Le calendrier bi-annuel de Microsoft pour les mises à jour des fonctionnalités de Windows 10 est extrêmement ambitieux. Selon les standards passéd, en fait, c’est franchement audacieux. Depuis début 2017, l’éditeur s’est engagé à fournir deux mises à jour complètes de ses fonctionnalités à Windows 10 chaque année, une au printemps et l’autre à l’automne.

Cette cadence de développement et de sortie, avec une mise à niveau complète de Windows tous les six mois, est-elle trop rapide ? Plus important encore, est-il raisonnable de demander aux clients Windows de suivre ce rythme effréné ?

Après avoir suivi le parcours de Windows 10 dans le monde réel pendant plus de trois ans, je suis convaincu que l’incarnation actuelle de « Windows-as-a-service » est intenable et doit changer.

Marche forcée pour les utilisateurs de Windows 10 Home

J’ai été agréablement surpris par la qualité générale de chaque version semestrielle. La plupart des problèmes inévitables liés à chaque mise à jour ont été résolus au cours des deux premiers mois, ce qui est incroyable par rapport à l’historique et un l’hommage rendu aux processus d’ingénierie mis en place par Microsoft pour le développement de Windows 10.

Les mises à jour mensuelles obligatoires peuvent être ennuyantes, mais comme il s’agit de correctifs de compatibilité et de fiabilité, il est facile de justifier leur installation. Ils s’installent assez rapidement et les mises à jour de sécurité ne risquent pas de ruiner un PC Windows stable.

Les mises à jour des fonctionnalités sont une autre histoire. Comme il s’agit de mises à niveau complètes de Windows, leur installation prend beaucoup plus de temps, en particulier sur des ordinateurs économiques bien usés. Plus important encore, chacune de ces mises à jour introduit potentiellement un nouvel ensemble de problèmes de compatibilité et de fiabilité.

Pour les personnes qui essaient de travailler avec un ordinateur Windows 10, chaque mise à jour des fonctionnalités est une perturbation indésirable. Si vous passez deux, trois ou quatre mois par an à résoudre des problèmes de démarrage d’une nouvelle version de système d’exploitation, vous n’êtes probablement pas un client satisfait.

Ironiquement, la population propriétaire de PC exécutant Windows 10 Home est en première ligne pour chaque nouvelle version et risque davantage de rencontrer des problèmes qui doivent être résolus avec une ou plusieurs mises à jour cumulatives. Ce groupe est probablement le moins équipé pour résoudre les problèmes techniques et le moins susceptible de bénéficier d’une aide informatique professionnelle.

Et pourtant, comme les outils de gestion permettant de différer les mises à jour ne sont disponibles que sur les éditions Windows 10 Pro et Enterprise, ils n’ont d’autre choix que d’installer chaque mise à jour au fur et à mesure de sa sortie.

Mécontentement grandissant chez les pros de l’IT

Parmi les professionnels de l’informatique, ce cycle de mises à jour sans fin revient à multiplier les difficultés par le nombre de postes dans l’organisation. Depuis au moins une année, j’entends de vives protestations de la part de la communauté des professionnels de l’IT et des autres professionnels de l’assistance Windows à l’égard du nombre, du rythme, et surtout de la qualité des mises à jour de Windows.

(Voir, par exemple, la lettre ouverte adressée par Susan Bradley au PDG de Microsoft, Satya Nadella, plus tôt cet été, se plaignant de « la hausse des mises à jour bâclées » de la société.)

Cet argument a été considérablement renforcé le week-end dernier après que la société ait pris la décision sans précédent d’arrêter le déploiement de la mise à jour Windows 10 octobre 2018 et d’extraire les fichiers d’installation de ses serveurs, quelques jours seulement après sa publication.

C’est première extrêmement mal accueillie de Microsoft soulève la question de savoir si l’entreprise avance trop vite et avec trop de casse dans le processus.

Le calendrier de deux mises à jour par an de Windows 10 est certainement plus rapide que celui de tous les concurrents de Microsoft dans le domaine des systèmes d’exploitation. Pour les systèmes d’exploitation traditionnels, tout le monde a à peu près normalisé ses versions annuelles.

En 2012, Apple est passé d’un calendrier tous les deux ans à son cycle de publication annuel actuel pour OS X (maintenant MacOS). Pendant six années consécutives, les utilisateurs de Mac ont reçu une nouvelle version de MacOS en septembre ou octobre.

La mise à jour d’avril facultative pour tous

Parmi les systèmes d’exploitation mobiles, iOS et Android ont tous les deux un cycle de publication annuel depuis 2011. Apple est réglé comme une horloge et publie de nouvelles mises à jour d’iOS chaque mi-septembre; le calendrier d’Android est légèrement plus fluide, mais les trois dernières versions ont été publiées en août et il est raisonnable de s’attendre à ce que ce cycle se poursuive.

Ubuntu Linux offre un cycle de publication très similaire à celui de Windows 10, avec deux versions par an, au printemps et à l’automne. Il est essentiel de noter que la plupart de ces versions sont des versions intermédiaires (indiquées en gris dans la chronologie ci-dessous) et ne sont prises en charge que jusqu’à la publication de la prochaine version intermédiaire. Les versions de support à long terme (indiquées en orange dans la chronologie de support) sont publiées tous les deux ans.

Microsoft tente d’avancer dans cette direction avec un changement annoncé récemment dans les cycles de vie du support :

« Pour les versions à venir, Microsoft s’emploie actuellement à séparer les cycles de vie du support pour ses versions biannuelles. Le cycle de support des mises à jour de mars durera 18 mois pour toutes les éditions, tandis que celui de septembre bénéficiera du cycle de support plus long, de 30 mois, pour les éditions Entreprise et Éducation. (Toutes les installations de Windows 10 Pro seront prises en charge pendant 18 mois et Windows 10 Home n’a pas la possibilité de différer les mises à jour.) »

C’est un bon début, mais cela nécessite tout de même une attention disproportionnée en termes d’administration pour éviter d’installer accidentellement l’une des mises à jour semestrielles. Et pour les utilisateurs de Windows 10 Home, il n’existe aucune option de gestion des mises à jour. Tous les six mois, que vous le vouliez ou non, vous serez obligé d’installer une mise à jour.

Une solution facile qui me vient à l’esprit consiste à rendre les mises à jour des fonctionnalités d’avril facultatives sur toutes les éditions de Windows 10. Proposer la mise à jour d’avril à chaque terminal éligible (à l’exception de ceux dont les mises à jour sont différées via des outils de gestion), mais donner un choix binaire simple : Oui, installer la mise à jour maintenant; ou non, je vais attendre jusqu’en octobre. Une licence Pro devrait vous permettre d’ignorer une mise à jour d’octobre.

Ce simple changement transformerait effectivement les mises à jour de Windows 10 avril en versions intermédiaires, adaptées à un usage public, mais non obligatoires, avec une transition de Windows vers un calendrier annuel plus traditionnel construit autour des versions d’octobre.

L’expérience Windows-as-a-service se caractérise par le fait qu’elle permet à Microsoft de tenir compte rapidement des retours des clients de son produit. Il est temps d’écouter ces clients et de ralentir le cycle de mise à niveau à un rythme plus raisonnable.

Article “Two Windows 10 feature updates a year is too many” traduit et adapté par Christophe Auffray, ZDNet.fr