Le gouvernement britannique semble faire un bien meilleur travail quand il s’agit de révéler les vérités de Facebook que quand il planche sur le Brexit. En publiant un lot très divertissant de courriels internes de Facebook, provenant d’une entreprise aujourd’hui décédée nommée Six4Three, les Britanniques ont révélé certains des principes fondamentaux choquants qui sont au cœur de l’entreprise. C’est choquant, je vous assure.

Mon préféré est l’intérêt apparemment plus important du PDG Mark Zuckerberg pour Facebook que pour, disons, n’importe quoi d’autre. “C’est peut-être bon pour le monde, mais ce n’est pas bon pour nous” affirme t-il dans un courriel. Oui, Facebook voulait rendre le monde plus ouvert et plus connecté, tant que cela était ouvertement lié aux résultats financiers de Facebook.

Et comme nous sommes humains, nous avons besoin d’un bouc émissaire. Naturellement, nous pourrions commencer par Zuckerberg lui-même. Il n’y a pas si longtemps, j’ai dîné avec un PDG de la technologie qui a suinté d’amour et d’admiration pour Zuckerberg. “Facebook est l’une des plus grandes créations de notre époque” a-t-elle dit avec enthousiasme. “C’est incroyable comme il a réuni les gens.”

Mark Zuckerberg ?

Je lui ai répondu par un grognement de désaccord, un désaccord qu’elle a trouvé profondément désagréable. Je dois à présent lui demander ce qu’elle en pense maintenant. Mais vraiment, était-il si difficile de prévoir que Facebook ferait tout ce qui est en son pouvoir pour contrôler toutes les données humaines du monde entier ?

Certains ont dit The Social Network de David Fincher était exagéré. Ça n’a pas l’air si dramatiquement inexact désormais. Mais en fait, on ne peut pas vraiment blâmer Zuckerberg pour tout ça. Il n’aurait pas pu le faire sans tous ceux qui ont profité de sa traction et se sont gargarisés de sa croissance.

Sheryl Sandberg ?

Sheryl Sandberg, directrice de l’exploitation de l’entreprise, a récemment fait l’objet de fortes critiques. En tant que bras droit de Zuckerberg, elle semble au moins avoir eu connaissance des actions les plus douteuses, comme l’embauche d’une société appelée Definers pour enquêter sur le financier libéral George Soros.

Il semble clair, cependant, que la plupart, sinon la totalité, des décisions stratégiques ont été prises par Zuckerberg. Sandberg a présenté un visage public plus acceptable et une possède une connexion pour opérer sur le front politique. Elle ne peut pas être celle qui endosse le plus de reproches.

Sean Parker ?

Et si on blâmait les lieutenants de Zuckerberg ? Tous ceux qui savaient ce qui se passait vraiment, mais qui ne l’ont admis qu’après leur départ. Il n’est guère réconfortant d’entendre des gens comme l’ancien président de Facebook Sean Parker avouer maintenant qu’il s’inquiète de ce que Facebook fait au cerveau des enfants.

Car ces lieutenants sont en grande partie des garçons au cerveau bien fait qui voulaient se faire de l’argent. Aurions-nous dû nous attendre à ce qu’ils aient un soupçon de moralité alors que la plupart d’entre eux n’étaient que des techniciens purs et durs ?

Les politiques ?

Critiquons les autorités, alors. À n’importe quel moment, ceux qui occupent de hautes fonctions ont pu remarquer que Facebook et ses semblables dominaient de plus en plus l’attention des humains. Avec la conséquence que des humains parfaitement sains d’esprit traversent désormais la rue tout en fixant leurs smartphone des yeux.

Au lieu de cela, les dirigeants du monde souhaitent à tout prix être photographiés avec Zuckerberg, comme si cela allait saupoudrer un peu de fraîcheur sur leurs images compassées. Pourtant, les autorités progressent sur ces notions. Lentement. Tout comme la loi.

Et vous alors ?

Ce qui nous mène au plus grand coupable connu, incontestablement : vous. Rien de personnel, vous comprenez bien. Mais Facebook n’aurait été rien sans les hordes d’utilisateurs affamés de gratuité et de partage à tout crin sur les réseaux sociaux.

Facebook a donné aux humains l’occasion de se montrer non seulement devant leurs amis, mais devant le monde entier. Cette heureuse émotion qui vous envahit quand l’un de vos messages a obtenu 250 likes est plus puissant en réalité qu’un shot. Pas une seule fois, la plupart des gens n’ont pensé que leur vie entière était placée sur l’étal d’un marché, placé là pour être inspectée et vendue au plus offrant.

Peut-être même plus douloureux que cela, beaucoup de gens, j’imagine, croient maintenant qu’il est tout à fait normal que leurs informations personnelles soient divulgués. Peut-être même pensent-ils que c’est un commerce parfaitement équitable : leur vie contre ce qu’ils aiment, tant que cela reste gratuit.

Zuckerberg n’a pas créé Facebook. Ce sont les utilisateurs qui l’ont créé. Et oui, il a eu une vision particulièrement méprisante de ces utilisateurs, estimant que tant qu’il n’y avait pas de gros problème de relations publiques, Facebook pouvait faire ce qu’il voulait.

Mais au fond, il a eu raison. Il pouvait vraiment faire ce qu’il voulait, même si cela affectait des vies, des élections et l’orientation du monde. Le monde lui a donné ce pouvoir. Vous voulez blâmer quelqu’un pour ce qu’était Facebook et ce qu’il continue d’être ? Regardez-vous dans un miroir. Ou, mieux encore, affichez un mea culpa sur Facebook