Covid-19 : pourquoi le variant du coronavirus détecté au Royaume-Uni inquiète-t-il de plus en plus en France ? – franceinfo

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Une nouvelle flambée épidémique menace-t-elle la France ? C’est l’inquiétude de nombreux spécialistes face à la propagation du variant britannique du coronavirus. Détecté pour la première fois en septembre au Royaume-Uni, ce variant baptisé VOC 202012/01 présente 22 mutations de son génome et une contagiosité plus forte que la souche d’origine. Voici pourquoi cette mutation pourrait aggraver la situation épidémique en France.

Parce que ce variant est déjà présent en France

La fermeture des frontières et le Brexit n’ont pas empêché le variant du coronavirus détecté au Royaume-Uni de traverser la Manche. Un premier cas de contamination par ce variant du Sars-CoV-2 a été identifié vendredi 25 décembre, à Tours (Indre-et-Loire). Ce même variant a ensuite été détecté le 30 décembre chez une deuxième personne qui avait séjourné au Royaume-Uni, selon Santé publique France, qui n’a pas précisé dans quelle région. Un troisième cas a été détecté en Corse, chez une personne qui rentrait de Londres.

Parce qu’on ne sait pas à quelle vitesse il va se répandre

S’il est bien présent sur le territoire, on ne connaît pas précisément le nombre de personnes infectées par le VOC 202012/01. En effet, les tests PCR réalisés en France ne permettent pas tous de l’identifier. Il y a certaines PCR, pas toutes, peut-être 30% de celles qui sont utilisées sur le territoire français, qui vous donnent un signal défectueux en présence de ce variant, explique Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique. Dès lors, il faut faire la séquence, car il y a d’autres mutations qui peuvent amener à ce signal défectueux.”

Dans ces conditions, difficile de donner un chiffre précis. “Pour l’instant, on est plutôt dans les unités ou dizaines, pas au-delà”, évalue l’épidémiologiste. Jusqu’à quand ? Ce variant pourrait être une bombe à retardement. “Il faut savoir qu’en Grande-Bretagne, il est apparu en septembre pour ne devenir vraiment épidémique qu’en décembre. Il y a un toujours un délai”, explique Arnaud Fontanet.

Parce qu’il est très contagieux

Une caractéristique de ce variant inquiète tout particulièrement : sa très forte contagiosité. Concrètement, une personne infectée transmet beaucoup plus facilement le coronavirus qu’une personne infectée par la souche classique. “Ce variant a une transmissibilité qui est de 50% supérieure aux autres variants du virus, précise Arnaud Fontanet, dès lors, il peut vraiment nous précipiter dans une situation extrêmement complexe vis-à-vis de cette épidémie.”

L’institut de santé publique anglais Public Health England a publié fin décembre une étude (PDF en anglais) sur cette nouvelle forme du coronavirus. Les chercheurs ont comparé deux groupes de 1 769 patients chacun. Dans un groupe, des patients atteints par le variant, dans l’autre, des malades touchés par la souche d’origine. Conclusion : le variant se transmet bien 50% plus facilement, y compris chez les enfants. Les cas contacts des patients infectés par ce variant se retrouvent par exemple plus facilement infectés que les cas contacts d’une personne porteuse de la souche de départ (15% contre 9%).

Une autre étude indique que ce variant du Sars-Cov-2 “pourrait être 50% à 74% plus transmissible” (56% en moyenne, sur les trois régions concernées au Royaume-Uni) que les formes du virus jusqu’ici en circulation, selon l’un des auteurs, Nick Davies, biologiste à la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM).

Parce que de grandes inconnues persistent

Plusieurs doutes subsistent sur les caractéristiques de cette mutation du virus. La première inquiétude concerne la virulence de ce variant. Selon les résultats préliminaires de plusieurs études, il ne serait pas plus virulent que la souche d’origine. Concrètement, il ne déclencherait pas des formes plus sévères que celles observées habituellement avec le coronavirus.

Des professionnels de santé craignent toutefois que le variant touche davantage les jeunes. Le témoignage d’une infirmière londonienne décrivant une situation “effrayante” dans un hôpital anglais a ainsi été largement relayé dans les médias. Depuis, de nombreux spécialistes ont réfuté cette thèse. “A l’heure actuelle, nous ne constatons pas de pression significative [de l’épidémie] en pédiatrie”, a ainsi assuré le président du Collège royal de pédiatrie et de santé infantile.

La question de l’efficacité des vaccins est aussi posée. “Pour le moment, il n’existe aucune preuve suggérant que ce vaccin ne soit pas efficace contre le nouveau variant”, a déclaré Emer Cooke, la directrice générale de l’Agence européenne des médicaments (EMA), fin décembre. Des études complémentaires sont en cours et le laboratoire allemand BioNTech, à l’origine, avec Pfizer, du premier vaccin contre le Covid-19 autorisé au monde, a assuré qu’il était capable, si besoin était, de fournir un nouveau vaccin “en six semaines” pour répondre à une mutation.

Parce que ce n’est pas le seul variant en circulation

Tous les virus mutent. La variant britannique n’est donc pas la seule mutation du Sars-CoV-2 depuis son apparition. La plupart de ces mutations sont sans conséquence, mai d’autres peuvent notamment agir sur la survie du virus. Actuellement, une autre mutation importante a été détectée, en provenance d’Afrique du Sud, où elle est désormais majoritaire. Ce variant a été détecté dans des échantillons remontant au mois d’octobre, puis a été repéré dans quelques autres pays du monde, notamment le Royaume-Uni et la France.

Les résultats préliminaires concernant le variant sud-africain font également état d’une plus forte transmissibilité, mais moins de données sont disponibles. Le ministre de la Santé britannique s’est d’ailleurs dit “très inquiet” du variant sud-africain, lundi, auprès de la BBC. Au sein de la Vaccine Task Force britannique, certains se demandent même si les vaccins seront efficaces avec cette nouvelle souche, rapporte Al Jazeera (en anglais).

La potentielle haute transmissibilité de ces variants présentent enfin un autre risque : celui d’accroître le risque de mutation. “Plus un virus circule, plus il mute”, a rappelé la virologue Anne Goffard, sur France Inter. Ces nouveaux variant pourraient à leur tour évoluer.

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