Des milliers de personnes à la marche pour Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise – Le Monde

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Assa Traoré, lors d’une manifestation en souvenir de son frère Adama, mort le 19 juillet 2016.

Quatre ans après la mort d’Adama Traoré lors d’une interpellation à Beaumont-sur-Oise, des milliers de personnes ont commencé à défiler, samedi 18 juillet, dans cette ville du Val-d’Oise. Cet événement, coorganisé pour la première fois par des proches d’Adama Traoré et des militants écologistes, s’inscrit dans un contexte nouveau de mobilisations contre les violences policières et les inégalités.

La manifestation en souvenir de ce jeune homme noir, mort le 19 juillet 2016 peu après son arrestation au terme d’une course-poursuite avec les gendarmes, découle de l’appel, commun et inédit, du comité Adama et Alternatiba, une des principales organisations du mouvement pour le climat.

« Aucun homme ne doit mourir de cette façon-là, à cet âge-là »

La marche, avec port du masque obligatoire, a commencé devant de la gare de Persan-Beaumont à 13 h 30. « Laissez-nous respirer » ou « Pas de justice, pas de paix » pouvait-on lire sur des banderoles brandies dans la foule qui a commencé à défiler peu après 15 heures depuis la gare de Persan-Beaumont. « Aucun homme, aucune personne ne doit mourir de cette façon-là, à cet âge-là », a déclaré Assa Traoré, sœur du jeune homme et figure du combat mené depuis des années pour voir « la requalification des faits en homicide volontaire ». Parmi les manifestants, des proches, des soutiens, des « gilets jaunes », quelques syndicalistes et des militants écologistes.

Pour se rendre à Beaumont-sur-Oise, accessible en train, des départs communs en bus étaient prévus depuis certaines villes, comme Ivry-sur-Seine ou Montreuil. Avant la marche, les familles de Cédric Chouviat, Lamine Dieng, Ibrahima Bah, Babacar Gueye, Gaye Camara et Sabri ont pris la parole pour dénoncer la mort de leurs proches, à cause des « violences policières ».

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« On est dans un tournant »

Cette quatrième édition se double aussi d’un festival avec des personnalités et artistes, dont les noms n’ont pas été dévoilés par les organisateurs. Mais l’après-midi doit rester solennel, car « ce qui est au centre, c’est Adama », assurait avant le début de la manifestation Youcef Brakni, membre du comité Adama, conviant tous ceux « qui ne trouvent pas normal qu’en France, quatre ans après, une famille attend encore un procès, une justice équitable ».

Voir l’enquête vidéo du « Monde », reconstituant les dernières heures d’Adama Traoré :

L’affaire est revenue sur le devant de la scène médiatique à la suite de la mort en mai, aux Etats-Unis, de l’Afro-Américain George Floyd, dont l’écho a ouvert en France un nouveau chapitre de mobilisation contre les violences policières et le racisme. « Cette année c’est un peu particulier, car on est dans un tournant, il y a eu des mobilisations massives à Paris. (…) Je pense qu’il y aura plus de gens extérieurs à cette cause-là, ça va être plus large », estime Youcef Brakni.

Parce qu’ils partagent les « mêmes combats », cette « mobilisation commune » sera l’occasion « de renforcer une alliance importante pour la construction d’une écologie populaire, aux côtés des populations en première ligne des injustices et de la pollution », a affirmé, dans un communiqué, Elodie Nace, porte-parole d’Alternatiba. Pour le comité Adama, il s’agit aussi d’élargir sa base, dans le sillage des deux grands rassemblements à Paris devant le tribunal de grande instance et place de la République, les 2 et 13 juin, qui avaient drainé des milliers de manifestants.

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Bataille de médecins

Sur le plan judiciaire, le dossier a depuis longtemps viré à une bataille de médecins, après une première clôture du dossier fin 2018. Les deux autopsies et les quatre expertises missionnées par la justice ont jusqu’ici mis en avant des antécédents médicaux – notamment cardiaques et génétiques – pour expliquer ce décès, dédouanant ainsi les gendarmes, qui n’ont pas été mis en examen.

Les deux rapports successifs de quatre médecins choisis par la famille ont, au contraire, balayé ces conclusions et mis en cause les forces de l’ordre auxquelles ils reprochent un « plaquage ventral » aux conséquences mortelles, alors que les gendarmes contestent avoir utilisé cette technique. Les juges d’instruction chargés du dossier ont ordonné récemment de nouvelles investigations : elles ont notamment confié la semaine dernière une nouvelle expertise à des médecins belges, attendue pour janvier 2021.

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Autre axe d’enquête : la recherche de nouveaux témoins, après qu’une femme entendue, ayant assisté à la première interpellation du jeune homme, a laissé penser que d’autres personnes auraient pu assister à cette première arrestation. Les juges d’instruction ont aussi ordonné de nouvelles investigations centrées sur le passé d’Adama Traoré et des gendarmes.

Jeudi, la famille a annoncé le dépôt d’une plainte au parquet de Paris pour « témoignage mensonger » contre un témoin-clé, chez qui le jeune homme s’était réfugié juste avant d’être arrêté.

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Elle a, en outre, réitéré mi-juin sa demande d’organisation d’une reconstitution. « Les juges, les gendarmes, n’ont pas fait une enquête impartiale, on ne peut même pas parler d’une vraie enquête : si l’enquête avait été faite correctement, toutes ces investigations-là auraient dû être faites depuis le début », a réagi, vendredi, Assa Traoré, sœur d’Adama, sur BFM-TV.

Le Monde avec AFP

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