D'”iconoclaste” à homme “du business mondialisé”… Comment Royal a changé de ton sur Macron – BFMTV.COM

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“Emmanuel Macron est pragmatique, il est dans la modernité. Il comprend notre époque. Il peut changer la France.” Le propos, tenu dans le cadre d’une interview publiée le 24 avril 2017 par La Tribune de Genève, est de Ségolène Royal. Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, celle qui demeure alors ministre de l’Environnement de François Hollande est à fond derrière l’adversaire de Marine Le Pen. 

En rupture de ban avec la macronie depuis quelques mois et limogée cette semaine de son poste d’ambassadrice des pôles, Ségolène Royal semblait initialement conquise par le style du jeune locataire de Bercy. À tel point que, lorsque celui-ci crée En Marche ! en avril 2016, actant ainsi son indépendance vis-à-vis du pouvoir socialiste, l’ex-candidate à la présidentielle de 2007 lui donne accès à ses vieux réseaux de “Désirs d’avenir”

“C’est un homme convaincu, engagé”

“Je suis l’un des seuls ministres à dire du bien d’Emmanuel Macron”, aurait fait remarquer à l’époque Ségolène Royal, selon des propos rapportés par Le Canard enchaîné

“Il subit les mêmes attaques que j’ai subies. Il est trop indépendant, trop libre, trop créatif, trop incontrôlable. Bref, il n’est pas dans le même moule que les autres, et ça me plaît”, poursuivait l’ex-présidente de la Région Poitou-Charentes. 

Même en juin 2015, alors que le PS est bousculé, voire agacé, par ce jeune ministre franchement social-libéral, Ségolène Royal vient à sa rescousse en déclarant sur France 3 que “bien sûr”, Emmanuel Macron est socialiste. 

“Il est peut-être pas adhérent du PS, je crois, mais c’est un homme convaincu, un homme engagé, moi je travaille très bien avec lui, (…) il est iconoclaste, il apporte des idées nouvelles et il fait de la politique de façon différente.”

“Feuilleton des ralliements”

Que s’est-il passé depuis? Durant la campagne présidentielle, après avoir grappillé des soutiens à gauche, l’état-major Emmanuel Macron décide de braconner à droite. Plutôt que de s’abriter sous son ombrelle “ni droite, ni gauche”, Ségolène Royal déclare le 26 mars 2017 sur LCI qu’elle ne “participerait pas au feuilleton des ralliements”. 

“Mon rôle aujourd’hui, dans la déliquescence du débat politique, moi qui ai déjà été candidate, qui a un long parcours politique, qui me suis fortement impliquée dans les problèmes planétaires, c’est peut-être de contribuer à élever le débat”, dit-elle alors.

Voyant arriver la fin du quinquennat hollandais, la ministre de l’Environnement prépare l’après. Forte de son expérience de co-organisatrice de la COP21, elle ambitionne de diriger le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud). Elle publie son Manifeste pour une justice climatique. Emmanuel Macron, quant à lui, prend ses distances, affirmant que Ségolène Royal “veut aller vers d’autres cieux que la politique nationale”.

“Je lui avais demandé de me prévenir”

Cela n’empêche pas l’intéressée de tenir, durant l’entre-deux tours, les propos cités plus haut dans La Tribune de Genève. Et, surtout, de faire une apparition surprise au grand meeting d’Emmanuel Macron porte de la Villette à Paris le 1er mai 2017.

Son secret espoir, évoqué à demi-mot dans Paris Match: pouvoir rester au gouvernement en cas de victoire du candidat, soit à l’Environnement, soit aux Affaires étrangères. Peine perdue, puisque c’est Nicolas Hulot qui hérite du portefeuille de l’écologie et Jean-Yves Le Drian qui débarque au Quai d’Orsay. “Je lui avais pourtant demandé de me prévenir”, peste Ségolène Royal.

En guise de lot de consolation, Emmanuel Macron la nomme, durant l’été qui suit, “ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique”. Un poste précédemment occupé par Michel Rocard, mort en 2016. Ségolène Royal prend ses fonctions en septembre 2017. 

Commence alors une forme d’idylle. En mars 2018, Ségolène Royal accompagne le chef de l’État en Inde, à l’occasion du lancement de “L’Alliance solaire”, structure réunissant les pays situés sous les tropiques et qui promeut le développement de l’énergie solaire. Dans une interview accordée alors au Parisien, l’ambassadrice considère qu’Emmanuel Macron “n’a pas laissé tomber le leadership climatique de la France”. 

“Triple incompréhension”

À la rentrée suivante, à l’automne, la macronie vacille. Le gouvernement voit s’enchaîner les démissions de deux poids lourds, Nicolas Hulot puis Gérard Collomb. Après avoir clamé en septembre 2018 qu’il fallait encore “laisser toutes ses chances à Emmanuel Macron”, Ségolène Royal change de pied et déclare dans Le Journal du Dimanche du 7 octobre que l’exécutif fait les frais d’une “triple incompréhension”:

“Les gens ne comprennent pas la ­cohérence entre toutes les réformes ­engagées; ils voient une ­contradiction entre la théorie du ­pouvoir ­vertical développée au début du quinquennat et les multiples péripéties quotidiennes qui ­stupéfient les Français et ont anéanti cet effort d’incarnation de l’État; et enfin, pourquoi une telle précipitation pour alléger l’impôt des plus riches et pour prendre après dans la poche des services publics et des ­retraités?”

