Covid-19 en France : la majeure partie du pays bascule dans le rouge – Le Parisien

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19 départements soumis à des mesures plus dures… et combien demain ? Délicate question à laquelle va devoir répondre le gouvernement, alors que l’épidémie de Covid-19 flambe dans une bonne partie du pays. Au point que l’hypothèse d’un véritable confinement « dur » de tout ou partie du pays, avec fermeture des écoles, n’est plus exclue, et sera à coup sûr débattue lors du Conseil de défense ce mercredi matin.

Situation fragile dans les territoires « confinés »

La situation sanitaire est loin de s’améliorer dans ces 19 territoires les plus touchés, soumis à des mesures plus strictes depuis une dizaine de jours. Une sorte de faux « confinement », consistant surtout en la fermeture des commerces qui ne vendent pas de produits de première nécessité et à l’interdiction – sauf exception – des déplacements de plus de 10km. Dans son avis transmis ce lundi au gouvernement, le Conseil scientifique a pudiquement qualifié l’effet de ces nouvelles mesures d’ « incertain ».

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Le taux d’incidence est stable depuis deux jours en Île-de-France, mais à un niveau très élevé (autour de 640 cas positifs pour 100 000 habitants sur la semaine écoulée). Et il est impossible d’interpréter ce mini-plateau pour le moment, faute de recul.

Covid-19 en France : la majeure partie du pays bascule dans le rouge

Symboliquement, 13 communes de plus de 10 000 habitants affichent même une incidence supérieure à 1 000. Ce qui signifie que, sur la semaine écoulée, au moins une personne sur 100 a été testée positive. Et la tension continue de s’accroître dans les services de soins critiques, avec 1 525 patients pris en charge dans la région ce mardi soir. L’Agence régionale de santé d’Île-de-France a déjà demandé de mobiliser 2 200 lits de réanimation.

Des départements sous surveillance

Jeudi 25 mars, le ministre de la Santé Olivier Véran avait dévoilé une vingtaine de territoires « sous surveillance renforcée » et qui risquaient donc d’être à leur tour concernés par un tour de vis. Le choix semblait basé sur le seul taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de cas positifs pour 100 000 habitants sur la semaine écoulée, lorsque celui-ci était supérieur à 250.

Une semaine plus tard, la situation est loin de s’y être arrangée. L’incidence a augmenté dans tous ces territoires. En sept jours, la hausse est d’au moins 20 % dans plus de la moitié d’entre eux, atteignant près 50 % dans les Alpes-de-Haute-Provence et près de 70 % dans les Hautes-Alpes. Le taux d’incidence y dépasse désormais quasi systématiquement la valeur 300. Le seuil des 400, avancé par Jean Castex mi-mars, est franchi dans cinq de ces départements, presque tous situés en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Covid-19 en France : la majeure partie du pays bascule dans le rouge

« On a de plus en plus de patients Covid et on est un peu acculés », témoigne Marc Leone, le chef du service de réanimation de l’hôpital Nord de Marseille. Une quarantaine des 62 patients pris en charge dans son unité sont atteints du Covid-19. Au creux de la vague, en janvier, ce nombre était descendu jusqu’à une dizaine. Pas question pour lui d’entendre parler de « tri de patients », comme évoqué par des urgentistes et réanimateurs de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris. « On ne laissera pas mourir un malade qui a eu un accident de la route ou un traumatisme. Si ça continue, la seule solution sera de déprogrammer encore plus d’opérations chirurgicales et de ne faire que l’urgence », assure le médecin, qui soupire : « L’agitation que l’on voit à l’extérieur n’est vraiment pas compatible avec ce que l’on vit à l’hôpital. »

Le précédent seuil d’alerte maximale souvent dépassé

Plus globalement, la situation épidémique se dégrade un peu partout en France. Un gros quart sud-est est en alerte avec un taux de croissance de l’incidence souvent supérieur à 30 %. Ce qui ne veut pas dire que les autres sont à l’abri, avertit l’épidémiologiste Pascal Crepey. « Ce n’est pas parce que la croissance est faible que nous ne sommes pas dans une exponentielle », explique-t-il, à l’unisson de toute la communauté scientifique. « Si on part d’une mécanique avec un temps de doublement d’une semaine, on part de 10, puis 20, 40, 80, 160, etc », illustre ce spécialiste en modélisation. Le taux d’incidence est supérieur à 250 dans 61 départements et seule la façade Atlantique reste, comme toujours, relativement épargnée. 250, c’était le seuil d’alerte maximale fixé au début de l’automne. Plus aucun territoire n’affiche une incidence inférieure à 50.

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« On constate actuellement une accélération de l’épidémie dans presque toutes les régions. Même si le niveau de départ n’est pas le même, je crains que l’on arrive vite à un moment à l’approche régionalisées des mesures perdra en pertinence. Je ne suis pas sûr qu’elles doivent être très différentes à 250 ou à 500 de taux d’incidence », juge l’épidémiologiste Mahmoud Zureik.

Cet indicateur est l’un des principaux mis en avant par le gouvernement, mais il est imparfait et limité. D’une part, il ne reflète que les infections confirmées par un prélèvement positif. D’autre part, il dépend aussi beaucoup du nombre de tests réalisés sur le territoire en question. La situation à l’hôpital est moins biaisée, même si elle reflète la situation épidémique d’il y a deux semaines. Et elle désormais très tendue. Au niveau national, le pic de la deuxième vague dans les services de réanimation a même été dépassé lundi. Provence Alpes Côte d’Azur est la troisième région, avec l’Île-de-France et les Hauts-de-France, où le taux d’occupation en réanimation de patients Covid est supérieur à 100 % de la capacité initiale.

Covid-19 en France : la majeure partie du pays bascule dans le rouge

L’exécutif insiste sur le fait qu’il doit composer avec d’autres facteurs, comme l’acceptabilité des mesures prises et leur impact sur la santé mentale. Cela étant, « je n’ai pas de raison objective de penser que la situation sanitaire s’améliorera à court terme sans nouvelles annonces, à moins de faire le pari que les choses vont s’arranger grâce au beau temps, par exemple », commente Pascal Crepey.

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