Daniel Ziblatt : « Nous avons peut-être assisté à la naissance d’un mouvement au Capitole » – Le Monde

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Des milliers de manifestants appartenant à des mouvances différentes sont venus afficher leur soutien à Donald Trump, lundi 6 janvier à Washington, après sa défaite à la présidentielle.

Daniel Ziblatt est professeur de sciences politiques à l’université Harvard (Cambridge, Massachusetts). Avec son collègue Steven Levitsky, il est l’auteur de La Mort des démocraties (Calmann-Lévy, 2019), un livre qui a fait référence aux Etats-Unis sous Donald Trump afin de comprendre le danger que représente le 45e président américain pour les libertés politiques. Il est aujourd’hui l’un des observateurs de la vie politique américaine les plus réputés.

Quel regard portez-vous sur les événements survenus au Capitole le 6 janvier ?

Voir certains de nos concitoyens lancer un assaut contre une institution publique n’est pas sans précédent aux Etats-Unis. De tels événements se sont déjà produits. Il était cependant inédit d’entendre le président inciter la foule à s’en prendre au pouvoir législatif. Ce type de violences politiques est entièrement nouveau.

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Etre confrontés à des événements sans précédent explique la confusion conceptuelle qui prévaut actuellement. Comment nommer ce qui s’est produit ? S’agit-il d’une tentative de coup d’Etat, d’un putsch, d’actes de terrorisme intérieur, d’une émeute, ou d’une manifestation ? Tous ces termes revêtent différentes connotations. Ecrire l’histoire de ces événements suscite déjà des débats houleux.

Quelle expression vous semble-t-elle la plus juste pour parler de ce 6 janvier ?

Nous ne pouvons pas dire qu’il s’agit simplement d’un mouvement de protestation, ou d’une émeute, car cela reviendrait à laisser entendre qu’il n’y avait aucune coordination entre différents groupuscules pour préparer cette journée. Ce n’est pas non plus un coup d’Etat militaire, car la hiérarchie de l’armée n’a pas pris part aux événements. Le mot de putsch me semble celui qui convient le mieux. Nous n’avons pas assisté à une de ses formes extrêmes, bien évidemment. Néanmoins, nous étions bien en présence d’un acte de violence politique plus ou moins organisé. Nous ne devons pas en minimiser la gravité.

Certains commentateurs parlent aussi d’un « auto-coup » (« self-coup », ou « autogolpe » en espagnol), car il ne s’agissait pas pour un opposant de prendre le pouvoir, mais pour le président en place de renverser la démocratie à des seules fins personnelles. Néanmoins, Donald Trump n’était pas en position de réaliser un tel coup de force, car le président américain est trop faible sur le plan institutionnel, il ne dispose pas de pouvoirs suffisants. Il a donc dû se contenter de prononcer un discours contre le Congrès, excitant la colère de la foule contre les législateurs.

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