Covid-19 : les Bouches-du-Rhône aux avant-postes du rebond épidémique – Le Parisien

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Lorsqu’il s’est fendu d’un tweet pour tirer la sonnette d’alarme sur la situation sanitaire dans son département, le professeur Dominique Rossi, chef du service d’urologie de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), n’imaginait peut-être pas que son alerte ferait autant de bruit. Mais la crise sanitaire continue d’affecter le quotidien des Français et la crainte d’une « deuxième vague » demeure persistante.

Les regards se tournent aujourd’hui vers le département des Bouches-du-Rhône. Depuis la mi-août, il fait partie des territoires classés en rouge, ceux au sein desquels le virus circule activement. « Tension majeure depuis 24 heures sur les lits de réanimation dans les Bouches-du-Rhône », écrivait le professeur dans son tweet publié dimanche. « Il n’est pas facile pour le grand public de bien comprendre les chiffres de l’épidémie, explique-t-il auprès du Parisien. Il faut appeler à la responsabilité du plus grand nombre pour contrôler l’épidémie. »

Les chiffres, justement, préoccupent les autorités. Dès le début du mois d’août, le département a vu le nombre de nouvelles contaminations croître bien plus rapidement que la moyenne nationale. Et ces derniers jours, c’est la hausse du nombre de patients pris en charge dans les services de réanimation qui suit la même trajectoire.

Selon les derniers chiffres transmis ce lundi par l’Agence régionale de santé au Parisien, ils étaient 61 dans les Bouches-du-Rhône, soit plus de 10 % de toutes les réanimations en France. Depuis deux semaines, la courbe a pris une trajectoire bien plus pentue que celle des autres départements.

Résultat : le nombre de places disponibles et dédiées aux malades du Covid-19 se compte désormais sur les doigts de deux mains. « Nous disposons de 300 lits de réanimation dans le département. Sur ce total, 70 sont destinés aux malades du Covid, précise Dominique Rossi. Pour ce qui est de l’AP-HM, 25 des 120 lits de réanimation sont dédiés au covid-19. »

Covid-19 : les Bouches-du-Rhône aux avant-postes du rebond épidémique

C’est là toute la difficulté du moment. Car le pays n’est plus confiné, et les admissions en réanimation ne concernent pas seulement les contaminations au nouveau coronavirus. « Quand ils étaient confinés, les gens ne se cassaient pas la jambe, ils ne se noyaient pas, ils n’avaient pas d’accident de voiture, continue le Pr. Rossi. Aujourd’hui, c’est le cas et nous devons les prendre en charge. Des malades ont reporté des soins et nous avons du retard à rattraper. »

À ce stade, la tension au sein des services de réanimation ne se résume donc pas à une seule explosion des cas de Covid, ce qui n’enlève rien de l’urgence de la situation sur place.

Les malades les plus durement touchés par le Covid, eux, sont toujours les mêmes. Il s’agit des populations les plus fragiles, à commencer par les personnes âgées et celles présentant des comorbidités. À l’échelle de la région PACA, 89 % des patients admis dans les services de réanimation ont plus de 50 ans. « Le virus a circulé tout l’été et la hausse des cas en est la conséquence, analyse Mircea T. Sofonea, maître de conférences en épidémiologie des maladies infectieuses à l’université de Montpellier (Hérault). Il y a eu un relâchement chez les jeunes, compréhensible après le confinement. Au bout d’un moment, les plus âgés ne sont pas épargnés. »

« Le virus circule partout »

Notre spécialiste balaie aujourd’hui certains arguments développés au début de l’été. « Certains disent que le virus a changé, mais cet argument n’a pas de fondement scientifique, appuie-t-il. Tous les ingrédients sont là. On revit les mois de février et de mars, mais quatre fois plus lentement. »

Covid-19 : les Bouches-du-Rhône aux avant-postes du rebond épidémique

Pourquoi les Bouches-du-Rhône? La question est éminemment complexe, tant le virus recèle encore de mystères que les scientifiques peinent à percer. Toujours est-il que le taux d’incidence ( le nombre de cas dépistés pour 100 000 habitants ) y est plus de trois fois supérieur à celui de la moyenne nationale, à près de 180. « On parle d’une région, d’un département et d’une ville, Marseille, qui n’ont pas été très touchés par la première vague, relève Mircea T. Sofonea. Le contexte de rentrée peut jouer également, ainsi que les spécificités de ce territoire littoral, qui a accueilli des vacanciers cet été. »

« Si on laisse faire »

Pour lui, la situation là-bas pourrait parfaitement se reproduire ailleurs. « Je ne dis pas que Marseille présage d’une seconde vague aussi intense que la première. Mais si on laisse faire, le virus va circuler plus fortement dans les grandes villes, y compris celles qui ont été moins touchées en mars dernier, comme Bordeaux et Toulouse. » D’autres anticipent déjà une forte dégradation de la situation. « C’est une évidence, les grandes métropoles vont être frappées, on ne va pas y couper », prévoit François-René Pruvot, président lillois de la conférence des présidents de communauté médicale d’établissements de CHU, auprès du Monde.

Contacté, le cabinet d’Olivier Véran, ministre de la Santé, dit suivre la situation de près. « Il y a une vigilance extrême autour de ce qui se passe là-bas, développe-t-on. Nous entendons les messages des médecins sur place mais la pression hospitalière n’est pas comparable à ce que l’on a connu ». Et de rappeler que « nous sommes passés de 7000 à 12 000 places disponibles en réanimation ».

Mais ces places ne sont évidemment pas toutes à proximité de Marseille. Au point que si la situation venait encore à s’aggraver, les autorités n’excluent déjà plus, selon nos informations, de possibles transferts de malades. De bien mauvais souvenirs.

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