Covid-19 : un reconfinement de quatre semaines à l’étude – Le Parisien

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Le tournant. En ce mardi 27 octobre humide, l’atmosphère est lourde à l’Elysée. Tôt dans la matinée, les membres du conseil scientifique viennent plancher en présence, une fois n’est pas coutume, d’ Emmanuel Macron. L’heure est grave. La « seconde vague » de l’épidémie de Covid-19 est une déferlante. Pas la réplique de l’épisode du printemps. « Une vague massive nous tombe sur le dos, confie une source au cœur du dossier. Elle touche toute l’Europe. Même l’Allemagne, la bonne élève. La situation est critique. »

L’ accélération inattendue de l’épidémie, depuis la fin de la semaine dernière, laisse les spécialistes pantois. Engorgement dans les services de réanimation, nombre de malades, hospitalisations : les chiffres s’affolent. A Lyon, 90 % des lits de réa sont occupés. « On vit un moment de bascule », glisse un conseiller de l’exécutif. A 10 heures, les scientifiques quittent le palais. Place aux politiques. Un Conseil de défense se tient au salon Murat pour « balayer la situation et se mettre d’accord sur le diagnostic ». Autour du chef de l’Etat, le Premier ministre Jean Castex et une poignée de ministres échangent. Certains sont en visioconférence. On analyse les projections nationales et locales. On compare avec les pays voisins (Belgique, Italie, Royaume-Uni…).

Compte tenu de la situation, l’option que l’exécutif voulait écarter revient sur le devant de la scène : le reconfinement. Un scénario de « quatre semaines » est évoqué, sans être définitivement acté. Ce nouveau confinement serait toutefois aménagé, laissant les écoles en partie ouvertes pour ne pas paralyser l’économie. « La rentrée se fera lundi prochain, mais il est peu envisageable que l’école ne soit pas affectée par tous ces changements », confie-t-on dans l’exécutif.

Beaucoup de questions en suspens

Sur le front de l’économie, les activités qui ne sont pas au contact du public et nécessitent la présence des salariés (donc industrie, agriculture, BTP…) resteraient ouvertes. Les commerces non-essentiels seraient, en revanche, fermés, pour permettre un respect effectif du confinement. Autre option discutée, mais avec moins de conviction par les participants, celle d’un confinement le week-end et d’un couvre-feu plus restrictif le reste de la semaine, dès 19 heures. Dans ce cas de figure, les déplacements d’un département à l’autre ne devraient pas être interdits, car « le virus circule désormais partout », notait ces derniers jours Emmanuel Macron.

Beaucoup de questions restent à ce stade en suspens. Quid des collèges et des lycées ? Quels commerces resteraient ouverts ? Ces points seront tranchés lors d’un nouveau conseil de défense, mercredi. Il sera suivi d’un conseil des ministres élargi exceptionnellement à tous les membres du gouvernement. Les universités pourraient, elles, demeurer fermées après les vacances. « Les jeunes sont un réservoir de virus », soupire une source gouvernementale. Le sort des lycéens, dont le comportement est jugé proche de celui de leurs aînés des facultés, fait l’objet d’une intense réflexion.

«Il faut tenir»

L’après-midi, c’est Jean Castex qui prend la main. Après un déjeuner avec le président du Sénat Gérard Larcher, le Premier ministre reçoit à Matignon les chefs de partis pour une concertation. L’ambiance est houleuse. L’hypothèse d’un reconfinement général et/ou d’une fermeture des écoles crispe l’assistance. Un débat avec vote est annoncé au Parlement, jeudi. « Tout est décidé sans nous, on est consulté après les annonces de Macron », s’exaspèrent des participants. Le chef de l’Etat s’exprimera à la télévision, mercredi soir à 20 heures. Il dévoilera ses arbitrages. En privé, il répète : « Il faut tenir ».

Mais à l’hôpital, la situation se tend jour après jour. Au CHU de Lille (Nord), les malades sont déjà plus nombreux que lors de la première vague, car « le virus a beaucoup plus circulé », explique Patrick Goldstein, le chef des urgences. A la différence du printemps, où l’on testait peu, ceux qui arrivent sont bel et bien tous positifs. Avec 160 patients hospitalisés, il ne reste que 17 places de réa sur 92. « Excepté les négationnistes qui disaient c’est terminé sur les plateaux télé, on savait tous que l’épidémie allait repartir. Ce qui nous surprend, c’est l’intensité de ce rebond », lâche le médecin, pointant les chiffres vertigineux, plus de 800 nouvelles personnes contaminées en une semaine sur 100 000 à Lille et 1300 à Roubaix. « Le lundi, on voit le grand-père à l’hôpital, le mardi, la grand-mère, le lendemain, les parents et, à la fin de la semaine, les enfants. Il faut arrêter de dire que c’est une maladie de vieux! » Rien que ce dimanche, qu’il qualifie de « Dirty Sunday », la moyenne d’âge des patients Covid était de 48 ans. « Le bon message maintenant, c’est faites gaffe! »

Même constat au Samu 93, en Seine-Saint-Denis, où Jean-Marc Agostinucci, urgentiste à la solide carrière, assiste à une marée montante. « Au moment où je vous parle, trois transferts sont en attente, vers les hôpitaux de l’ouest de l’Ile-de-France. Parmi eux, une femme de 42 ans », décrit-il. Faut-il reconfiner d’urgence ? Pour l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah, membre du conseil scientifique, le choix n’est pas facile. « La question, c’est, est-ce qu’il faut freiner vite l’épidémie ou la faire baisser lentement ? ». Mais la flambée actuelle nous laisse-t-elle ce temps ? Il soupire. « Je suis d’accord. Il faut se serrer les coudes, ce virus est une saloperie, lâche-t-il, évoquant un effet du couvre-feu diminué par l’arrivée du froid. « Oui, il faut reconfiner, on n’a plus le choix, clame son confrère Gilles Pialoux de l’hôpital Tenon à Paris, très inquiet d’une saturation en réa. On retourne dans l’enfer ».

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