Des vœux présidentiels 2021 sous contraintes – Le Monde

Spread the love
  • Yum

Editorial du « Monde ». Dans seize mois, le mandat d’Emmanuel Macron s’achèvera au terme d’un quinquennat particulièrement heurté. Peu de choses subsistent de l’intention initiale du président de la République de mener à bien « la transformation » du pays. Depuis un an, la crise épidémique a renversé les priorités et imposé son tempo, sans qu’on en voie encore le bout. Dans ce contexte, les traditionnels vœux aux Français présentés le 31 décembre sont d’abord apparus comme une leçon d’humilité. Pas d’annonce précise, ni de déclaration martiale concernant le déroulé de l’année.

Lire aussi Emmanuel Macron présente ses vœux aux Français : ce qu’il faut retenir

Echaudé par l’ampleur de la seconde vague, le chef de l’Etat a appris à se méfier de son tempérament volontaire et optimiste. Même si le vaccin est là, le pays est encore promis à une longue épreuve sanitaire. L’heure du couvre-feu vient d’être avancée dans les départements les plus touchés et le conseil scientifique juge probable une « reprise incontrôlée » de l’épidémie après les festivités de fin d’année. Au moins durant les premiers mois, 2021 va donc être marquée par « les restrictions » et les « sacrifices » qui ont été le lot de l’année écoulée, a assumé M. Macron. Avec de surcroît le fort impact de la crise économique, qui va se solder par une envolée du chômage. Après le « quoi qu’il en coûte » de 2020, le chef de l’Etat parle désormais du « quoi qu’il arrive » de 2021, sorte de constat fataliste face à un virus qui n’a pas dit son dernier mot.

« L’espoir » prôné par le chef de l’Etat

Malgré tout, à quatre reprises, Emmanuel Macron a prôné « l’espoir » en s’appuyant non seulement sur « le génie humain » qui a favorisé l’arrivée rapide des vaccins, mais aussi sur la mobilisation des Français. Impuissant à dessiner avec sûreté l’avenir, le chef de l’Etat entend en revanche profiter de la crise pour corriger le manque d’empathie qui lui est reproché. En égrenant de façon inhabituelle le nom de Françaises et de Français qui se sont illustrés pendant la crise, il a cherché à casser la verticalité de son quinquennat et tenté de créer une dynamique positive autour de la résilience et de l’héroïsme au quotidien. Le tout au prix d’une fiction, celle « d’un peuple uni dans l’épreuve ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Emmanuel Macron formule des « vœux d’espoir » pour 2021

En réalité, l’année préélectorale qui s’ouvre est un accélérateur de divisions. La vaccination a à peine commencé que l’exécutif est déjà pris à partie par l’opposition et une partie du corps médical qui lui reprochent son excès de prudence. Quelques heures avant l’intervention du chef de l’Etat, le ministre de la santé, Olivier Véran, avait dû accélérer le tempo en annonçant que les personnels de santé volontaires, âgés de plus de 50 ans, pourront se faire vacciner dès lundi. Dans la foulée, Emmanuel Macron a affirmé qu’il ne laisserait pas « une lenteur injustifiée s’installer ».

Comme en 2020, la gestion de l’épidémie va rester le critère décisif pour juger de son bilan. En dépit des ratés sur les masques, sur les tests et d’une défiance persistante à l’égard des responsables politiques, le chef de l’Etat est parvenu jusqu’à présent à maintenir son socle électoral. Mais l’épreuve finale sera bien celle du vaccin.

De sa réussite dépendra sa capacité à entraîner la partie la plus optimiste de la population autour d’un projet de reconstruction à l’horizon 2030 mêlant désormais étroitement, tel que M. Macron l’a esquissé jeudi, la construction européenne et l’identité française, la relance économique et la transition écologique, la défense de la laïcité et la lutte contre les discriminations. Le coup de chapeau appuyé à la jeunesse, grande sacrifiée de la crise sanitaire, était fait pour installer une dynamique autour du « nouveau matin français ». Pour l’heure, cela ne reste qu’un slogan.

Le Monde

Leave a Reply

%d bloggers like this: