Covid-19 : l’IHU du professeur Raoult persiste dans ses certitudes et prescrit toujours l’hydroxychloroquine – Le Monde

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Le professeur Didier Raoult, à Institut hospitalo-universitaire (IHU) en maladies infectieuses de Marseille, le 17 septembre.

Comme tous les matins depuis la reprise de la pandémie de Covid-19, plusieurs dizaines de patients attendent leur tour, jeudi 12 novembre, devant l’IHU Méditerranée Infection du professeur Didier Raoult. Certains se pressent pour être testés pour la première fois. D’autres, détectés positifs au coronavirus il y a quelques jours et traités à l’hydroxychloroquine, viennent suivre le protocole de surveillance cardiaque établi, depuis mars, par le centre d’infectiologie marseillais.

Le matin même, le journal Le Parisien a révélé que le conseil de l’ordre des médecins des Bouches-du-Rhône avait engagé une procédure contre le médiatique directeur de l’IHU. Une saisine de la chambre départementale disciplinaire de première instance, votée en séance spéciale le 12 octobre, pour des « manquements à la déontologie médicale telle que la définit le code de santé publique », explique MPhilippe Carlini, qui diligente l’action. Parmi ces entorses, l’accusation de « charlatanisme », définie dans l’article 39 du code comme le recours à un « remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé ».

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Ce revers n’est pas le premier pour le professeur Raoult. Le 21 octobre, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a refusé à son institut une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) pour son désormais célèbre traitement à l’hydroxychloroquine, associée en bithérapie à l’antibiotique azithromycine.

Livraisons de Plaquenil réduites

Au terme d’un rapport rappelant les résultats de différentes études internationales et les conclusions négatives du Haut Conseil de la santé publique, le directeur général de l’ANSM, Dominique Martin, estime qu’« il ne peut être présumé d’un rapport bénéfice/risque favorable de l’hydroxychloroquine dans la prise en charge de la maladie Covid ». Conséquence directe, fin octobre, le laboratoire Sanofi, qui commercialise la molécule en France sous l’appellation Plaquenil, a réduit ses livraisons à la pharmacie des hôpitaux universitaires de Marseille (AP-HM), dont dépend l’IHU. Plus question d’honorer les volumes imposants commandés depuis le début de la crise.

Dans un courrier, la direction du laboratoire a appelé le ministre de la santé, Olivier Véran, à « trancher cette question délicate ». Interrogé le 5 novembre en conférence de presse, le docteur Véran a évoqué l’hydroxychloroquine comme un traitement qui « n’a pas démontré son efficacité dans aucune des études internationales ». « Je pense que l’ANSM a eu raison », a jugé le ministre.

Cette série d’événements négatifs n’a pas modifié la stratégie thérapeutique, médiatique et juridique du professeur Raoult et de son équipe. « On ne prend rien à la légère, mais ce n’est pas cela qui va changer notre approche », assure-t-on à l’IHU. Les patients hospitalisés dans les 75 lits du bâtiment sont toujours traités avec de l’hydroxychloroquine. Seule nouveauté, les personnes accueillies en hôpital de jour ne repartent plus, elles, avec la boîte de 30 comprimés qui leur permettait de suivre leur traitement à domicile pendant dix jours. Ils reçoivent désormais une ordonnance, charge à eux de se procurer du Plaquenil dans une pharmacie. Ce qui ne représente pas de difficulté à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône.

Chambre départementale disciplinaire

« Il y a eu un effet de vase communicant. Les médicaments fournis à la pharmacie de l’AP-HM ont été orientés vers les grossistes répartiteurs de la région », assure Stéphane Pichon, président de l’ordre des pharmaciens de Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse. Lui-même a écrit à ses membres, fin octobre, pour confirmer leur droit à délivrer les médicaments prescrits par l’IHU. « Ces ordonnances sont parfaitement légales si elles portent la mention hors autorisation de mise sur le marché [AMM] et si le patient est prévenu que ces médicaments ne sont pas remboursés. Chaque pharmacien doit prendre la décision de les fournir ou pas, car, dans la délivrance, il y a une coresponsabilité de fait », assure Stéphane Pichon.

Dans son officine du 12arrondissement de Marseille, il vend et commande régulièrement du Plaquenil. « Il s’avère que j’ai été personnellement traité à l’IHU et que j’ai vu que les conditions de sécurité de suivi du traitement, notamment au niveau cardiaque, y sont absolues, insiste ce pharmacien de 59 ans. Mais si l’ordonnance provient d’un médecin généraliste qui ne prescrit pas d’électrocardiogramme, là, c’est autre chose. »

« Si le professeur Raoult disait aujourd’hui : “J’ai fait une médecine de guerre dans une situation où on ne connaissait rien de la maladie et je me suis trompé”, cela changerait beaucoup de choses », se prend à rêver l’avocat du conseil de l’ordre des médecins, Philippe Carlini. La chambre départementale disciplinaire, juridiction indépendante de l’ordre, constituée d’une demi-douzaine de médecins et présidée par un magistrat professionnel, ne se réunira pas avant quelques mois. Elle prévoit des échanges de mémoires écrits, puis une audience publique.

Des médecins « choqués par les pratiques du professeur Raoult »

« L’ordre a réagi après avoir reçu au moins une dizaine de communications très argumentées venant de sociétés savantes et de nombreux appels téléphoniques de médecins choqués par les pratiques du professeur Raoult, poursuit MCarlini. En plaçant le débat scientifique dans une voie médiatique, il a alimenté la confusion et troublé le nécessaire travail de recherche. Il a aussi fragilisé les médecins, qui se sont retrouvés face à des patients exigeant, parfois de manière très virulente, un traitement qui est potentiellement dangereux. »

Face à ces attaques, Didier Raoult est passé, lui aussi, à l’offensive. Son nouvel avocat, Fabrice Di Vizio, spécialiste des questions de santé, a déposé, jeudi 5 novembre, un recours en annulation de la décision de l’ANSM devant le Conseil d’Etat. Le défenseur du professeur Raoult évoque également, sans vouloir la révéler publiquement, une autre plainte, au pénal cette fois et visant l’ANSM et son directeur, Dominique Martin, pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « prise illégale d’intérêts ». « On ne saisit pas la justice pénale pour trouver un coupable mais pour avoir la vérité, explique MDi Vizio. Nous nous interrogeons notamment sur la différence de traitement entre l’hydroxychloroquine et le Remdesivir, qui a bénéficié d’une bienveillance des instances, y compris européennes. Comment ce produit notoirement inefficace peut-il obtenir de l’ANSM une autorisation temporaire d’utilisation alors que l’on a refusé une RTU à l’hydroxychloroquine ? »

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Joint par Le Monde, Dominique Martin confirme « avoir eu vent via les réseaux sociaux » de cette intention de déposer plainte contre l’ANSM et lui-même. « Pour l’instant, nous n’avons été ni convoqués ni informés par le parquet. Si cette plainte est effectivement déposée, nous répondrons à la justice », assure le directeur de l’ANSM.

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