Ces derniers jours, le Soudan est au centre de bien des préoccupations. Une partie du personnel de l’ONU basé à Khartoum a été forcé d’évacuer, l’Union africaine a suspendu le pays de sa liste. Un pays qui tente au même de faire une médiation de l’Ethiopie… Mais que se passe-t-il exactement dans ce pays ?

Destitution du président

La situation politique au Soudan est en fait très instable en ce moment, et particulièrement depuis le 11 avril dernier, jour où le président Omar el-Béchir a été renversé par l’armée soudanaise, après 30 ans de pouvoir sans partage.

Ce renversement, c’est l’aboutissement de plusieurs mois de soulèvement populaire, déclenché par le triplement du prix du pain. Malgré un couvre-feu décrété pour un mois, des milliers de manifestants campent dans la foulée devant le QG de l’armée. S’ils ont eu besoin de son soutien pour faire tomber le président, ils réclament désormais le départ des généraux. 

Après quelques jours et plusieurs démissions au plus haut sommet de l’armée, le Conseil militaire soudanais et les leaders de la contestation entament des discussions. L’objectif de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations de la contestation, est de créer une autorité civile pour gouverner le Soudan. Le 15 mai, soit un mois après le départ d’Omar el-Béchir, le Conseil militaire et des représentants des manifestants annoncent un accord sur une transition politique de trois ans. Le pouvoir devra être transféré aux civils. Il y a donc un espoir, une avancée. Ils ne parviennent par contre pas à se mettre d’accord sur la composition d’un comité censé assurer la transition. Chacun exigeant un droit de regard plus important que l’autre.

Grève générale

Pour faire pression sur l’armée, une partie de l’ALC dégaine son arme à elle: un appel à la grève générale. Fin mai, cette grève est suivie par des milliers de personnes, tous secteurs confondus. Elle n’est cependant pas soutenue par une figure de marque: l’ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi, pourtant membre de l’ALC. Il estime que cette action est précipitée, et qu’il ne faut pas “provoquer les militaires“. 

Chaque camp cherche un soutien extérieur. Les militaires reçoivent celui des Emirats arabes unis, de l’Egypte et de l’Arabie saoudite. L’opposition, celui des Etats-Unis, de l’Union africaine et de l’Union européenne.

Un bras de fer qui dégénère

Entre-temps, la mobilisation des manifestants se poursuit devant le QG de l’armée à Khartoum. Ils y ont dressé un campement dès la chute du président Omar el-Béchir. Ce lundi 3 juin, leur sit-in est brutalement dispersé par les forces de sécurité, qui le prennent d’assaut et tirent en rafales dans la foule. Le bilan est très lourd: 108 morts et de plus de 500 blessés, selon un comité de médecins proche de la contestation. Certains corps sont comptabilisés dans les hôpitaux alors que d’autres sont repêchés dans les eaux du Nil.

Le Conseil militaire réfute, lui, tout usage de la force, évoquant une “opération de nettoyage” à proximité du rassemblement qui aurait mal tourné. Selon lui, cette opération aurait fait 61 morts.

Dans la foulée, l’ALC suspend tout contact politique avec le Conseil militaire, elle appelle à la grève générale et à la désobéissance “totale et indéfinie” pour renverser le régime. 

De leur côté, les militaires au pouvoir annoncent qu’ils annulent les accords passés avec les leaders de la contestation et convoquent des élections dans un délai de neuf mois. Le lendemain, ils proposent néanmoins de reprendre le dialogue, ce que l’ALC refuse. “Nous n’acceptons pas l’invitation du Conseil militaire“, explique Madani Abbas Madani, l’un des dirigeants de l’ALC. “L’alliance n’a plus confiance en la junte, qui impose la peur aux habitants“.

Impasse 

Aujourd’hui, c’est donc l’impasse au Soudan. Le Royaume-Uni déconseille à ses ressortissants de s’y déplacer; l’ONU a évacué une partie de son personnel; l’Union européenne réclame une enquête crédible sur “les événements criminels de ces derniers jours” et l’Union africaine a suspendu le Soudan de ses instances jusqu’à la création d’une autorité civile de transition.

Depuis le début de la semaine, les rues de Khartoum sont restées presque désertes, des habitants décrivant une situation de “terreur” avec la présence de paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF). Seuls quelques magasins sont ouverts et peu de véhicules circulent.

Le Premier ministre éthiopien, qui est arrivé ce matin à Khartoum, fait aujourd’hui face à un fameux défi: tenter une médiation entre les militaires au pouvoir et les chefs de la contestation dans un pays qui n’a plus connu la paix depuis des décennies. Et dans un contexte de méfiance et de tension extrême…

En début de semaine , l’armée a tiré à balles réelles sur les manifestants 

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