Covid-19 : un cas de réinfection grave par le variant sud-africain qui en appelle d’autres ? – LaDepeche.fr

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l’essentiel Dans une étude parue mercredi, des chercheurs français ont décrit un premier cas grave de réinfection au coronavirus par le variant sud-africain. Un cas de figure qui pourrait se multiplier selon l’épidémiologiste Martin Blachier, interrogé par La Dépêche.

Un premier cas de réinfection grave par le variant sud-africain du coronavirus a été décrit par des chercheurs français, ont indiqué ce vendredi les hôpitaux de Paris (AP-HP), renforçant la menace des variants que les autorités sanitaires françaises craignent particulièrement.

“Ce cas illustre le fait que le variant (sud-africain) peut être responsable d’une réinfection grave après une première infection légère” avec le coronavirus classique, écrivent les chercheurs dans leur étude, parue mercredi dans la revue Clinical Infectious Diseases. “C’est, à notre connaissance, la première description d’une réinfection avec le variant sud-africain causant un Covid-19 sévère, quatre mois après une première infection modérée”, ajoutent-ils.

Un cas de figure qui pourrait se généraliser selon le docteur Martin Blachier, interrogé par La Dépêche. “L’immunité qu’on développe avec une première infection aux souches européennes ne protège pas beaucoup contre le variant sud-africain. Si une souche sort et qu’elle a suffisamment été modifiée par rapport à la souche originelle, nos anticorps et notre système immunitaire ne reconnaissent plus bien le virus. On peut donc être réinfecté”, explique l’épidémiologiste. L’immunité vaccinale est elle aussi compromise face au variant sud-africain, mais également face au variant brésilien, selon le Dr Martin Blachier. 

Une aggravation inédite

Des cas de réinfection par des variants, britannique, sud-africain ou brésilien, ont déjà été documentés dans la littérature scientifique, mais le plus souvent, le deuxième épisode est moins sévère que le premier. En outre, ces cas de réinfection sont sans doute plus nombreux en réalité que ceux qui sont identifiés et décrits comme tels dans les revues médicales.

Le cas décrit par les chercheurs français est celui d’un patient de 58 ans. En septembre 2020, cet homme, qui a des antécédents d’asthme, souffre de fièvre et a des difficultés à respirer modérées. Une infection au Sars-CoV-2 est diagnostiquée avec un test PCR. Les symptômes disparaissent en quelques jours et l’homme est testé négatif à deux reprises en décembre. En janvier, il est réadmis aux urgences de l’hôpital Louis-Mourier (AP-HP) de Colombes, près de Paris, pour des difficultés respiratoires et de la fièvre. Son test PCR est de nouveau positif, et le séquençage génétique montre la présence de mutations caractéristiques du variant sud-africain. Une réinfection seulement quatre mois après la première, qui n’a rien à voir avec la durée de l’immunité selon le Dr Martin Blachier : “L’immunité dure probablement beaucoup plus longtemps que ça. Mais ce variant-là est trop différent du premier pour que cette immunité puisse y répondre.”

Réveil exclu

Sept jours plus tard, le patient développe un syndrome de détresse respiratoire aiguë qui nécessite qu’il soit intubé et placé sous respirateur artificiel. Il était toujours dans un état critique au moment où l’étude a été soumise à publication dans la revue médicale. Au début de son hospitalisation, des tests sérologiques ont décelé chez l’homme la présence d’anticorps prouvant une infection passée. Cela suggère que “l’immunité développée à l’issue de la première infection n’a pas permis d’éviter la réinfection par le variant sud-africain”, souligne l’AP-HP dans un communiqué. “Le virus responsable du premier épisode infectieux n’a pas pu faire l’objet d’un séquençage”, poursuit l’AP-HP. “Ça ne veut pas dire que ce variant-là est plus virulent. Seulement qu’il a une forme différente, donc les anticorps ne s’accrochent pas dessus”, rassure le Dr Martin Blachier. Un variant face auquel nous sommes “tous égaux” selon l’épidémiologiste, qu’on ait été infecté une première fois ou non. 

Si elle n’a pas pu faire l’objet d’un séquençage, la première infection est survenue “un mois avant la première description du variant en Afrique du Sud, et trois mois avant son premier signalement en France”. Cela “écarte la possibilité” que la seconde infection ne soit qu’un réveil de la première, conclut-elle. 

“La maladie ne va pas disparaître”

Une preuve supplémentaire de la circulation des variants en France, qui pourraient prendre le dessus sur la souche originelle du virus installée depuis près d’un an en Europe. “Si jamais le variant échappe à l’immunité, fatalement ça lui donne un avantage considérable. Plus l’immunité va augmenter, plus il va pouvoir gagner sur les autres souches et plus il va pouvoir se répandre”, analyse le Dr Martin Blachier.

Des variants “révélateurs d’une réalité sur l’épidémie” selon l’épidémiologiste : “On est en train de découvrir que la maladie ne va pas disparaître, même avec le vaccin. C’est quelque chose qu’il faut accepter.” À l’instar de la grippe, le nouveau coronavirus, qui est “capable d’échapper à l’immunité en mutant” pourrait bel et bien rester et devenir une maladie saisonnière. Pour autant, pas d’inquiétude à avoir d’après Martin Blachier : “On va adapter les vaccins, nos stratégies de tests, et l’immunité qu’on va gagner petit à petit sur les différentes souches nous permettra de cohabiter avec ce virus, en faisant des formes de moins en moins sévères de la maladie.”

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