Covid-19 : y aurait-il déjà de premiers effets de la vaccination sur l’épidémie en France ? – Le Parisien

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Dans la « course contre-la-montre » entre la vaccination et la propagation des variants du SARS-CoV-2, la première est-elle en train de rattraper une partie de son retard ? Dit autrement, près de deux mois et demi après les premières injections de doses anti-Covid, constate-t-on les premier effets sur certains indicateurs de l’épidémie ? Plusieurs médecins observent des signes encourageants, même s’il faut rester prudent. Pour rappel, les vaccinations ont débuté en Ehpad le 27 décembre mais le rythme est surtout monté en puissance à partir de la semaine du 11 janvier. Les personnes âgées d’au moins 75 ans peuvent aussi se faire vacciner, depuis le 18 janvier.

« Logiquement, on devrait voir avant la fin de ce mois de février une réduction du nombre de décès des personnes en Ehpad », a indiqué vendredi 12 sur France Info Alain Fischer, le président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale. Que disent les chiffres aujourd’hui ? Le nombre de résidents d’Ehpad ou d’unité de soins de longue durée décédés est mis à jour chaque mardi et chaque vendredi. D’après les dernières données disponibles (et donc mises à jour ce vendredi), en deux semaines, on est passé de plus de 110 à moins de 70 décès quotidiens en moyenne.

Covid-19 : y aurait-il déjà de premiers effets de la vaccination sur l'épidémie en France ?

Dans le même temps, au 18 février, le taux de couverture vaccinale des résidents en Ehpad et en unité de soins de longue durée est monté à 77,1 % pour ceux ayant reçu au moins une dose et à 43,9 % pour ceux qui en ont reçu deux. Or « les résultats des essais cliniques montrent une efficacité du vaccin de Pfizer/BioNtech qui débute à partir du 12ème jour après la première dose et celle du vaccin de Moderna à partir du 14ème jour après la première dose », avait indiqué la Haute Autorité de santé fin janvier. S’il faut bien deux injections pour offrir une garantie maximale, une seule confère déjà entre 50 et 90 % de protection contre les formes symptomatiques de la maladie, selon les études.

Corrélation ne signifie pas causalité

Difficile cependant, pour le moment, d’associer la baisse du nombre de décès en Ehpad à la vaccination. Comme toujours, corrélation ne signifie pas causalité. D’autant que l’effet des vaccins sur la mortalité ne peut pas être immédiat. « Même en Ehpad, on ne meurt pas du coronavirus comme d’une crise cardiaque. Il y a un délai de latence », indique Pascal Champvert, président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Ce laps de temps qui sépare l’infection du décès est en général de trois semaines, mais il peut être moins long chez les personnes fragiles. Par ailleurs, « la mortalité en Ehpad est compliquée à analyser car il risque d’y avoir un biais lié au fait que ce sont des personnes très fragiles qui étaient parfois déjà en fin de vie », juge l’immunologue Stéphane Paul, membre du comité Vaccin Covid.

Cet expert recommande plutôt de se pencher sur les contaminations dans les Ehpad. Si le vaccin agit en priorité sur les formes graves, il pourrait aussi limiter les transmissions et donc le nombre de cas positifs, même si les différentes études scientifiques n’ont pas encore formellement établi dans quelques proportions. Pascal Champvert constate d’ailleurs une baisse du nombre de foyers de contamination recensant au moins trois cas, les fameux « clusters ». « Aujourd’hui, on est autour de 600 foyers de contamination dans des Ehpad, en diminution par rapport aux semaines précédentes où l’on a pu atteindre mille », indique-t-il.

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« Il y a certainement un effet, surtout dans les établissements qui sont le plus avancés pour les secondes doses. Les familles sont très insistantes et nous demandent alors, peut-on maintenant les ramener en permission à la maison ? », complète Renaud Marin La Meslée, président du Syndicat des médecins généralistes et gériatres intervenant en Ehpad (SNGIE).

