Covid-19 : comment le gouvernement a fini par accélérer la campagne de vaccination – franceinfo

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Un coup d’accélérateur. “Dès lundi”, les soignants de 50 ans et plus pourront se faire vacciner, a annoncé le ministre de la Santé, Olivier Véran, jeudi 31 décembre, sur Twitter. “Nous avons décidé (…) d’accélérer la protection des publics prioritaires”, a-t-il expliqué, répondant aux nombreuses critiques du monde politique mais aussi médical à propos du début campagne de vaccination en France. Sur TF1, vendredi 1er janvier, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a fait savoir que que “les régions les plus concernées” seraient les premières à recevoir les doses du vaccin des laboratoires Pfizer-BioNTech. Franceinfo revient sur ce changement de cap, censé permettre de rattraper le retard pris par la France par rapport à ses voisins.  

1La campagne est lancée

Mauricette ouvre le bal. La septuagénaire, pensionnaire de l’unité de soins de longue durée de l’hôpital René-Muret de Sevran (Seine-Saint-Denis), devient, dimanche 27 décembre, la première personne en France à être vaccinée contre le Covid-19. Après elle, une dizaine d’autres résidents reçoivent leur dose, avant que la campagne ne démarre officiellement le lendemain en France comme dans la plupart des pays de l’Union européenne, tous tributaires des doses achetées en commun aux laboratoires Pfizer-BioNTech. 

Quelques jours plus tôt, le ministre de la Santé Olivier Véran avait présenté cette campagne de vaccination, lancée volontairement à très petite échelle, assurant que l’opération allait s’étendre dès la semaine suivante à d’autres structures. En attendant, les personnes âgées séjournant dans des établissements médico-sociaux comme les Ehpad et le personnel dit “à risque” travaillant dans ces établissements (âgés de plus 65 ans ou présentant une ou plusieurs comorbidités) sont identifiés comme prioritaires.  

D’ici la fin du mois de février, selon le calendrier du gouvernement, un million de personnes sont censées être vaccinées dans l’Hexagone avant le début de la deuxième phase de la compagne, qui doit concerner ensuite “tous les retraités de plus de 65 ans”. La vaccination de masse, elle, est prévue dans un troisième temps.

2Les critiques pleuvent

Quatre jours après le début de la campagne de vaccination, jeudi 31 décembre, moins de 200 personnes ont reçu leur première dose de vaccin, contre plusieurs milliers en Allemagne ou en Italie. Les critiques sont nombreuses. Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l’hôpital Bichat, à Paris, fait part de son sentiment dès lundi sur Twitter. “Comme beaucoup de mes collègues, écrit-il, je pense qu’il faut aller beaucoup plus vite sur la vaccination afin de pouvoir contrôler l’épidémie rapidement. Au train où cela va, nous serons encore confinés en 2022…”

Le même jour, Alain Fischer, le “monsieur vaccin” du gouvernement, défend la stratégie prudente de l’exécutif sur Europe 1“C’est bien que l’on n’aille pas plus vite”, estime-t-il alors, appelant à “ne pas se précipiter“. Le rythme de la stratégie vaccinale française “donne le temps de faire les choses bien en termes de sécurité, d’efficacité, d’organisation et d’éthique avec le consentement”, justifie-t-il. Mardi, le ministre de la Santé, invité sur France 2, abonde : “C’est le temps de l’explication, de la pédagogie. Nous recueillons le consentement des personnes avant qu’elles soient vaccinées”, une précaution que la France est le seul pays à prendre.

Cette intervention ne fait pas taire le concert de critiques, au contraire. “On pourrait aller plus vite”, réagit sur franceinfo Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Pas-de-Calais) et membre du collectif Du côté de la science. “Je pense que la France s’est mal préparée. Je pense que tout le monde pourrait entendre qu’il y a de l’impréparation de la part des autorités, impréparation liée au calendrier vaccinal”, estime-t-il. Et de conclure : “Dire qu’on fait exprès d’aller lentement car c’est mieux, c’est tout simplement un mensonge.”

La France “avance de manière si prudente, si mesurée, si hésitante, que c’est totalement dissuasif”, juge pour sa part Axel Kahn, généticien, essayiste et président de la Ligue nationale contre le cancer, lui aussi invité de franceinfo. Selon lui, “cette politique de la prudence aggrave” la résistance d’une partie de la population face au vaccin et dessert l’ambition du gouvernement, soucieux, justement, de rassurer et convaincre les Français, parmi les plus réfractaires à la vaccination. Jeudi, c’est au tour de l’Académie de médecine de regretter dans un communiqué le démarrage “très lent”, jugeant les précautions prises dans les Ehpad “excessives”.

Si, sur LCI, le professeur Alain Fischer, président du conseil d’orientation de la stratégie vaccinale contre le Covid-19, estime que “les comparaisons de nombre de personnes vaccinées au bout de quelques jours n’ont juste, excusez-moi, pas de sens”, l’opposition n’entend pas l’argument. Le député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, demande ainsi sur franceinfo “l’audition le plus vite possible, dans les heures qui viennent, du ministre de la Santé”, lequel “doit s’expliquer” sur les “retards” de la vaccination des Français.

3Le gouvernement revoit sa copie 

Mais face aux critiques d’élus et de médecins, le ministre de la Santé Olivier Véran annonce finalement, jeudi 31 décembre, que le rythme allait être revu afin “d’accélérer la protection des publics prioritaires”, permettant aux professionnels de santé de 50 ans et plus de se faire vacciner dès lundi 4 janvier – et non plus à partir de la fin du mois de janvier. “Dans quelques semaines, la vaccination aura été proposée à l’ensemble des personnes âgées, et nous serons au même niveau que les pays qui ont procédé différemment. Sans perte de chance, au contraire”, assure Olivier Véran.

Soyez rassurés. La campagne vaccinale va bientôt prendre de l’ampleur.

Olivier Véran

sur Twitter

“Avant le début février, de premiers centres de vaccination ouvriront en ville, pour commencer à vacciner les personnes âgées de 75 ans et plus, puis les 65 ans et plus, etc.”, précise-t-il encore.

Jeudi soir, à l’occasion de ses vœux aux Français, Emmanuel Macron redit sa confiance dans la stratégie vaccinale et le calendrier adoptés par le gouvernement : “Je vous le dis avec beaucoup de détermination ce soir : je ne laisserai personne jouer avec la sûreté et les bonnes conditions (…) dans lesquelles la vaccination doit se faire. Et je ne laisserai pas davantage, pour de mauvaises raisons, une lenteur injustifiée s’installer.” Et le président de la République de conclure : “Chaque Français qui le souhaite doit pouvoir se faire vacciner.”

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