Daniel Cordier, avant-dernier Compagnon de la Libération et ancien secrétaire de Jean Moulin, est mort à l’âge – franceinfo

Spread the love
  • Yum

Daniel Cordier, “l’avant-dernier Compagnon de la Libération”, secrétaire de Jean Moulin pendant la Seconde Guerre mondiale, est mort à l’âge de 100 ans vendredi 20 novembre, à Cannes, a appris franceinfo de sources concordantes. Il est l’un des tout premiers Français à avoir rallié les Forces françaises libres en juin 1940. Il deviendra un marchand de tableaux d’art contemporain et galeriste réputé après la guerre. Un hommage national lui sera rendu a indiqué Emmanuel Macron.

Dans un communiqué de l’Elysée, le président de la République souligne que Daniel Cordier “avait traversé ce que notre histoire a de plus brûlant, de plus douloureux, mais aussi de plus héroïque, et il en avait livré les témoignages les plus exacts et les plus poignants. Toute la vie de Daniel Cordier a été mue par un goût inouï de la liberté, une bravoure impétueuse, une curiosité insatiable, et, par-dessus tout, par un immense amour de la France.” Le chef de l’État a aussi publié sur son compte Twitter une photo en compagnie du résistant.

Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, salue celui qui a été un “héros de la résistance dès ses premières heures. La Nation toute entière rend hommage à cet orfèvre de la Mémoire qui aura fait de sa vie un combat perpétuel pour la vérité et la liberté.”

“Avec Daniel Cordier s’éteint l’un des derniers compagnons de la Libération et disparaît un homme au destin exceptionnel”, a réagi dans un communiqué l’ancien président de la République François Hollande. Sur Twitter, de nombreux politiques  rendent hommage au résistant. Christophe Castaner, le chef de file des députés LREM, salue “une vie extraordinaire, un engagement total au service de la Résistance, le refus de la fatalité, et toujours cette volonté de transmettre”. Pour Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée, “il restera un modèle de courage, lui qui se leva quand tout était sombre. Nous lui devons la liberté, rendons lui l’hommage qu’il mérite.”

Né le 10 août 1920, le Bordelais Daniel Cordier est un jeune militantmaurrassien et monarchiste qui est sur le point d’être incorporé dans l’armée lorsque le maréchal Pétain annonce l’armistice. Il est révolté par ce discours. “Je suis monté dans ma chambre, et j’ai pleuré, comme jamais je n’ai pleuré dans ma vie. Et puis au bout de 20 minutes, je me suis dit : ‘Mais non ! C’est un vieux con, il n’est pas capable de se battre, de faire la guerre mais nous, nous sommes jeunes, on va lui montrer ce dont on était capable !'”, racontait Daniel Cordier à nos confrères de France Culture. Il décide de rallier sur le champ les Forces françaises libres (FFL). Il embarque le 21 juin 1940 à Bayonne, direction Londres.

“Je suis le fils de la guerre de 1914. Mon enfance, ce sont les monuments aux morts, les mutilés, etc. Alors, en 1940, quand la France a perdu la guerre qu’elle avait gagnée vingt ans plus tôt, ça a été pour moi insupportable.”

Daniel Cordier

À l’été 1941, il est nommé au service “Action” du Bureau central de Renseignements et d’Action (BCRA), les services secrets des Forces françaises libres (FFL). Parachuté en France en 1942, il rencontre à Lyon Rex, alias Jean Moulin, représentant du général de Gaulle et délégué du Comité national français, qui l’engage pour organiser son secrétariat à Lyon. 

“Quand il m’a embauché comme secrétaire je ne savais pas que c’était Jean Moulin. Pour moi c’était Rex. C’était un homme très élégant et très exigeant“, expliquait le resistant à France 3 Nouvelle-Aquitaine. Daniel Cordier est alors le témoin privilégié des immenses difficultés rencontrées par Rex pour unifier la Résistance. Il restera son bras droit jusqu’à l’arrestation de Jean Moulin en juin 1943 et ne connaîtra son véritable nom qu’en octobre 1944.

Pourchassé par la Gestapo, il retourne en Angleterre et continue de travailler pour le BCRA. Daniel Cordier, qui a abandonné ses idées d’extrême-droite pour devenir socialiste humaniste, restera longtemps silencieux sur cette période.

Initié à la peinture par Jean Moulin, dessinateur confirmé, il commence une carrière d’artiste et de collectionneur (Braque, Soutine, Rouault, de Staël et beaucoup d’autres). De 1956 à 1964, il tient une galerie à Paris qui lancera de nombreux artistes. Il a fait don de centaines d’oeuvres au Musée Georges-Pompidou.

À la fin des années 1970, furieux des accusations selon lesquelles Jean Moulin aurait été un agent crypto-communiste, ce compagnon de la Libération entreprend des recherches pour défendre son oeuvre et sa mémoire. En 1983, il publie Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon, une colossale biographie en trois tomes de l’illustre résistant.

Un seul Compagnon de la Libération est encore vivant, Hubert Germain, lui aussi centenaire, sur les 1 038 distingués par le général de Gaulle pour leur engagement au sein de la France libre pendant l’Occupation allemande.

Leave a Reply

%d bloggers like this: