Avant d’entrer dans le cœur du sujet, crevons l’abcès : Astérix – Le domaine des dieux était l’une des meilleures adaptations consacrées au petit guerrier, que ce soit par le respect de l’oeuvre d’origine ou l’inventivité dont le duo de réalisateurs / scénariste aura fait preuve dans la mise en scène comme dans l’écriture. Et comme on s’était bien marrés à l’époque (4 ans déjà), on attendait Astérix – Le secret de la potion magique avec impatience, sans craindre que le ciel nous tombe sur la tête. Alexandre Astier (et Louis Clichy) ne pouvait pas nous décevoir, impossible. On oubliait qu’impossible n’est pas français.

Qui dit aventure inédite, dit forcément surprise et la première tient au pitch du film lui-même. Un peu à la manière de Mission Cléopâtre, Astérix et Obélix ne sont que les seconds rôles d’une histoire qui se focalise sur le druide Panoramix et le secret qui l’a rendu célèbre. Astier et Clichy se servent de la zone d’ombre laissée par les bandes-dessinées de Goscinny et Uderzo pour exploiter le personnage et son passé jusqu’alors inconnu. On a l’impression de réellement apprendre quelque chose sans remarquer d’incohérences majeures hormis quelques détails sans importance.

C’est l’occasion pour Le secret de la potion magique de nous présenter une ribambelle de nouveaux personnages hauts en couleur à l’image des autres druides et leurs disciples. Un tour de Gaule (et un peu plus) savoureux et plein d’humour où ces futurs barbus nous révèlent leurs (non) talents. Et si les Romains et nos deux guerriers ne sont pas au centre de l’intrigue, on peut toujours compter sur eux dès qu’il s’agit de s’échanger quelques politesses.

Astérix – Le secret de la potion magique manque un peu de goût

On aura beau faire, on n’arrive pourtant pas à retrouver le sel du Domaine des dieux dans ce second long-métrage chapeauté par le tandem. Les ingrédients sont pourtant là avec ce qu’il faut d’humour, d’action, d’anachronismes bien pensés, de références, et même un petit côté sombre qui lui va bien. Non, vraiment, sur le papier, rien ne cloche.

Sauf que cette fois, le mélange ne se veut pas aussi percutant. Est-ce le manque d’envie ou d’imagination de Clichy et Astier ? Toujours est-il qu’on ressent un vrai problème de rythme au sein d’un métrage qui se révèle plus d’une fois ronronnant. Cet Astérix pèche par une écriture trop fluctuante de ses blagues et un sens du timing inadéquat à plusieurs occasions.

À force d’alterner le bon et le mauvais sur une même allure, le film se tire une balle dans le pied en ne permettant à aucune de ses saillies de sortir du lot. Résultat : là où on devrait rire – et ou on aimerait rire – on se surprend à tout juste sourire. Le comble d’un métrage qui se retrouve ni plaisant… ni déplaisant.

Tandis que les enfants y trouveront sans mal encore leur compte, l’adulte plus exigeant – ou qui aura encore le goût délicieux de 2014 en bouche – ne pourra ainsi se défaire de cette sensation de regret. Il y a comme un rendez-vous manqué face à un film tout juste sympathique, alors qu’il avait les moyens d’être bien plus.

Techniquement à l’image du reste

Cette impression de naviguer entre deux eaux se poursuit dans l’aspect visuel d’Astérix – Le secret de la potion magique avec une animation 3D qui laisse songeur. D’un côté, les décors fourmillent de détails et les plans larges nous régalent. De même, on est impressionnés par la texture des cheveux, du plus bel effet. De l’autre côté, les visages des personnages semblent prouver par moment un manque de budget, comme si on se retrouvait face à un dessin animé pour enfants. Définitivement, ce film est une terre de contraste.

Enfin, on se sent obligés de parler du doublage. Si la plupart des acteurs du Domaine des Dieux rempilent, une voix fait toute la différence : celle d’Astérix. Le mythique doubleur du petit Gaulois Roger Carel a laissé place à celui qui l’aura incarné par deux fois au cinéma, Christian Clavier. Un choix qui paraît encore une fois évident sur le papier, mais qui pose quelques problèmes à l’écran. Le dernier tour de piste de Clavier sous le casque à ailes date de 2001 et malheureusement, 18 ans après, le timbre du comédien de 66 ans ne colle pas vraiment à un personnage animé au moins deux fois plus jeune. La faute à personne, la faute au temps qui passe.