Derrière le vaccin de Pfizer, une course mondiale au congélateur ultra-basse température – BFMTV

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La spécificité du vaccin proposé par Pfizer est sa conservation à des températures polaires: -70 degrés. Problème: les congélateurs qui le permettent sont coûteux et les pièces détachées manquent déjà.

Pfizer a-t-il trouvé le vaccin idoine contre le coronavirus? Les prochaines études scientifiques le détermineront. En attendant, le monde entier croise les doigts pour qu’il puisse être celui qui ralentira la progression de l’épidémie. Et si la solution développée par Pfizer et son partenaire allemand BioNTech s’avère technologiquement audacieuse, en utilisant l’ARN messager, elle nécessite aussi des mesures de conservation et de transport complexes.

Concrètement, le vaccin doit être maintenu à une température inférieure à -70 degrés, prévient Pfizer. Une conservation possible uniquement avec des congélateurs biomédicaux à ultra-basse température qui valent plusieurs milliers d’euros pièce.

“Le secteur ne pourra évidemment pas fournir les 20.000 pharmacies en France”, prévient François Lerouge, directeur commercial du fabricant et distributeur Médifroid. Ces fameux congélateurs, on en trouve dans les laboratoires de recherche, les laboratoires d’analyse, dans les CHU et plus rarement dans les petits hôpitaux. Les laboratoires d’analyse ne sont par ailleurs en France pas autorisés à faire des vaccinations, ce qui complique encore la donne. Autant dire qu’une vaccination à grande échelle sans augmenter considérablement le nombre de congélateurs disponibles semble compliquée.

D’ailleurs certains Etats s’y préparent depuis plusieurs mois. Si bien que les premiers risques de pénuries apparaissent. Aux Etats-Unis (qui ont commandé 100 millions de doses du vaccin de Pfizer en juillet dernier), c’est même la grande inconnue sur le nombre de ces congélateurs à disposition sur le territoire, alors que la plupart des vaccins en circulation se conservent généralement dans de simples réfrigérateurs.

Manque de pièces détachées

Surtout, la fabrication massive de ces réfrigérateurs se heurte à la réalité de l’industrie.

Les précédents confinements ont pénalisé fortement les usines et on a du mal aujourd’hui à obtenir des pièces détachées, prévient François Lerouge. Des commandes massives, cela risque de poser problème si on s’y prend, comme souvent, la veille pour le lendemain”.

Et dans les pays émergents, la situation est encore plus contraignante en matière d’infrastructures. Face à cette complexité, certaines entreprises ont pris les devants. UPS construit ainsi deux “fermes” à Louisville, dans le Kentucky et aux Pays-Bas, près des hubs aériens, qui contiendront chacune 600 congélateurs, soit 48.000 flacons de vaccin, pour permettre les transferts.

“Des vies dépendront de nous pour mener à bien ces déploiements de vaccins, et nous sommes bien préparés pour soutenir tous ces efforts jusqu’à ce que cette pandémie soit derrière nous”, expliquait récemment à Bloomberg Wes Wheeler, président d’UPS Healthcare.

Des vaccins concurrents plus séduisants?

Pour le transport et la livraison, les vaccins seront installés dans de la neige carbonique qui maintient, pour des périodes courtes, la température glaciale nécessaire. La neige carbonique (la forme solide du dioxyde de carbone) sera d’ailleurs la meilleure arme pour maintenir le vaccin en dehors des congélateurs.

Dans la pratique, les pays du monde entier regarderont aussi du côté de la concurrence. Les autres vaccins en cours d’élaboration (celui d’AstraZeneca, de Moderna ou encore de Sanofi) ont un net avantage: ils pourront se conserver à des températures plus classiques et seront donc plus faciles à utiliser.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business

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