Covid : Jean Castex prépare les esprits à une « sortie progressive » du confinement – Les Échos

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Publié le 18 nov. 2020 à 9:01Mis à jour le 18 nov. 2020 à 10:08

Eviter à tout prix le « stop and go », ces « à coups encore plus difficiles à supporter pour nos concitoyens ». C’est ce à quoi travaille le gouvernement, a indiqué mardi soir Jean Castex devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la gestion de l’épidémie de Covid. A l’approche du 1er décembre, rendez-vous donné par Emmanuel Macron à l’annonce du confinement, l’exécutif prépare activement l’après. Le chef de l’Etat doit s’exprimer la semaine prochaine sur les prochaines étapes.

Avant un nouveau Conseil de défense ce mercredi matin, le Premier ministre a mardi soir, pendant plus de trois heures, expliqué et défendu la gestion de la crise par l’Etat mais aussi évoqué l’après, préparant les esprits à une sortie du reconfinement qui ne ressemblera en rien au déconfinement du printemps.

« Mieux la phase actuelle de confinement produira ses effets, plus vite nous pourrons passer à une phase suivante », a ainsi martelé Jean Castex, tout en affichant la plus grande prudence. « Mon objectif, c’est d’abord d’éviter les morts et ensuite de maintenir l’économie. », a-t-il affirmé. Mais s’agissant de cette phase suivante, le Premier ministre a prévenu qu’elle « ne sera pas un retour à l’ante confinement ».

« Sortie progressive »

Il y aura en effet des « dispositions de freinage qui perdureront » – des mesures de restriction pour freiner la circulation du virus « en cours de calage » – « parce que la situation se sera améliorée mais pas suffisamment et surtout pour éviter qu’il y ait trop d’écart entre une période de confinement et une période de déconfinement. L’idée, c’est de pouvoir gérer un peu plus dans la durée », a expliqué le chef du gouvernement.

Interrogé sur l’actuel confinement et Noël, Jean Castex a insisté sur une « sortie progressive » tout en indiquant ne pas encore être « en état de dire aujourd’hui les curseurs de cette progressivité. » « Car je ne sais pas vous dire quelle sera la situation épidémiologique le 1er décembre, mais j’ai bon espoir », a-t-il précisé, concluant son audition sur la notion d’équilibre. « On cherche le juste milieu », a-t-il dit, assurant vouloir s’inscrire « dans une perspective qui va au moins jusqu’à l’été prochain ».

Dépistage de masse

Pour cette future phase, Jean Castex a insisté sur l’importance de l’accroissement de la politique de tests, « ce qui sera rendu possible par l’arrivée de la nouvelle génération de tests antigéniques ». Il n’a pas caché la « lourde organisation logistique » que cela va supposer, « puisqu’il s’agit à la fois de tester, mais aussi d’alerter et de protéger les personnes positives et leur cas contacts ». « Pour le dépistage de masse, nous attendons un avis du Conseil scientifique pour savoir dans quelles conditions nous pourrions y aller », a ajouté le Premier ministre. S’agissant de l’isolement des personnes positives ou cas contacts – « un sujet essentiel » -, il a aussi rappelé qu’en France, il se fait sur la base du « volontariat ».

« Pas rétif » à ce que la question de l’obligation et de la sanction soit « sur la table », l’ancien Monsieur déconfinement a toutefois prévenu de « l’incidence forte sur les libertés publiques » et mis en garde contre des mesures qui pourraient « désinciter certains à se faire dépister ». Interrogé pour savoir s’il y aurait « un droit au vaccin pour tous », Jean Castex a indiqué que c’était « bien l’intention » que la « stratégie vaccinale » aboutisse à cela , précisant que l’Etat a « sécurisé 100millions de doses » et qu’il faudra « prioriser cette stratégie », avec « à coup sûr les personnels de santé et les plus vulnérables. »

Pour l’après, Jean Castex a aussi posé la question, dans les lieux clos accueillant le public, des systèmes d’aération. Il a estimé qu’il « faut dans les écoles avoir un plan à long terme sur les systèmes d’aération. » Quant à l’hypothèse d’un confinement des seules personnes âgées et vulnérables, le chef du gouvernement s’est assez vivement prononcé contre une telle option, non seulement pour des raisons éthiques mais aussi des raisons sanitaires, avançant que le consensus scientifique s’accordait pour dire que cela serait inefficace : « C’est une très mauvaise idée. Pas un pays ne s’y est aventuré. Si on le faisait seuls, nous entrerions en absurdie ! »

Accélération brutale de l’épidémie

En attendant, le Premier ministre a répété à de multiples reprises qu’il ne veut pas « que l’annonce d’une amélioration que l’on constate laisse à penser que l’on pourrait baisser la garde. Il vaut mieux penser à transformer l’essai ». Pour le reste, graphiques à l’appui, il a défendu bec et ongles la gestion de la crise par l’Etat et récusé toute impréparation de la deuxième vague, rappelant les mesures prises au cours de l’été et à la rentrée ; même s’il a reconnu que « l’accélération brutale » de l’épidémie en octobre, « nous a tous pris de revers dans toute l’Europe. »

Interrogé sur les raisons qui ont abouti à ce nouveau confinement, Jean Castex a toutefois reconnu que le premier déconfinement avait peut-être été trop large. « Peut-être nous avons déconfiné un peu trop vite. Peut-être aussi que le peuple français avait cru que l’épidémie était derrière nous », a-t-il glissé, avec à la clef, assez peu de « zèle » dans le respect des gestes barrières pendant l’été. Il a aussi défendu la gradation des mesures vers le deuxième confinement, expliquant d’une part qu’en « démocratie, on ne peut prendre des mesures difficiles que quand les données épidémiologiques sont suffisamment dégradées » et qu’il faut également prendre en compte « l’acceptabilité », rappelant au passage les tensions, comme à Marseille, à la prise des premières mesures restrictives.

Commerces et perspectives positives

Sur les règles de l’actuel confinement, il a défendu le « choix » de laisser les établissements scolaires ouverts et celui de fermer les « commerces non-essentiels » . Il a dit comprendre « la colère, les critiques : je suis là pour ça. Mais la priorité, c’est la sécurité. »

Alors que la question des commerces est revenue à plusieurs reprises, il a tenu quand même à redonner une note d’optimisme : « si nous respectons cela, [le confinement, NDLR], nous devrions avoir des perspectives positives à la fin de ce mois et au début du mois de décembre. »

Quand Edouard Philippe avait souligné les freins, parfois, dans le processus de décision, engendrés par le poids du risque pénal , Jean Castex a voulu balayer le sujet. « Si je commence à penser à ma responsabilité personnelle ou pénale, je ne suis pas sûr que je prendrais les décisions dans l’intérêt du pays », a-t-il lâché.

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