“Dans mes coups, j’ai été très violent”: Nordahl Lelandais jugé à partir de ce lundi pour le meurtre… – BFMTV

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Le maître-chien de 38 ans est accusé d’avoir tué le caporal Arthur Noyer en 2017. S’il reconnaît l’avoir violemment frappé lors d’une dispute, il nie avoir eu l’intention de lui donner la mort.

Quatre ans après le meurtre du caporal Arthur Noyer, celui que le parquet de Chambéry tient pour responsable comparaît à partir de ce lundi devant la cour d’assises de Savoie. Nordahl Lelandais est accusé d’avoir donné la mort à ce militaire de 23 ans dans la nuit du 11 au 12 avril 2017. Ce soir-là, le programme des deux hommes est diamétralement opposé: Arthur Noyer profite d’une virée entre copains dans plusieurs bars de Chambéry tandis que le maître-chien cherche, en vain, à assouvir ses désirs sexuels.

Pour le jeune militaire du 13e bataillon de chasseurs alpins, la fête bat son plein jusqu’à 2h30. A cette heure avancée de la nuit, l’un des employés de la boîte de nuit dans laquelle il se trouve le met à la porte en raison de son état d’ébriété. Arthur Noyer erre un moment sur le parking de l’établissement, titube, chute, se relève difficilement avant de se diriger d’un pas lourd dans les rues alentour. Puis, plus rien.

Audi A3 en repérage

Le lendemain, à 17h, son chef d’escadron signale sa disparition. Sur les vidéos des caméras de surveillance de la ville, les enquêteurs repèrent Arthur Noyer faisant du stop à quelques mètres de la discothèque. Un élément attire leur attention: une Audi A3 fait des allers-retours dans cette même artère.

L'Audi A3 de Nordahl Lelandais lors d'une reconstitution du meurtre à Chambéry, le 21 mars 2019.
L’Audi A3 de Nordahl Lelandais lors d’une reconstitution du meurtre à Chambéry, le 21 mars 2019. © JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Les semaines passent et les gendarmes tentent d’avancer sur l’analyse du véhicule. Ils dressent une liste des propriétaires de ce modèle dans la région et font émerger un nom au mois de septembre, celui de Nordahl Lelandais.

L’homme, né en 1983, est déjà bien connu des services de gendarmerie car il est, à ce moment-là, mis en examen et placé en détention provisoire dans le cadre de la disparition de Maëlys De Araujo, dans la nuit du 26 au 27 août 2017. Le parquet a depuis requis son renvoi devant les assises pour l’enlèvement, la séquestration et le meurtre de la petite fille de 9 ans.

“Il rôde”

Le profil du suspect continue d’éveiller les soupçons, d’autant que l’analyse de sa téléphonie révèle que ses deux smartphones ont borné aux mêmes endroits qu’Arthur Noyer le soir de sa disparition, et à des heures similaires. Les enquêteurs se replongent dans les vidéosurveillances et constatent que Nordahl Lelandais déambule depuis 23h dans les rues de la ville, tantôt à pied, tantôt en voiture. A la vue de ces images, une ancienne petite-amie déclare aux gendarmes:

“On dirait qu’il cherche quelque chose, qu’il rôde, ce n’est pas sa démarche habituelle”, selon l’ordonnance de mise en accusation que BFMTV.com a pu consulter.

Ce soir-là, le maître-chien est à la recherche d’un partenaire sexuel. Il dialogue par messages avec un homme puis une femme avec qui il a régulièrement des relations intimes mais il est éconduit de part et d’autre. “Came tes pulsion”, lui envoie la jeune femme. Frustré, il explique aux enquêteurs avoir traîné dans la rue à la recherche d’amis mais nie, dans un premier temps, avoir croisé le chemin du militaire disparu.

Homicide involontaire?

Son discours se fendille quand le crâne d’Arthur Noyer est retrouvé en bordure d’une route de forêt, dans la commune de Cruet.

Des gendarmes le 29 mars 2018 lors d'une reconstitution du meurtre d'Arthur Noyer à Cruet, où ses ossements ont été retrouvés.
Des gendarmes le 29 mars 2018 lors d’une reconstitution du meurtre d’Arthur Noyer à Cruet, où ses ossements ont été retrouvés. © JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Mis en examen, le principal suspect admet avoir pris la victime en stop, celui-ci lui ayant demandé de le conduire à Saint-Baldoph, à quelques kilomètres de Chambéry, pour retrouver des copains. Mais, très éméché, Arthur Noyer aurait accusé Nordahl Lelandais de lui avoir volé son téléphone et l’aurait frappé. L’homme se serait alors défendu.

“Dans mes coups, j’ai été très violent”, dit-il au magistrat instructeur qui l’interroge.

Arthur Noyer serait alors tombé inanimé. Paniqué, Lelandais l’aurait mis dans son coffre avant de se débarrasser du corps. Cette version qui met en scène un homicide involontaire ne convainc pas les enquêteurs qui estiment qu’Arthur Noyer était trop ivre pour enclencher une bagarre et administrer des coups. Il est par ailleurs décrit comme un jeune homme très calme, “pas du tout excité”, tandis que le portrait de Lelandais est bien plus sombre. Ses proches le dépeignent comme gentil mais impulsif, parfois violent, et supportant mal la contradiction et la frustration.

Arthur Noyer.
Arthur Noyer. © BFMTV

D’autres éléments se heurtent à la déclaration de Nordahl Lelandais. Arthur Noyer ne connaissait personne à Saint-Baldoph, pourquoi lui aurait-il demandé de le conduire à cet endroit? Et puis, pourquoi le suspect a-t-il recherché sur son téléphone les mots-clés: “Décomposition d’un corps humain” peu de temps après le meurtre? Ou encore, pourquoi s’est-il vanté auprès de son voisin de cellule d’avoir tué Arthur Noyer?

Des confidences incriminantes

Ce détenu affirme en effet avoir reçu les confidences du maître-chien sur les meurtres de Maëlys De Araujo et d’Arthur Noyer. Il lui a expliqué avoir pris ce dernier en stop contre une faveur sexuelle que le jeune homme lui a refusée. Il l’a alors frappé à l’arrière du crâne avec une pierre, et de nouveau une fois sa victime à terre. Si les allégations de ce détenu ont quelque peu varié au fil des interrogatoires, elles représentent une charge de plus pour le magistrat instructeur.

Pourtant, Lelandais continue de nier avoir eu l’intention de tuer la victime et conteste s’être disputé avec Arthur Noyer à cause d’une faveur sexuelle refusée. Lors d’un interrogatoire en présence des parents du jeune militaire, il a fait part de ses regrets et présenté ses excuses. Par ailleurs, son ADN n’a jamais été retrouvé sur les vêtements d’Arthur Noyer, pas plus que ses empreintes digitales. A partir de ce lundi, les jurés ont jusqu’au 14 mai pour se forger une opinion sur l’intention ou non de Nordahl Lelandais de donner la mort à Arthur Noyer.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV

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