Plusieurs journalistes – à « Libération » et aux « Inrocks » – sont concernés après la révélation de campagnes de cyber-harcèlement menées par ce groupe.

Publié aujourd’hui à 14h08, mis à jour à 14h20

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La Ligue du LOL est le nom d’un groupe Facebook particulièrement actif entre 2009 et 2012. Il est reproché à ses membres d’avoir orchestré des campagnes de cyber-harcèlement, en particulier contre des femmes.

La Ligue du LOL est le nom d’un groupe Facebook particulièrement actif entre 2009 et 2012. Il est reproché à ses membres d’avoir orchestré des campagnes de cyber-harcèlement, en particulier contre des femmes. QUENTIN HUGON / « LE MONDE »
La mise à pied de membres de la Ligue du LOL – un groupe Facebook créé dans les années 2000 et accusé par de nombreuses victimes ces derniers jours de s’être livré à des actes de cyber-harcèlement coordonnés –, continue. Après David Doucet, rédacteur en chef Web du magazine Les Inrocks, François-Luc Doyez, son no 2, a, à son tour, été mis à pied, mardi 12 février, selon nos informations.

La société Qualiter, maison de production de podcasts, a par ailleurs annoncé mardi que Sylvain Paley, membre fondateur de la Ligue du LOL, associé de la société et chroniqueur de l’émission « Studio 404 », « quitte la société Qualiter et n’y est plus associé. La majorité de l’équipe a souhaité que Sylvain parte. Sylvain a, lui, proposé de quitter la société », a fait savoir Qualiter dans un communiqué. La société précise qu’elle arrête son émission « Studio 404 », de façon « définiti[ve] et sans appel », dans la mesure où ce projet, « depuis sa création, comptait sur l’intégralité de ses membres pour se faire ».

La Ligue du LOL – du nom d’un groupe Facebook privé actif entre 2009 et 2012 –, regroupait une trentaine d’utilisateurs populaires de Twitter à l’époque, dont plusieurs journalistes et professionnels de la communication, pour tenir des conversations privées. Il leur est aujourd’hui reproché d’avoir orchestré des campagnes de cyber-harcèlement contre d’autres journalistes et blogueurs, surtout des femmes et des militantes féministes, dans le petit milieu du Twitter parisien.

Nos explications : comprendre l’affaire de la Ligue du LOL

Nombreuses répercussions

C’est un article du site de fact-checking de Libération Checknews qui a révélé vendredi l’existence de ce groupe. Depuis, plusieurs victimes ont témoigné sur les réseaux sociaux.

A l’instar de l’ex-journaliste Capucine Piot, qui a rapporté avoir été la cible de montages photo ou vidéo « moqueurs », des critiques récurrentes sur son apparence « pendant des années ». Ou encore du blogueur Matthias Jambon-Puillet, victime d’insultes anonymes et de photomontages, dont un pornographique envoyé en son nom à des mineurs.

Depuis lundi, l’affaire a de nombreuses répercussions :

  • à Libération, le responsable Web, Alexandre Hervaud, et Vincent Glad, collaborateur pigiste du journal, ont été mis à pied « à titre conservatoire » et une « enquête interne » a été ouverte par la direction. « Cette mesure (…) ne présage pas des décisions qui seront prises une fois mis au jour les éléments requis », a précisé le directeur de publication de Libé, Laurent Joffrin. « Je présente mes excuses aussi sincères que tardives aux personnes qui, à un moment ou à un autre, ont été blessées par mes mots en quasi onze ans d’activité sur Twitter », a écrit Alexandre Hervaud dans un long texte publié sur le réseau social. Vincent Glad, fondateur de la Ligue du LOL, a lui aussi publié un texte sur Twitter, dans lequel il explique avoir « créé un monstre qui [lui] a totalement échappé », avant de présenter ses excuses. Brain Magazine a également suspendu sa collaboration avec lui ;
  • Stephen des Aulnois, rédacteur en chef et fondateur du Tag parfait – magazine en ligne de la culture pornographique –, et membre de la Ligue du LOL durant « de nombreuses années », a annoncé sur Twitter qu’il se retirait de son poste. Il a également annoncé que Le Tag parfait et Le Bon Fap – sélection de vidéos pornos – mettaient en pause leurs activités « pour un temps indéterminé, le temps de la réflexion et du recul » ;
  • le site de podcasts Nouvelles Ecoutes a informé avoir « pris la décision de mettre fin, avec effet immédiat, à [sa] collaboration avec Guilhem Malissen et de suspendre momentanément la production de “Bouffons” », l’émission qu’il animait ;
  • selon les informations du Monde, le publicitaire Renaud Loubert-Aledo, alias « @ClaudeLoup » sur Twitter, qui travaille chez Publicis Consultants depuis 2011 en tant que « strategist », a été mis à pied à titre conservatoire, a fait savoir l’entreprise ;
  • Guillaume Ledit, journaliste d’Usbek & Rica, a également été mis à pied à titre conservatoire, a fait savoir le directeur de publication du trimestriel, Jérôme Ruskin. Celui-ci a ajouté qu’il arrêtait également « toute collaboration » avec Renaud Loubert-Aledo.
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