Covid-19 : «Hold-up», le documentaire sur un complot mondial qui fait polémique – Le Figaro

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Depuis sa diffusion lundi 9 novembre sur diverses plateformes, le documentaire Hold-Up enflamme les réseaux sociaux. Parmi les milliers de mentions qui saluent ce documentaire controversé sur la gestion de la crise du coronavirus, le gilet jaune Maxime Nicolle, mais aussi l’actrice Sophie Marceau et l’écrivain André Bercoff. «Hold-Up» est le troisième mot-clé ayant le plus progressé sur Google mercredi. «Ce n’est pas un docu, ce n’est pas du journalisme, c’est une propagande complotiste à budget blockbuster», dénonce la présidente déléguée des députés LREM Coralie Dubost, sur Twitter.

Le documentaire s’ouvre pourtant sur une phrase anodine du prix Nobel de Chimie Michael Levitt : «Je pense que vous pouvez pardonner un confinement. Deux, c’est beaucoup plus difficile». Puis, quelques minutes plus tard, enchaîne avec une animation satyrique d’un microbe qui clame «Salut salut, c’est moi le coronavirus. C’est vous qui m’avez fait roi, à cause de ma couronne. Pourtant, nous, les virus, existons depuis des milliards d’années». Le documentaire brouille les codes. Pendant 2h43, le «Hold-up» donne la parole à des experts, scientifiques, juristes qui interrogent la gestion de l’épidémie… avant de finalement relayer des théories obscures d’un complot mondial, qui impliquerait, en vrac, les gouvernants, l’OMS, les médias, l’industrie pharmaceutique, mais aussi Bill Gates et Jacques Attali.

De la critique gouvernementale… à l’hypothèse du complot global

À l’origine d’Hold-Up, trois auteurs eux-mêmes issus des médias qu’ils accusent de censure. Le réalisateur Pierre Barnérias est un ancien journaliste de TF1 et Europe 1, et produit depuis une dizaine d’années des films sur la foi et la fin de vie. Sa chaîne YouTube, Thana TV, est devenue au fil des mois une tribune critique quant à la gestion politique et pharmaceutique de l’épidémie.

Les coproducteurs Christophe Cossé et Nicolas Réoutsky ont eux travaillé avec France Télévisions, notamment pour l’émission «La Carte au Trésor». Pour réaliser «un film citoyen» qui doit «viser le plus grand nombre», selon la société T-prod à l’origine du documentaire, les auteurs s’appuient sur un crowdfunding à hauteur de 200.000 euros.

De Christian Péronne, chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches et soutien des premières heures de Didier Raoult, à l’épidémiologiste Laurent Toubiana, qui avait appelé dans une tribune le gouvernement «ne pas instrumentaliser la science», le documentaire agrège les grands noms des «experts optimistes» qui relativisent la crise sanitaire.

Parmi les 37 intervenants, nombre d’entre eux sont des voix critiques des réductions des libertés individuelles face à l’épidémie, comme la juriste Valérie Bugault. Certains écrivent pour France Soir, à l’image Xavier Alzabert, directeur de publication de cet ancien titre de presse aujourd’hui animé par des chroniqueurs bénévoles. D’autres sont des membres de l’association BonSens, un «lobby citoyen» fondé par la députée Marine Wonner pour «assurer la transparence des décisions» du gouvernement face à l’épidémie. La députée avait été exclue en mai dernier du parti LREM après son vote contre le plan de déconfinement.

S’expriment aussi la chercheuse à l’Inserm Alexandra Henrion-Claude, la sociologue de gauche Monique Pinçon-Charlot et l’ex-ministre Philippe Douste-Blazy.

Le documentaire revient sur des controverses réelles, à l’image du scandale autour de l’étude du Lancet pour désavouer l’utilisation de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Il répond aux codes du genre et fait intervenir un grand nombre d’experts, dont de nombreux médecins et juristes très qualifiés. Mais les prises de parole sont souvent courtes, peu contextualisées et surtout, ni nuancées ni débattues par un interlocuteur d’avis opposé.

Bill Gates, crypto-monnaie et coronavirus

Si la première heure du film s’attache à démontrer, archives à l’appui, les incohérences du gouvernement dans la gestion de la crise, notamment en appuyant sur les revirements du ministère de la Santé au sujet des masques, le documentaire glisse peu à peu vers l’hypothèse hasardeuse d’un complot politico-économique orchestré de longue date. Outre les thèses conspirationnistes bien connues de la grande industrie pharmaceutique et des médias, il suggère une anticipation de l’épidémie de Covid-19 de longue date par les élites. Comme l’informaticien milliardaire Bill Gates, présenté d’une voix ironique comme «spécialiste des virus après avoir échoué à les maîtriser chez Microsoft», pour avoir lors d’une conférence Tedtalk émis l’hypothèse que l’humanité serait un jour confrontée au grave danger d’une épidémie. «Un virus plus puissant qu’une bombe atomique ? J’ai peine à le croire. À moins que celui-ci ne soit utilisé comme arme de guerre. Tout doit être envisagé», indique la voix off. Après avoir accusé la fondation Rockefeller et le français Jacques Attali de velléités semblables, le réalisateur donne la parole à un «ancien opérateur du renseignement» anonyme qui prétend tenir d’«une source de l’Agence de sûreté nucléaire» que le coronavirus n’est pas «naturel».

Qui donc aurait, selon Hold-Up, orchestré ce Covid-19 à l’origine de déjà plus d’un million de morts dans le monde ? En évoquant par ailleurs la cryptomonnaie et la 5G, les réalisateurs mettent en cause le forum économique de Davos, qui accueille chaque année des chefs d’États et des dirigeants de grands groupes. Le projet «Great Reseat» porté par le forum pour réfléchir à un nouveau modèle économique après la crise sanitaire offre aux réalisateurs le terme machiavélique parfait pour nommer ce complot généralisé.

Tollé chez les Marcheurs

Avec ce documentaire, les réalisateurs entendent redonner une place au pluralisme dans le traitement médiatique du coronavirus. «Il n’y a pas eu de travail de fond sur ce sujet, comme on pourrait l’exiger de l’ensemble de nos rédactions. Les voix dissonantes, concernant la situation sanitaire, ont toutes été rapidement isolées», explique le coproducteur Christophe Cossé à Libération . Dans une interview publiée sur le site FranceSoir , il fustige une «idéologie sanitaire autoritaire» qui veut «contraindre à une société de surveillance et de soumission».

Chez les membres de la majorité, le documentaire a provoqué un tollé. «Attention FakeNews complotiste», estime le député et ancien secrétaire d’État chargé du Numérique Mounir Mahjoubi (LREM).

«Des gens qui sont dans un véritable déni de réalité, dans une mouvance complotiste et qui pensent sérieusement que tout ça (l’épidémie) a été fabriqué», a commenté le président du groupe Agir Ensemble Olivier Becht, allié de la majorité. La députée marcheuse Laetitia Avia s’est elle indignée contre un documentaire jugé «hallucinant». « On pourrait en rire si la situation n’était pas aussi grave», écrit-elle sur Twitter.

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