Covid-19 : les opérateurs européens partageront les données utilisateurs avec Bruxelles

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Covid-19 : les opérateurs européens partageront les données utilisateurs avec Bruxelles

Face à l’épidémie de Covid-19 qui ravage actuellement les pays du Vieux Continent, Bruxelles a décidé de mettre à contribution les opérateurs télécoms en leur demandant de partager les données de géolocalisation de leurs clients pour contenir la transmission du virus. Message semble-t-il reçu cinq sur cinq du côté des opérateurs, alors qu’Orange, Vodafone, Deutsche Telekom, Telefonica, Telecom Italia, Telenor, Telia, et A1 Telekom Austria auraient accepté de contribuer à la lutte contre la pandémie après une rencontre tenue lundi avec le commissaire européen au Marché intérieur et au Numérique Thierry Breton.

Interrogé sur Europe 1, le président d’Orange, Stéphane Richard, a déclaré ce jeudi que des données utilisateurs sont d’ores et déjà partagées avec les autorités sanitaires, et notamment l’Inserm. Pour autant, le patron d’Orange l’assure, « la France n’est pas la Chine et l’Europe n’est pas la Chine. Les données sont agrégées et anonymisées, j’insiste parce que c’est important, il ne s’agit pas de suivre les individus mais de savoir comment les moyens hospitaliers doivent être dimensionnés et adaptés à l’échelle du territoire en fonction des mouvements de population ».

Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur, souhaite désormais agréger ces données au niveau européen. Les données recueillies en France, en Espagne ou encore en Italie vont ainsi servir à la Commission européenne pour évaluer l’effet des mesures de confinement au niveau d’un code postal. Un dispositif qui serait conforme au RGPD (le règlement général sur la protection des données) selon Bruxelles, qui rappelle que le recueil, le stockage et l’utilisation de ces données seront soumis au contrôle de l’autorité de protection des données des institutions européennes, le contrôleur européen de la protection des données (CEPD).

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Les garde-fous veillent

Comme l’a confirmé l’organisme regroupant ces opérateurs, la GSMA, la Commission agrégera donc ces données de géolocalisation afin de coordonner des mesures pour endiguer la propagation du virus. Une fois la crise surmontée, ces données seront détruites, explique un responsable européen pour répondre aux inquiétudes concernant de possibles violations de la vie privée. De son côté, le gendarme européen des données, le CEPD, a fait savoir que ce projet n’enfreint pas a priori les règles sur la vie privée tant que des garde-fous sont établis.

Le CEPD a toutefois enjoint la Commission à « définir clairement l’ensemble de données qu’elle souhaite obtenir et assurer la transparence vis-à-vis du public, afin d’éviter tout malentendu. Il serait également préférable de limiter l’accès à ces données à des experts autorisés en épidémiologie spatiale, en protection des données et en données scientifiques », explique le patron du CEPD, le juriste polonais Wojciech Wiewiorowski.

Ce dernier a souligné « l’importance d’appliquer des mesures adéquates pour garantir la transmission sécurisée des données des fournisseurs de télécommunication », tout en réclamant qu’une « telle solution devrait être reconnue comme extraordinaire » et ne pas faire l’objet d’une extension une fois passée la crise sanitaire que nous rencontrons actuellement.

Des mesures déjà adoptées en dehors de l’UE

Pour rappel, des mesures ont déjà été prises en dehors des frontières de l’Union européenne pour exploiter les données personnelles à des fins de lutte contre la pandémie qui sévit actuellement à l’échelle de la planète.

La Chine est en tête de tous les pays en ce qui concerne les mesures de suivi qu’elle utilise actuellement et qui visent à lutter contre l’épidémie de coronavirus. Le système mis en place par Pékin exploite en effet les vastes quantités de données mobiles et de points de géolocalisation que les entreprises technologiques chinoises ont recueillies pour cartographier les points chauds d’infection, puis trier la population chinoise en fonction de leurs interactions antérieures.

Si le système mis en place par la Chine peut paraître intrusif, les autorités chinoises vont encore plus loin à Hong Kong, où elles utilisent des bracelets pour suivre les habitants infectés. Selon Fortune, toutes les personnes infectées ou mises en quarantaine chez elles se sont vu attribuer un bracelet qu’elles doivent porter en permanence. Un dispositif de surveillance tout aussi large a également été mis en place en Corée du Sud, où Séoul s’appuie sur les images de vidéosurveillance, les relevés de cartes bancaires et les données des téléphones portables pour faire face à l’épidémie.

Le gouvernement israélien s’efforce d’utiliser un système similaire à celui utilisé par Séoul. Selon le quotidien Haaretz, le gouvernement israélien a adopté la semaine dernière une loi d’urgence qui accorderait à la police et au service de sécurité du Shin Bet l’accès aux données de localisation des téléphones portables de tout le pays. Enfin, des discussions sur une mesure similaire sont actuellement en cours à Washington. Selon le Washington Post, la Maison Blanche a tenu des réunions au milieu du mois avec les géants américains du numérique sur le sujet, sans que des décisions aient encore été prises.

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