Covid-19 : l’Union européenne commande 300 millions de doses supplémentaires du vaccin Pfizer-BioNTech – Le Monde

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Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, lors d’une conférence de presse, vendredi 8 janvier.

La Commission européenne a annoncé, vendredi 8 janvier, la conclusion d’un nouveau contrat avec Pfizer et BioNTech pour la livraison de 300 millions de doses supplémentaires de leur vaccin contre le Covid-19, portant à 600 millions ses commandes au groupe pharmaceutique américain et son partenaire allemand. Mercredi, les institutions communautaires avaient par ailleurs annoncé l’autorisation de mise sur le marché d’un deuxième vaccin, celui qui a été développé par l’américain Moderna et dont la Commission a commandé 160 millions de doses.

En sachant que ces deux vaccins nécessitent chacun l’administration de deux doses, « nous avons désormais sécurisé l’achat de suffisamment de doses pour vacciner 380 millions d’Européens, soit 80 % de la population européenne, et d’autres vaccins vont suivre dans les semaines et mois à venir », s’est réjouie Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission. L’exécutif européen a par ailleurs signé des contrats avec quatre autres laboratoires (AstraZeneca, Johnson & Johnson, Sanofi, CureVac), qui pourraient donc lui permettre, si les vaccins en question devaient être autorisés, de se trouver en possession de 2,3 milliards de doses. De quoi, a rappelé Mme von der Leyen, aider les pays voisins de l’Europe et ceux qui « ont besoin de notre aide » à accéder aux vaccins.

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Faire taire la polémique en Allemagne

En réalité, il n’y avait pas d’urgence à commander 300 millions de doses supplémentaires à BioNTech-Pfizer, dans la mesure où les vaccins qui ont été livrés depuis le 21 décembre, date à laquelle l’association américano-allemande a obtenu une autorisation de mise sur le marché européen, n’ont pas encore été tous injectés. Mais la Commission avait à cœur de faire taire au plus vite la polémique qui enfle en Allemagne depuis plusieurs jours.

Afin de garantir à tous le meilleur prix et d’éviter une concurrence entre eux, dont les effets auraient été délétères, les Vingt-Sept ont décidé, au printemps, de négocier ensemble et de mutualiser leurs commandes, espérant ainsi se constituer un portefeuille de vaccins diversifié, à une période où il était impossible de savoir lequel d’entre eux serait efficace. « Si chacun avait négocié pour soi, l’Allemagne aurait tout pris, la France serait arrivée derrière, et les autres n’auraient pas eu grand-chose », commente un diplomate.

Alors qu’on assiste à une recrudescence des contaminations et que le rythme de vaccinations laisse à désirer, l’Europe est aujourd’hui critiquée – particulièrement outre-Rhin où la campagne pour les élections générales de 2021 a commencé – pour être trop lente et n’avoir pas commandé assez de doses. C’est un fait, l’Agence européenne des médicaments (AEM) met plus de temps à délivrer ses autorisations que ses homologues britannique, américaine ou israélienne. Ainsi, les vaccins Moderna, Pfizer-BioNTech ou AstraZeneca sont déjà administrés en dehors de l’Union européenne. Et les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni ou Israël ont commencé à vacciner avant l’Europe.

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« L’AEM s’assure de la sécurité et de l’efficacité des vaccins, elle regarde aussi les processus de production dans le détail. Et doit intégrer des contraintes qui sont propres à l’Europe, liées par exemple au multilinguisme », réplique la Commission. Par ailleurs, les contrats qu’ont négociés, en amont, l’exécutif bruxellois et les Vingt-Sept avec les laboratoires, ont été relativement longs à finaliser. L’eurodéputé Pascal Canfin (Renew Europe, libéraux) explique ainsi :

« Aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, si ces vaccins devaient poser des problèmes, ce sont les Etats qui seraient juridiquement responsables. En Europe, la responsabilité est partagée entre les laboratoires et les Etats. »

Qui plus est, on sait, grâce à des fuites, que Bruxelles a obtenu des laboratoires des prix plus bas que Washington, Londres ou Tel-Aviv, et cela explique sans doute aussi la durée des discussions.

« La Commission court derrière la polémique allemande »

Les attaques contre Bruxelles portent également sur le nombre de doses commandées à Pfizer-BioNTech, qui serait insuffisant. « Pourquoi la Commission a-t-elle commandé à l’avance si peu de doses de vaccin ? », a ainsi demandé, lundi, Olaf Scholz. Le ministre des finances allemand, qui sera le candidat du Parti social-démocrate (SPD) au poste de chancelier lors des élections de 2021, connaît pourtant la réponse puisque les Vingt-Sept ont tous participé à la négociation entre Bruxelles et les laboratoires et que les quantités commandées correspondent à la somme de leurs demandes.

Mais, il y a quelques mois, plusieurs pays, dont la Pologne, la Belgique ou la Bulgarie, hésitaient à acheter le vaccin Pfizer-BioNTech, à la technologie innovante et dont les conditions de conservation (à − 72 °C) compliquent l’administration. Ils ont finalement, quand le vaccin a été autorisé, revu à la hausse leurs commandes (dans la limite de la part qui leur était réservée, au prorata de leur population).

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Le gouvernement d’Angela Merkel, lui, ne faisait pas partie des frileux, d’autant qu’il s’agit là d’une technologie développée par une entreprise allemande, BioNTech, et qu’une nouvelle usine en Allemagne doit permettre d’accroître la production de vaccins et s’est trouvé moins servi qu’il pensait l’être. La nouvelle commande de la Commission permettra donc d’y remédier. « La Commission court derrière la polémique allemande », commente un diplomate.

« L’Allemagne était en capacité de payer ce qu’a payé Israël et Israël sera immunisé dans quatre mois », décrypte une source européenne. Et certains, y compris dans l’entourage d’Angela Merkel, étaient tentés de faire cavalier seul. Fin de non-recevoir de la chancelière, qui a rappelé, mardi, que l’achat en commun de vaccins par les Vingt-Sept « est dans l’intérêt de l’Allemagne », parce qu’elle est « entourée de pays européens » entre lesquels les biens comme les citoyens circulent librement. Comme l’a dit vendredi Ursula von der Leyen, « en vertu des contrats que nous avons signés, aucun pays n’est autorisé à négocier ni à conclure de contrat en parallèle » de ce que fait la Commission.

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