Covid-19 : « On ne vaccinera sans doute pas la population française dans son ensemble » – Le Monde

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Marie-Paule Kieny, présidente du comité scientifique vaccin Covid-19, à Genève, le 11 février.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la vaccinologue Marie-Paule Kieny, directrice de recherche à l’Inserm, étudie de près l’état de la recherche sur les vaccins et les stratégies vaccinales en cours d’élaboration. Pour Le Monde, elle revient sur l’annonce faite par Pfizer d’un vaccin efficace à 90 %, et répond aux questions soulevées par l’arrivée prochaine d’un vaccin.

Partagez-vous l’enthousiasme planétaire suscité par l’annonce de Pfizer, dont le vaccin serait efficace à 90 % ?

Bien sûr. Il faut saluer l’exploit : nous savons désormais qu’il est possible de développer un vaccin contre le Covid-19. On ne va pas bouder notre plaisir ! Cependant, cette protection de 90 % doit être précisée par des données scientifiques. Dans son communiqué de presse, Pfizer précise que la protection a été mesurée entre sept et quinze jours après la vaccination, soit quand l’immunité des patients est la plus forte. Or, celle-ci a tendance à diminuer avec le temps. Va-t-elle se maintenir à ce niveau pendant des mois, descendre progressivement, chuter brutalement ? On ne sait pas encore.

Nous attendons aussi des données sur l’efficacité de ce vaccin sur différents types de population, notamment sur les personnes âgées. Il faudra également déterminer s’il se contente de protéger des symptômes de la maladie, ou s’il en empêche aussi la transmission. Quoi qu’il en soit, c’est un chiffre très encourageant.

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Les conditions de conservation de ce vaccin, à – 72 °C, constituent-elles un frein important à sa distribution ?

Tout dépend de la durée pendant laquelle les doses devront être stockées avant d’être utilisées. Si Pfizer livre les millions de doses commandées en une seule fois, nous risquons en effet d’avoir un problème. Mais si le laboratoire est capable de livrer par exemple une fois par mois, dans différentes régions du pays, alors la solution sera plus gérable. Dans un cas comme dans l’autre, j’espère que les pouvoirs publics ont fait preuve d’anticipation en commandant des congélateurs spéciaux, car je ne suis pas sûre que ceux dont nous disposons dans nos laboratoires de recherche soient en nombre suffisant.

Ce score de 90 % établit-il un précédent pour les vaccins à venir ?

Oui, il met la barre très haut. Mais encore une fois, ce taux d’efficacité devra être réévalué dans la durée, comme celui des autres vaccins d’ailleurs. Un candidat qui afficherait 60 % d’efficacité une semaine après la vaccination, et maintiendrait ce pourcentage six mois durant, pourrait s’avérer plus intéressant pour immuniser des populations qu’un vaccin très efficace pendant un temps très court. Les gens parlent souvent du vaccin. En réalité, nous allons vraisemblablement avoir des vaccins, aux caractéristiques différentes.

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