L’incidence et le nombre de patients âgés hospitalisés en baisse

Le taux d’incidence (nombre de cas pour 100 000 habitants sur la semaine écoulée) est même en baisse chez tous nos aînés, pas seulement chez ceux qui vivent en Ehpad. Ainsi, il a diminué de plus de 30% en deux semaines chez les personnes d’au moins 80 ans, versus seulement -10% tous âges confondus. En parallèle, au 18 février, près de 25 % de ces habitants très âgés avaient reçu au moins une dose de vaccin, et 9 % avaient reçu les deux doses. Ce vendredi, Santé publique France a ouvertement émis l’hypothèse que cela pourrait notamment s’expliquer par la vaccination.

Covid-19 : y aurait-il déjà de premiers effets de la vaccination sur l'épidémie en France ?

Passons à l’hôpital. Au 19 février, 11 624 patients âgés d’au moins 80 ans et 13 689 de 79 ans maximum étaient pris en charge. Depuis dix jours, la baisse est plus rapide au sein de la première catégorie : -12 % versus -6 % chez les moins âgés. « Cela a un peu diminué mais les personnes hospitalisées sont toujours principalement âgées d’au moins 70 ans », tempère Thierry Prazuck, chef du service maladies infectieuses du centre hospitalier régional d’Orléans.

S’il ne dispose pas de chiffres dans les services d’hospitalisation conventionnelle, Olivier Claris, président de la Commission médicale d’établissement des Hospices civils de Lyon, perçoit déjà de premiers signaux. « Le nombre d’entrées en réanimation est assez stationnaire depuis environ quatre ou cinq semaines mais, d’après les données que l’on me communique tous les jours, il semblerait qu’il y ait un peu moins de personnes très âgées actuellement prises en charge », indique-t-il.

Covid-19 : y aurait-il déjà de premiers effets de la vaccination sur l'épidémie en France ?

« Théoriquement, la vaccination a déjà dû diminuer le nombre formes graves. Mais si la question est : est-ce que cela a déjà un impact sur la charge hospitalière ?, la réponse est non », nuance Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive en réanimation à l’hôpital Avicenne.

Un effet visible surtout à partir d’avril ?

Pour pouvoir répondre un véritable « oui » à cette question, il risque en effet de falloir attendre encore un peu. Sur les 25 000 hospitalisations hebdomadaires que projette pour fin mars (sans mesures supplémentaires) une récente étude de l’Inserm, d’Orange Labs et de Santé publique France, moins d’un millier seulement seraient évitées si le rythme actuel d’environ 100 000 vaccinations par jour était maintenu. Au cas où l’on passerait à 200 000 injections quotidiennes, le gain serait d’environ 2000 hospitalisations en moins.

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Avec 2,5 millions d’habitants ayant reçu au moins une dose de vaccin, dont plus d’1,1 million qui en ont reçu deux, « je pense que c’est encore un peu tôt pour constater un véritable effet au niveau national, d’autant qu’il est très difficile de démêler les nombreux effets pouvant s’entremêler », appuie Olivier Bouchaud, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’Hôpital Avicenne de Bobigny. Il fait référence, notamment, à l’application des gestes barrière ou encore aux vacances scolaires.

Les pays voisins scrutent aussi leurs courbes. Le premier à annoncer des signaux très positifs a été Israël, qui a lancé sa vaccination un peu avant l’Europe mais surtout à une cadence beaucoup plus rapide. En Belgique, soumis au même rythme de livraisons que la France, « on est passé de 300 à neuf patients dans mon service depuis octobre, mais c’est trop tôt pour dire si cela est lié à la vaccination », nous indiquait récemment Michel Moutschen, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Liège. Enfin, en Angleterre, les décès ont diminué de 62 % chez les plus de 80 ans depuis le 24 janvier, a rapporté The Guardian le 16 février.

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