Disparition dans le Tarn : le corps sans vie d’Eric retrouvé suite à un incroyable élan de solidarité – LaDepeche.fr

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l’essentiel Grâce à l’obstination d’une éducatrice du foyer pour handicapés de Lacaune et à la solidarité de salariés d’une entreprise castraise, spécialisée dans les travaux difficiles d’accès, le corps sans vie d’Eric, trisomique de 50 ans disparu depuis 15 jours, a pu être retrouvé vendredi soir en contrebas d’une falaise à Gijounet.

L’issue était malheureusement attendue. Vendredi en fin de soirée, le corps sans vie d’Eric Perez, un homme trisomique de 50 ans, disparu depuis près de deux semaines, a été retrouvé. Même s’il faudra une autopsie et un test ADN pour le confirmer vu l’état de décomposition avancé du corps, il y a peu de doutes qu’il s’agisse bien du pauvre homme qui était pris en charge par le foyer d’accueil médicalisé pour adultes handicapés de Constancie à Lacaune géré par l’APAJH (Association pour adultes et jeunes handicapés). Et c’est d’ailleurs grâce à l’obstination d’une des éducatrices de ce centre qu’Eric a pu être retrouvé, sur les terres de Landissou à Gijounet, lieu-dit où il avait disparu le lundi 28 juin vers 16 h.

C’est à ce moment-là qu’il a échappé à la vigilance de deux éducatrices qui encadraient un groupe de six résidents de ce foyer d’accueil pour handicapés lors d’une sortie pédestre sur la voie verte entre Lacaune et Gijounet. Éric s’était comme volatilisé.

Les gendarmes ont alors déployé d’importants moyens durant plusieurs jours pour le retrouver. Tout le secteur, très boisé et parfois escarpé au milieu duquel coule la rivière le Gijou, avait été ratissé avec l’aide de sapeurs-pompiers, d’habitants du secteur, de l’association de randonneurs de Lacaune et du personnel de l’APAJH venus des différents centres du département. Des chiens pisteurs, des drones et même un hélicoptère équipé d’une caméra thermique avaient également été mobilisés. Mais les recherches n’avaient pas abouti et le dispositif avait fini par être levé le week-end dernier.

L’éducatrice a continué de chercher sans relâche

C’est l’acharnement de Fanny Poujade, éducatrice elle-même à Constancie depuis 11 ans, qui a permis de retrouver son corps. Cette jeune femme de 31 ans a continué de chercher Eric avec l’aide de quelques collègues. « C’est dans mon caractère de ne rien lâcher », explique celle qui a eu comme une intuition vendredi matin. Et si Eric, qui était pourtant lourdement handicapé, avait réussi à se frayer un chemin jusqu’à une falaise située un peu plus loin du lieu de sa disparition ?

« Je savais que cette falaise était un des seuls endroits qui n’avaient pas été trop explorés parce que personne n’imaginait Eric pouvoir aller si haut », explique Fanny qui a alors contacté le propriétaire de ces terres Pierre Azaïs, qui y rénove une ferme familiale, pour voir avec lui comment faire pour sonder ce périmètre. « Il s’est rendu tout de suite disponible », confie l’éducatrice spécialisée qui s’est mise à chercher sur internet des professionnels capables d’escalader cette falaise. « J’ai tapé au hasard « cordistes Tarn » dans le moteur de recherche, raconte-t-elle trouvant la société castraise Alti 81 spécialisée dans les travaux difficiles. Je les ai contactés en me disant qu’ils allaient me prendre pour une folle ».

L’entreprise se mobilise gracieusement

Mais son directeur Bastien Koenig, qui a d’abord cru à un canular, a finalement proposé ses services bénévolement devant l’insistance de Fanny (voir ci-dessous). Dans l’après-midi de vendredi, Bastien Koenig, son associé et trois de ses hommes sont montés à Lacaune vers 15 h sur les terres de Landissou. Pierre Azaïs a guidé l’équipe sur une falaise, face à l’épingle de Gourp Fumant, là où les fouilles n’avaient pas eu lieu. Bastien Koenig, ancien militaire parachutiste du 8e RPIMa, a effectué une descente en rappel et a déployé ses hommes pour examiner la falaise et descendre jusqu’à la rivière. Au cours de la descente, ces spécialistes ont trouvé quelques indices, notamment une odeur facilement identifiable d’un corps en décomposition, les incitant à examiner minutieusement les lieux. Et leur recherche les a amenés jusqu’au corps du malheureux qui avait dévissé sur une paroi particulièrement à pic à laquelle il avait pu accéder on ne sait trop comment.

Il était alors un peu plus de 17 h 30 et après avoir sécurisé et balisé l’endroit, ces hommes ont attendu l’arrivée de la gendarmerie et des sapeurs-pompiers du groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux (GRIMP) spécialisés pour remonter le corps et le remettre aux pompes funèbres vers 22 h 30 qui l’ont transporté à l’institut médico-légal à Toulouse.

Même si l’issue de cette disparition est dramatique, Fanny Poujade se dit « soulagée » que le corps d’Eric, qu’il n’y avait quasiment plus d’espoir de retrouver en vie après quinze jours étant donné son handicap, ne « soit pas resté tout seul dans la forêt ». « J’ai au moins à présent l’esprit tranquille », lâche-t-elle forcément émue.

Bastien Koenig d’Alti 81 : «Pour nous, c’était une évidence d’aller les aider»

« Pour nous, c’était une évidence d’aller les aider », confie Bastien Koenig le patron d’Alti 81, société castraise spécialisée dans les travaux difficiles d’accès, qu’il a créée avec son associé Jean-Christophe Despas à Castres il y a 9 ans. S’il a d’abord cru à une blague quand il a reçu le message de Fanny Poujade vendredi matin qui lui demandait s’il pouvait venir inspecter cette falaise où elle avait l’intuition qu’Eric pouvait se trouver, il n’a ensuite pas hésité une seule seconde. « On a compris le désarroi de cette dame et j’ai consulté l’équipe et on a dit qu’on y allait et qu’on ferait ce que l’on pourrait, raconte cet ancien militaire du 8e RPIMa qui a dans le sang le sens de l’altruisme comme son associé qui est un ancien pompier. Ce n’était pas possible qu’Eric reste une nuit de plus dehors ». Bastien Koenig, Jean-Christophe Despas et trois de leurs salariés Simon Boyer, Jérémy Carvahlo et Loïc Debourbe préparent alors le matériel nécessaire : cordes, tronçonneuses, matériel de secours… « Et même si on espérait retrouver Eric en vie, on a briefé l’équipe sur ce qui pouvait nous attendre », confie encore Bastien Koenig qui, dans le cadre de ses missions en tant que militaire, avait déjà participé à ce genre de recherches. Il s’était également mobilisé dernièrement pour tenter de retrouver Eugène Parrilla, ce Castrais de 88 ans disparu lundi 19 avril au soir à Castres et malheureusement retrouvé décédé à Lagarrigue quelques jours plus tard.
Et pendant que la secrétaire s’occupe de la logistique en stoppant les chantiers en cours et en prévenant les clients, l’équipe d’Alti s’est rendue sur place à Gijounet l’après-midi même et a fait la macabre découverte dans des conditions très difficiles. « C’était un lieu inaccessible et compliqué dans l’évolution, confie Bastien Koenig qui ne retire aucune gloire à cet incroyable élan de solidarité et de générosité. Je vous dis c’était une évidence. Surtout à l’époque où l’on vit. Il faut y aller ».

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