Covid-19 en France : un reconfinement après Noël ? Certains le réclament, le gouvernement ne l’évoque pas – Sud Ouest

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Être rentré pour 20 heures, respecter les gestes barrière, attendre son tour à l’entrée des magasins pour ne pas dépasser la jauge, éviter d’embrasser papi et mamie, ne pas dîner en présence de plus de six adultes autour de la table… C’est un Noël complètement surréaliste que préparent les Français en ce début d’hiver. Pourtant, ils sont loin d’être les plus mal lotis. Dans la plupart des autres pays européens, il n’est même pas question de mettre le nez dehors, fut-il protégé par un masque.

Exception temporaire ou stratégie à long terme ? Alors que la deuxième vague n’en finit pas de secouer ses voisins, la France semble naviguer à contre-courant. S’il n’est pas question, pour le gouvernement d’envisager un troisième confinement, certains s’inquiètent de l’impact des fêtes sur la propagation de l’épidémie. Décryptage.

Pourquoi la France apparaît en décalage ?

En Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark, en Pologne, en Hongrie, en Slovaquie, en Autriche ou encore dans le sud de l’Angleterre, un confinement total ou partiel a été mis en place. Les centres commerciaux sont fermés et les habitants ont l’interdiction de se rassembler. Pour l’esprit de Noël, il faudra attendre décembre 2021.

“Le deuxième confinement est un exemple d’efficacité car nous avons pris la décision au bon moment. Nous l’avons expliquée, les Françaises et les Français ont agi et, par leur action, ont réussi à casser le cycle du virus”, explique Emmanuel Macron, dans un entretien publié ce mardi dans L’Express.

En ayant joué la carte du confinement suffisamment strict et suffisamment tôt, dès le 30 octobre, la France a donc sauvé “son” Noël, ce qui était l’un des objectifs avoués. Les voisins européens, eux, n’ont pas suffisamment anticipé les choses, avec des règles trop permissives. Interrogé par Le Monde, l’infectiologue au CHRU de Nancy Christian Rabaud abonde : “La circulation du virus s’accélère chez eux comme chez nous, mais nous avons mis un coup de frein avec le confinement de novembre”.

L’exemple de l’Irlande

Si l’exécutif français se targue d’avoir eu la bonne idée avant les autres, il n’était pourtant pas le premier à reconfiner sa population à l’automne.

L’Irlande avait montré l’exemple dès le 21 octobre et pour une durée de six semaines. Les commerces non essentiels ont dû fermer leurs portes, de même que les bars et restaurants, tandis que les écoles restaient ouvertes. Ce sont exactement les mêmes règles qui allaient entrer en vigueur en France dix jours plus tard.

L’ennui pour les Irlandais, c’est que la croissance “extraordinaire” du covid-19 (dixit le Premier ministre Micheal Martin) oblige le pays à entrer dans un troisième confinement dès le 24 décembre et jusqu’au 12 janvier. Pour limiter l’impact psychologique, quelques “ajustements spécifiques” sont permis temporairement, comme l’ouverture de certains commerces non-essentiels ou les visites entre foyers différents jusqu’au lendemain de Noël.

Les bienfaits du couvre-feu

Pourquoi ce qui n’a finalement pas si bien fonctionné en Irlande marcherait mieux en France ? Les stratégies des deux pays divergent à la fin du deuxième confinement. À Dublin, la vie a repris son cours à peu près normalement le 4 décembre, en dépit de quelques restrictions, notamment concernant les déplacements lointains. En France, c’est un couvre-feu qui a succédé au confinement le 15 décembre, tandis que les bars et restaurants sont restés fermés.

En Île-de-France, l’épidémie avait commencé à décroître avant même le début du confinement, grâce au couvre-feu instauré quinze jours plus tôt. Selon Gilles Pialoux, chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital Tenon à Paris, “le couvre-feu est probablement plus efficace qu’un semi-confinement”.

Sauf que confinement ou couvre-feu, le nombre de nouveaux cas positifs ne baisse plus, avec une moyenne de 12 000 par jour. Loin des objectifs affichés fixés à 5 000.

Une situation qui reste “précaire”

L’augmentation du nombre de tests expliquerait en partie le phénomène. “Plus vous cherchez, plus vous trouvez”, a rappelé Olivier Véran lundi matin sur Europe 1. Mais le ministre de la Santé a également admis que “le virus ne diminue plus”, même si “nous ne sommes pas non plus dans une augmentation massive. Nous sommes au-dessus de 10 000, ça veut dire qu’on est dans une situation assez fragile, voire précaire, il ne faut surtout pas basculer du mauvais côté”.

L’infectiologue Christian Rabaud l’affirme sans ambages au Monde : “Il y a un côté inéluctable : si on ne change rien dans l’équation, les choses vont s’aggraver sans aucun doute ; nous sommes déjà sur une pente ascendante.”

Mais toutes les régions de France ne sont pas logées à la même enseigne. La carte des taux d’incidence dans les départements (nombre de tests positifs pour 100 000 habitants) laisse apparaître un net contraste entre l’Ouest et l’Est.

De quoi donner du grain à moudre aux partisans d’un durcissement des restrictions.

Un troisième confinement inéluctable ?

Selon Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France interrogé par France Info, “la pression monte dans le Grand Est. En Bourgogne-Franche-Comté, elle est très forte, ce qui explique la fermeture des stations de ski, les hôpitaux des environs étant surchargés”.

Voilà sans doute pourquoi deux élus de l’est de la France tirent déjà la sonnette d’alarme. Invité sur France Info, le maire Les Républicains de Reims, Arnaud Robinet, propose de “reconfiner soit de façon territoriale, soit au niveau national” après Noël. Selon lui, “il faut de la franchise. Laissons les Français passer Noël en famille et reconfinons à partir du 25 ou 26 décembre, jusqu’à la rentrée début janvier dans un premier temps”, afin “de permettre un retour à la vie presque normale à la rentrée”.

Pour le maire PS de Nancy, Mathieu Klein qui s’est fendu d’un communiqué, il faut qu’un nouveau confinement soit “annoncé rapidement” et “puisse entrer en vigueur dès le 28 décembre”, si le gouvernement décide de recourir effectivement à cette mesure”. Cette annonce rapide serait “l’une des conditions pour permettre à chacun” de se “préparer au mieux” au nouveau confinement et “d’en limiter au maximum les répercussions négatives, notamment en matière de déplacements”, estime l’élu.  

Le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation de l’hôpital Raymond Poincaré à Garches, ne dit pas autre chose, dans une interview à BFMTV : “Je préconise qu’on fasse tous l’effort difficile d’un reconfinement strict le 26 décembre, pour un mois, de façon à permettre de revenir (sous le seuil) des 1000 cas par jour. Cela nous permettra de quasiment la contrôler une fois pour toutes.” 

Pour le moment, le gouvernement n’a pas évoqué une seule fois l’hypothèse d’un reconfinement, et surtout pas entre les deux réveillons. Mais si le virus venait à profiter des fêtes pour reprendre des forces, l’option qui a largement fait ses preuves ne pourrait plus être éludée.

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