’Albi, à une dizaine de minutes de sa maison. La soignante, décrite comme « généreuse, dévouée », travaille de nuit. « J’ai été hospitalisé pendant plusieurs mois à la clinique. Chaque semaine, elle prenait un temps sur sa pause pour venir me voir », se souvient un voisin, âgé de 71 ans.

Delphine et son mari Cédric, mariés depuis 2013, et parents de deux enfants. Le couple était en instance de divorce./DR
Delphine et son mari Cédric, mariés depuis 2013, et parents de deux enfants. Le couple était en instance de divorce./DR  

Après ses nuits à prendre soin des patients, la mère de famille rentre à l’aube chez elle et s’occupe de ses enfants. Avant de se reposer enfin. Les dimanches aussi, Delphine travaille et Cédric profite de ces moments seul avec les enfants pour les emmener jouer sur le terrain de pétanque, près de la mairie de Cagnac.

Une maison inachevée

La nuit de sa disparition, Delphine entamait une période de congés. Durant ces vacances, elle aurait peut-être vu ses cousins ou ses frères et sœur dont elle est proche, elle que l’on décrit comme une jeune femme « pas du genre à faire la bringue ». Peut-être même aurait-elle fait une randonnée ou un jogging, des loisirs qu’elle aimait pratiquer. Mais jamais la nuit, assure sa voisine : « Elle a peur dans le noir ! » Selon la retraitée, il est impossible que la jeune femme soit sortie en pleine nuit avec ses chiens.

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Un tour de l’actualité pour commencer la journée

Delphine aurait aussi sûrement passé du temps à la maison, cette bâtisse aux parpaings ocre apparents, construite mais jamais achevée par son mari. A l’intérieur de l’habitation, les murs n’ont pas été terminés et les cloisons en plaques de plâtre restent nues. Au-dessus du garage, la baie vitrée de la chambre conjugale s’ouvre sur le vide. Un balcon devait orner la façade mais n’a pas été installé. « Il disait : Oui, oui, je vais m’en occuper », se rappelle Martine. Mais les travaux n’avancent pas. Pendant huit ans, le couple tient bon, pourtant. Financièrement aussi : Delphine se charge du remboursement de l’emprunt immobilier, Cédric, des factures et des courses. Mais durant le confinement, la situation professionnelle de l’époux, autoentrepreneur dans le bâtiment, s’aggrave.

La maison de Delphine et Cédric Jubillar, encore inachevée, et aujourd’hui à l’abandon./LP/Zoé Lauwereys
La maison de Delphine et Cédric Jubillar, encore inachevée, et aujourd’hui à l’abandon./LP/Zoé Lauwereys  

En regardant les gravats, parpaings entassés et déchets jonchant l’allée boueuse qui mène au garage, Martine hausse les épaules : « Pas étonnant qu’elle ait voulu le quitter… ». Si les deux amies se voient régulièrement, la retraitée connaît à peine Cédric qu’elle décrit comme « plutôt raide ». Même si elle reconnaît que le couple lui a donné un coup de main amical pour « débroussailler son jardin ».

Un couple en instance de divorce

A l’été, Delphine avait annoncé à son mari qu’elle voulait divorcer. La jeune femme ne s’épanche cependant pas auprès de sa voisine : « Je ne me serais pas permis de lui poser des questions sur son couple et elle restait discrète. » Martine n’a pas eu vent non plus d’un éventuel « autre homme » dans la vie de la jeune femme. Toutefois, selon nos informations, en se plongeant dans la vie intime de l’infirmière, les gendarmes ont appris qu’elle entretenait une liaison depuis plusieurs mois avec un homme rencontré sur Internet.

Depuis la disparition de Delphine, son époux Cédric Jubillar, qui n’est pas mis en cause par la justice, se fait discret. S’il est aperçu parfois, bonnet et capuche enfoncés sur la tête, conduisant son fils à l’école de Cagnac-les-Mines, le père de famille n’y vit toutefois plus. Avec ses enfants, il s’est installé chez sa mère à quelques kilomètres de là. Les deux chiens de la famille ont, eux, été placés dans une SPA. Et la maison, fermée par des scellés judiciaires, est à l’abandon.

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