Les navires Front Altair et Kokuka Courageous auraient été «attaqués» dans cette zone stratégique sur fond de crise entre les États-Unis, les États du Golfe et l’Iran. Les marins ont été recueillis par l’Iran tandis que la Ve Flotte américaine serait sur place. L’hypothèse d’un «torpillage» est évoquée. Les prix du pétrole bondissent.

Deux pétroliers ont été vraisemblablement attaqués ce jeudi 13 juin, au matin, en mer d’Oman près du détroit d’Ormuz, un mois après un incident similaire, ont fait savoir leurs compagnies, ce qui a provoqué une flambée de 4% des cours du pétrole. La situation est encore confuse, mais ces incidents ont lieu dans une zone maritime stratégique pour le commerce mondial mais foyer de vives tensions géopolitiques sur fond de crise persistante entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite d’un côté et l’Iran et ses alliés chiites de l’autre.

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Les navires en question seraient le Front Altair, qui serait toujours en feu, et le Kokuka Courageous, respectivement sous pavillon des îles Marshall et du Panama. Les navires auraient été touchés par des «torpilles» au large de Fujaïrah, aux Émirats Arabes Unis, rapporte le journal Tradewinds, citant des sources industrielles. Reuters évoque aussi l’hypothèse d’un «torpillage» pour le Front Altair qui transportait 75.000 tonnes de naphte. «Il pourrait avoir été frappé par une torpille» vers 4h00 GMT, a déclaré à l’agence de presse le PDG de l’armateur taïwanais CPC, Wu I-Fang. Quant au Kokuka Courageous, il aurait été «endommagé lors d’un incident de sécurité», notamment au niveau de sa «coque tribord», selon un porte-parole de l’entreprise singapourienne BSM, cité par Reuters.

Selon plusieurs médias internationaux, les personnels des deux navires ont pu être évacués. «Les 23 membres d’équipage du Front Altair ont été placés en sécurité», a déclaré le quotidien norvégien VG, citant l’entreprise Frontline. Quant au Kokuka Courageous, les 21 membres d’équipage auraient «abandonné» le navire après l’incident. L’un d’eux aurait légèrement été blessé. Le navire ne menacerait pas de couler et la cargaison de méthane serait intacte, selon le porte-parole de BSM. Des annonces à mettre en parallèle avec celle de Téhéran.

Les prix du pétrole bondissent

L’Iran a porté secours ce jeudi à «deux tankers étrangers» ayant eu un «accident» en matinée en mer d’Oman, a rapporté l’agence officielle iranienne Irna, citant «une source informée». «Quarante-quatre marins ont été sauvés des eaux par une unité de secours de la Marine (iranienne) de la province d’Hormozgan (sud de l’Iran, NDLR) et transférés au port de Bandar-é Jask», écrit Irna. Selon Irna, le premier accident a eu lieu à 8h50 (4h20 GMT) à 25 mille nautiques de Bandar-é Jask à bord du navire battant pavillon des île Marshall et transportant une cargaison d’éthanol chargée au Qatar et à destination de Taïwan. «Une heure plus tard, à 9h50, le deuxième navire a pris feu à 28 milles nautiques de Bandar-é Jask», ajoute l’agence.

De son côté, la Cinquième Flotte américaine a fait état de deux «appels de détresse» tôt jeudi matin émanant de pétroliers dans le Golfe d’Oman qui auraient été la cible d’une «attaque». «Nous sommes au courant d’une attaque signalée contre des pétroliers dans le Golfe d’Oman», a déclaré la Ve Flotte basée à Bahreïn, dans un communiqué. «Des Forces Navales américaines dans la région ont reçu deux appels de détresse distincts», a-t-elle ajouté. Le centre britannique des Opérations commerciales maritimes, qui dépend de la Royal Navy, a lui aussi fait état d’un incident de navigation en mer d’Oman.

Contexte géopolitique explosif

Les prix du pétrole bondissaient de près de 3% jeudi au début des échanges européens, les opérateurs s’inquiétant de la situation dans le Golfe. Vers 08h00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août grimpait de 1,70 dollar (2,83%) à 61,67 dollars. Le baril de WTI pour livraison en juillet montait de 1,38 dollar (2,70%) à 52,52 dollars. Un cinquième de la demande mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz.

Les incidents de ce jeudi interviennent dans un contexte géopolitique très tendu entre les États-Unis et leurs alliés sunnites dans le Golfe (à commencer par l’Arabie Saoudite) d’un côté et l’Iran chiite de l’autre, qui soutient notamment les rebelles Houthis au Yémen, opposé à la coalition arabe menée par Riyad. Le 8 mai 2018, Donald Trump a annoncé la sortie des États-Unis de l’accord nucléaire signé en 2015 par son prédécesseur, Barack Obama, et a annoncé la relance des sanctions économiques contre Téhéran. Le 8 mai 2019, un an après, l’Iran a annoncé qu’il suspendait «certains» de «ses engagements». Depuis, le bras de fer entre Washington et Téhéran évolue en dents-de-scie, entre menaces et tentatives d’apaisemen. Reste un climat pour le moins tendu. Le 13 mai, les Saoudiens ont dénoncé le sabotage de quatre de leurs navires de commerce stationnés aux Émirats Arabes Unis. John Bolton, conseiller à la sécurité de la Maison blanche, a jugé le 29 mai que ces incidents étaient «très certainement dus» à des mines iraniennes. Mercredi, les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont revendiqué le tir d’un missile contre l’aéroport saoudien d’Abha, Riyad menaçant de riposter.