Covid-19 : au Monténégro, la santé passe avant le respect de la vie privée

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Covid-19 : au Monténégro, la santé passe avant le respect de la vie privée

Dans leurs efforts pour enrayer l’épidémie de coronavirus, les autorités du Monténégro ont choisi une ligne pour le moins radicale. Le gouvernement de ce pays des Balkans publie en effet des listes contenant les données personnelles de citoyens en quarantaine qui auraient été en contact avec le Covid-19, potentiellement mortel. Ces citoyens sont nommés sur la base de leurs voyages récents, après être revenus de pays où le taux d’infection est jugé élevé.

Depuis samedi dernier, les noms et localisations de près de 6 000 personnes ont été mis en ligne sur le site web du gouvernement monténégrin, à la disposition de tous. Avec une population d’un peu plus de 600 000 habitants, cela signifie qu’environ 1 % des résidents ont été nommés. A ce jour, le Monténégro a enregistré 70 cas de Covid-19, dont un décès. Les noms figurant sur le site web sont regroupés par localité et par lieu, afin de permettre aux autres citoyens de vérifier les cas potentiels dans leur région. Le site fournit également les dates de début et de fin de leur isolement, probablement pour que les habitants de la localité puissent identifier ceux qui violent leur quarantaine.

Selon les autorités locales, le pays est actuellement confronté à un choix difficile entre la santé des citoyens et la protection de leurs données personnelles. « Nous avons estimé que le droit à la santé et à la vie était au-dessus du droit à la protection inconditionnelle des données personnelles », a déclaré son Premier ministre Dusko Markovic. « C’est pourquoi ce n’est pas le moment de faire des nuances juridiques, mais de sauver des vies. »

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Des mesures controversées

Les autorités sanitaires en charge des efforts anti-contagion ont décidé de publier les données personnelles la semaine dernière, après avoir obtenu l’approbation de l’Agence monténégrine de protection des données. Cependant, selon les défenseurs des droits numériques, plusieurs aspects de cette mesure sont problématiques. « Il n’y a pas de base juridique adéquate pour le traitement public des données de santé sur Internet parce qu’elles entrent dans une catégorie de données distincte et bénéficient d’un niveau de protection plus élevé », a déclaré la fondation SHARE, basée dans les Balkans, une organisation qui promeut les droits numériques et les libertés en ligne, interrogée par ZDNet.

« L’objectif de cette mesure est également controversé. Est-ce la honte publique des personnes qui ont violé la quarantaine, ce qui peut être conclu des déclarations des fonctionnaires monténégrins, ou est-ce une mesure qui apportera des résultats concrets ? », se demande la fondation. Cette mesure drastique a également divisé la société monténégrine elle-même, les autorités prenant le risque d’être finalement appelées à rendre des comptes s’il est prouvé qu’elles ont violé la constitution du pays.

« Les proches du gouvernement prétendent que le facteur de condamnation publique fera hésiter les gens qui s’isolent avant de décider de violer la quarantaine », explique à ZDNet le politologue monténégrin Luka Nikolic. « D’autre part, les militants des droits de l’homme et certains citoyens estiment qu’il est inacceptable et inefficace d’étiqueter publiquement des personnes qui n’ont commis aucun acte contraire à la loi. Mais lorsque la crise prendra fin, on évaluera si cette action a été utile ou non ».

Des mesures similaires en Bosnie-Herzégovine

Pendant ce temps, dans la Bosnie-Herzégovine voisine, les autorités locales ont pris cette semaine une mesure similaire, en publiant les noms et adresses des personnes en auto-isolement. Au départ, la liste contenait également des numéros de téléphone, mais ils ont été supprimés par la suite. Cependant, les autorités fédérales bosniaques ont décidé par la suite qu’elles ne publieraient désormais que les données personnelles de ceux qui tentent de violer les mesures d’auto-isolement.

« Nous sommes d’avis qu’il n’est pas illégal de publier un minimum de données sur les personnes qui violent la loi », a déclaré l’Agence bosniaque pour la protection des données personnelles dans un communiqué. « Ils violent la loi de ceux qui se protègent et qui sauvent des vies. Par conséquent, l’intérêt public l’emporte sur le droit à la protection des données personnelles », explique-t-on du côté des autorités bosniaques.

La fondation SHARE note que les gouvernements doivent être extrêmement prudents dans la publication des données personnelles des citoyens. « Le gouvernement pourrait supprimer les données du site une fois que les citoyens sont guéris, mais cela ne peut être garanti pour le reste de l’Internet. De cette façon, les données pourraient rester publiques pour toujours ».

Source : ZDNet.com

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