L’ancienne ministre de l’Environnement ne se limite pas à ces coups de canif. Le mois suivant, alors que démarre la crise des gilets jaunes, Ségolène Royal accuse le gouvernement de “perturber le pays, de semer le désordre avec des décisions politiques qui mettent les Français en rage”. Elle va jusqu’à qualifier de “scandaleux” le fait d’augmenter “de 14 à 16%” les prix du gaz et juge que les Français “voient bien que ce que l’on donne d’une main est repris de l’autre”. Dans une interview au Monde publiée la même semaine, elle s’en prend également aux annonces d’Emmanuel Macron sur l’écologie. 

“Le lobby nucléaire a obtenu gain de cause”, affirme-t-elle, après que le chef de l’État a annoncé que la part du nucléaire serait ramenée à 50% en 2035. “Cela veut dire que pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron, il ne se passera rien du tout, ni même dans le quinquennat suivant s’il était réélu”, se désole Ségolène Royal. N’en jetez plus!

Soutien aux européennes

Lorsque paraît son livre, Ce que je peux enfin vous dire, l’ex-ministre règle ses comptes avec ses adversaires, de Nicolas Sarkozy à François Hollande, et en profite, dans une interview à L’Express, pour reprocher à Emmanuel Macron de manquer d’ancrage territorial:

“Il aurait dû choisir des personnes qui fassent contrepoids, or on n’a jamais eu un gouvernement avec autant de technocrates, qui, entre nous, sont du niveau pour être d’excellents chefs et cheffes d’administration dans un ministère, mais n’ont pas le calibre pour être ministre.”

Puis approchent les élections européennes de 2019. Il faut ménager les entourages. Que faire? Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, en mal de candidats pour conduire sa liste, veut appeler Ségolène Royal à la rescousse. Sauf que celle-ci veut faire alliance avec les écologistes, qui lui opposent une fin de non-recevoir. Elle jette l’éponge en janvier, puis en mars déclare dans BFM Politique que “la gauche s’est tiré une balle dans le pied”. À quelques jours du scrutin, elle fait savoir qu’elle soutient le programme écologique européen d’Emmanuel Macron. Retour au bercail? 

Les ennuis commencent

Ségolène Royal voit plus loin. Sur LCI le 26 août 2019, elle est interrogée sur ses ambitions pour 2022. Serait-elle intéressée par une nouvelle candidature à l’élection présidentielle? “En tant que femme, pourquoi pas”, répond-elle, ajoutant ensuite que la France n’était pas encore suffisamment “crédible” sur les questions écologiques au plan national. 

Et puis patatras. La candidate putative fait l’objet de révélations en cascade, provenant notamment de France Info, sur son travail d’ambassadrice. Non rémunérée, elle bénéficie toutefois de trois collaborateurs sous contrat avec le Quai d’Orsay et de 100.000 euros par an pour ses frais de mission. Un chiffre trois fois supérieur à ce dont bénéficiait son prédécesseur. Ségolène Royal est par ailleurs accusée de se servir de son titre pour assurer sa propre promotion en France. Les nuages s’amoncellent.

C’est le moment qu’elle choisit pour à nouveau sortir les griffes. Alors que s’emmanche plutôt mal la séquence de la réforme des retraites, l’ambassadrice vacillante tance l’exécutif. Qualifiant sur Europe 1 le projet de “profondément injuste”, elle dénonce “les cadeaux faits en début de quinquennat aux plus riches” et ce, à quelques jours des manifestations du 5 décembre.

“Un gouvernement arc-bouté”

Deux semaines plus tard, elle met les bouchées doubles. Pourquoi? Car à La Rochelle, La République en marche a choisi d’adouber Jean-François Fountaine pour les élections municipales. Or, il se trouve que le maire sortant, dont Ségolène Royal a longtemps été proche, est devenu l’un de ses plus farouches adversaires lorsqu’elle occupait la présidence de la Région Poitou-Charentes. 

Dans la foulée, elle dénonce sur France Info “la brutalité” de la réforme des retraites. Critiquant “un gouvernement arc-bouté pour des raisons d’ego sur les annonces qu’il a faites”, elle préconise le retrait du projet: 

“Tout est tellement mal engagé, c’est une question de bon sens, il faut aujourd’hui retirer cette réforme et reprendre le travail dans de bonnes conditions avec un fonctionnement démocratique correct.”

Enfin, lorsque Emmanuel Macron annonce qu’il renonce à sa future retraite d’ex-président de la République, Ségolène Royal publie un tweet dans lequel elle demande s’il “renonce à retourner après l’Élysée dans le monde du business mondialisé avec les énormes retraites chapeaux qui vont avec”. Le divorce semble alors définitivement consommé.

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