Covid-19, un an après : Emmanuel Macron au pied du mur – Le Parisien

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Au pied du mur. Souvent utilisée, parfois galvaudée, l’expression résume plus que jamais la situation dans laquelle Emmanuel Macron aborde un nouveau Conseil de défense sanitaire, ce mercredi 17 mars dans la matinée. « Le moment est venu pour envisager des dispositions pour la région parisienne », a fini par lâcher Jean Castex interrogé par BFMTV ce mardi soir sur un éventuel reconfinement le week-end en Ile-France. Avec des variants devenus incontrôlables et des services de réanimation saturés dans certains territoires, des taux d’incidence toujours en hausse, et une campagne vaccinale qui prend du plomb dans l’aile à cause de l’arrêt temporaire − mais soudain − de l’AstraZeneca, l’exécutif enchaîne les mauvaises nouvelles pour ce triste anniversaire du premier confinement lié à l’épidémie de Covid-19. Pis, en avouant lundi soir que « le maître du temps, c’est le virus », le chef de l’Etat a envoyé un message en forme d’aveu : il subit.

« Cette phrase, après tout ce que les Français viennent de vivre depuis douze mois, c’est terrible. On donne une impression d’impuissance », soupire un conseiller au cœur du dispositif de crise, en parlant de « navigation à vue ». Quand un autre évoque une « séquence subie à cause de nos voisins européens ». La séance des questions au gouvernement, ce mardi après-midi à l’Assemblée, en a fait la cruelle démonstration. Avec un Jean Castex sommé de s’expliquer par les oppositions : « Je ne comprends toujours pas votre stratégie vaccinale », l’a attaqué la socialiste Valérie Rabault. « Nous avons subi un défaut d’anticipation systématique », a relancé le député Thibault Bazin (LR). Ce à quoi le Premier ministre a pour la première fois reconnu être face à « une forme de troisième vague » épidémique, tout en récitant les habituels éléments de langage sur « le respect des gestes barrière ».

VIDÉO. Covid-19 : la France est entrée dans «une forme de troisième vague», affirme Castex

A la veille de la très attendue décision de l’Agence européenne du médicament sur le maintien du vaccin AstraZeneca, l’exécutif ne sait plus vraiment où donner de la tête. Avec l’effet redouté de voir le lien de confiance rompu entre les Français et ce vaccin autour duquel le gouvernement a largement bâti sa campagne de vaccination massive. Ce mardi soir, toujours sur BFM, Jean Castex a annoncé qu’il se ferait vacciner « très rapidement » si la suspension d’AstraZeneca est levée, afin de montrer « qu’on peut y aller en toute sécurité ».

Un confinement toute la semaine en Ile-de-France ?

C’est d’ailleurs la teneur du petit-déjeuner qui s’est tenu mardi matin à Matignon avec les cadres de la majorité : « Le Premier ministre a dit qu’il n’avait aucun élément qui pouvait nous inciter à ne pas faire confiance à ce vaccin. Mais qu’à partir du moment où tous nos voisins l’avaient suspendu, c’était compliqué de ne pas faire pareil », résume un participant, espérant que cela n’altère pas l’objectif des 10 millions de vaccinés d’ici fin avril maintenu par Jean Castex.

Lors du rendez-vous, le président de l’Assemblée Richard Ferrand a d’ailleurs suggéré qu’à terme, si les gens renâclaient à prendre de l’AstraZeneca, les autorités sanitaires puissent en ouvrir l’administration à de nouvelles catégories de personnes dans l’idée de ne pas gâcher des doses. « Oui, oui, on va regarder », aurait répondu le chef du gouvernement, selon un participant. « Fausse bonne idée ! rétorque déjà un spécialiste du sujet. Ce vaccin, comme le Pfizer et le Moderna, ont été élaborés pour les patients susceptibles de présenter des formes graves, autrement dit les personnes âgées. Ils protègent, mais rien n’indique par ailleurs à ce stade qu’ils ralentissent la progression du virus. Alors vouloir vacciner des plus jeunes ne changerait rien dans l’immédiat à l’embolie du système hospitalier. »

D’autres laissent entendre qu’un confinement de l’Ile-de-France étendu sur toute la semaine, et non seulement le week-end, serait la solution. « Il y a une probabilité importante que la région soit confinée. Peut-être un confinement en semaine, avec un couvre-feu à 20 heures », confie un poids lourd du gouvernement. Quand d’autres, au sommet de l’Etat, jurent ne « pas du tout envisager cette hypothèse ». Jeu de poker menteur? « C’est une piste, mais Macron sait aussi qu’il manie là de la nitroglycérine. »

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Devant tant d’incertitudes, le chef de l’Etat a donc fait comme de coutume : il consulte. Mardi, en fin d’après-midi, c’est une délégation du conseil scientifique qu’il a reçue à l’Elysée, avant d’enchaîner par une visioconférence avec des réanimateurs pour évaluer l’état de tension dans les hôpitaux. De quoi nourrir sa réflexion et les choix qui devraient être annoncés d’ici jeudi soir, lors d’une conférence de presse avec Jean Castex (qui, entre-temps, va également consulter les présidents des groupes parlementaires) et Olivier Véran. « Il y a un an on était sidéré, maintenant on est fatigué. Si des décisions importantes sont prises, il faut être en mesure de les appliquer », commente, las, un très proche confident du président. Un autre, plus crûment : « Ça craint ».

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