Covid-19 : « La réanimation est une spécialité médicale qu’il est difficile de maîtriser en quelques mois » – Le Monde

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A l’hôpital Bretonneau de Tours, le 2 avril 2021.

Alors que le nombre de malades du Covid-19 en réanimation a de nouveau augmenté jeudi, avec plus de 5 100 personnes hospitalisées, le ministre de la santé, Olivier Véran, a annoncé attendre un pic d’ici à la fin du mois d’avril. Quelle est la situation concrète pour les soignants ? Comment travaille le personnel dans les services de réanimation ? Professeur de médecine intensive-réanimation à l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gaudry a répondu à vos questions.

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Camille : Les mesures prises par l’exécutif vous paraissent-elles suffisantes ? Surtout, trois semaines suffiront-elles ?

Il est difficile d’anticiper l’efficacité de mesures dont l’application dépendra de notre capacité collective à comprendre la gravité de la situation. D’un point de vue strictement sanitaire, il aurait été préférable de prendre des mesures plus restrictives. La durée minimale de ce type de mesures est de quatre semaines, si toutefois l’objectif est purement sanitaire. Je comprends qu’il y ait d’autres priorités, mais la situation actuelle dans les hôpitaux est très préoccupante.

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Statisticken amateur : On lit partout que la moyenne d’âge des personnes hospitalisées en soins intensifs a baissé. Cela est-il lié à la vaccination de nos aînés ? Qu’en est-il du nombre absolu de patients en soins intensifs ?

L’âge a baissé en grande partie parce que le nombre de contaminations a surtout augmenté dans la tranche d’âges des 20-60 ans. L’efficacité de la vaccination est aussi une raison pour les tranches au-delà de 75 ans. Pour le nombre de patients en unités de soins intensifs, il a dépassé depuis plusieurs jours les capacités habituelles de la région Ile-de-France.

Sophie : Y a-t-il beaucoup de femmes enceintes atteintes du Covid-19 en réanimation ?

Un certain nombre de femmes enceintes sont hospitalisées en réanimation. Elles peuvent développer une forme grave du Covid-19, mais c’est moins notable que pendant l’épidémie de grippe A(H1N1), où la proportion de femmes enceintes était marquante.

Sansdessousdessous : Quelles sont les séquelles laissées par la réanimation chez les patients ? Combien de temps les patients ont-ils besoin pour retrouver l’ensemble de leurs capacités ?

Les séquelles de la réanimation sont physiques (fatigue, diminution de la mobilité…) et psychiques (syndrome post-traumatique). En dehors du Covid-19, 50 % des patients qui passent par la réanimation n’ont pas repris leur activité professionnelle douze mois après. C’est probablement pour cela que l’objectif doit être de limiter les arrivées en réanimation plutôt que d’augmenter le nombre de lits.

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Cam : Combien de soignants faut-il pour un seul patient en réanimation ? Est-ce différent des autres services ?

Oui, c’est très différent des autres services. Il faut deux infirmières de réanimation pour cinq patients, alors qu’en service conventionnel une infirmière s’occupe de dix patients. Les lits de réanimation étant ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, il faut embaucher entre cinq et six infirmiers ou infirmières pour ouvrir trois lits de réanimation. D’où la difficulté d’ouvrir des lits de réanimation à moyens constants de ressources humaines.

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Astien : Combien gagnent une infirmière, un interne et un médecin en réanimation ?

Après un bref sondage dans le service de réanimation, en début de carrière, une infirmière gagne 1 600 euros net. Un interne gagne environ 1 600 euros net, hors garde, auquel s’ajoutent 100 euros par garde. Les jeunes médecins gagnent 2 600 euros net, hors garde. La garde d’un médecin senior est payée 17 euros l’heure.

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Arthur : Quand vous parlez de réanimation, est-ce que cela signifie intubation ?

Certains malades (une proportion minoritaire) qui sont en réanimation ne sont pas intubés. Ils reçoivent des quantités extrêmement importantes d’oxygène (on parle d’oxygénothérapie à haut débit). Leur situation, très précaire, peut se dégrader à tout moment et ceci justifie leur hospitalisation en réanimation.

Certains patients plus stables, et recevant malgré tout de grandes quantités d’oxygène, sont hospitalisés dans des services intermédiaires afin de laisser des places en réanimation. Plus la situation se dégrade sur le plan épidémique, plus nous sommes obligés de laisser des patients en situation précaire en dehors de la réanimation.

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Bob : Ne peut-on pas former à la réanimation des médecins d’autres spécialités pour rapidement accroître nos capacités en réa ?

Des médecins d’autres spécialités viennent nous aider à la prise en charge des patients atteints d’une forme grave de la maladie. Néanmoins, la réanimation est une spécialité médicale qu’il est difficile de maîtriser en quelques mois – la formation dure cinq ans après les six années d’étude de médecine, soit onze ans. On peut accepter que des non-spécialistes prennent en charge les malades graves, mais il faut avoir conscience que cela se fera au dépend de la qualité du soin donné à un patient dont la vie est en danger.

Florence : Quelles sont actuellement les chances de survie d’un patient admis en réanimation pour Covid-19 ?

Actuellement, 25 % à 30 % des patients atteints du Covid-19 qui sont admis en réanimation meurent. Cette mortalité est comparable aux pneumonies graves (autres que le Covid-19) admises en réanimation. La mortalité dépend, bien entendu, de l’âge et de l’état général du patient.

Actu : Quelle est la proportion de personnes en surpoids ou obèses en réanimation ? Et quel est l’écart avec la proportion de ces personnes dans la population française ? En quoi cela représente-t-il un surrisque ?

La proportion de personnes obèses hospitalisées pour une forme grave du Covid-19 en réanimation est d’environ 40 %, pour 17 % dans la population générale en France.

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Ornella : Les patients Covid de réanimation décèdent-ils tous de pneumopathie ? Ou quelles sont les autres causes de décès ?

Dans ses formes graves, le Covid-19 est une pathologie touchant préférentiellement le poumon, mais pouvant également atteindre d’autres organes, comme le cœur, les reins ou le cerveau. En réanimation, les patients meurent de défaillances multi-organes. La défaillance respiratoire (pneumonie grave) est, dans la grande majorité des cas, au premier plan.

Le Monde

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