Le 22ème samedi de mobilisation des Gilets jaunes, dans Toulouse « capitale » nationale du mouvement ce 13 avril, a de nouveau donné lieu à des incidents avec la presse.

C’est une vidéo, tournée par une manifestante Gilet jaune, qui a fait beaucoup de bruit ce samedi : on y voit deux personnes filmant et photographiant, subir les foudres des forces de l’ordre et particulièrement des coups de matraque notamment sur la tête.

La scène se déroule rue Merly. Les policiers de la BAC qui interviennent sur une interpellation repoussent violemment deux personnes, un homme et une femme, les poussent au sol et leur assènent des coups de matraque, sur la tête notamment, faisant voler le casque de la femme.

Un jeune Toulousain, une Britannique

Il a été question dans pas mal de commentaires et quelques articles de presse de deux journalistes britanniques : il s’agit en fait d’une femme anglophone qui commente en vidéo live les manifestations depuis plusieurs semaines à Toulouse. Elle se déplace sur une trottinette (que l’on voit saisie par un policier dans la vidéo) et porte la mention « live streaming » sur son casque.

Le second journaliste, qui commence à lui porter assistance, avant d’avoir lui aussi des ennuis avec la police, est un jeune Toulousain qui photographie le mouvement depuis des semaines dans la ville rose. C’est lui qui, déjà le 23 mars, avait été jeté au sol et avait pris un coup de pied d’un policier lors d’une interpellation (cliquez ici). 

Voici la vidéo en question :

Journaliste ou pas ?

Plusieurs médias, relayant cette vidéo, ont indiqué que, selon eux, ces deux personnes ne sont pas des journalistes et affirmant qu’aucun média n’avait d’ailleurs protesté contre les violences faites à l’encontre de leurs salariés.

Alors ces personnes sont-elles journalistes ?

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes et notamment les manifestations violentes chaque samedi, le nombre de photographes, reporters, live-vidéastes a fortement augmenté.

On trouve dans les rues de Toulouse chaque samedi des journalistes professionnels salariés de grands médias, des journalistes pigistes, des indépendants, des réalisateurs ou des documentaristes (professionnels de l’audiovisuel non journalistes) et aussi des « amateurs », souvent jeunes, qui, par l’expérience de ce mouvement social inédit accèdent pour certains à l’exercice d’un métier pour lequel ils ont une véritable vocation.

Certains sont étudiants et font preuve cependant d’un vrai professionnalisme sur le terrain.

A mon sens, croire qu’en 2019, ne peuvent se revendiquer comme journaliste que ceux qui sont salariés d’un titre de presse et porteur de la carte du même nom est une erreur. Le métier change.

Le « tous journalistes » fait peur à certains professionnels de la presse. Il doit au contraire permettre aussi à la presse « traditionnelle » de s’interroger sur sa manière de fonctionner, de s’enrichir de nouvelles pratiques, tout en respectant évidemment les règles de base du métier de journaliste.

Prise de risque ?

Ensuite, se pose la question de la prise de risque. Concernant les photographes, à qui j’ai longuement donné la parole sur ce blog quant à leur rapport à ce mouvement social (lire ici)   il faut bien reconnaître qu’il y a une différence entre les professionnels aguerris qui connaissent les risques et ceux qui, débutants ou inexpérimentés, se trouvent souvent un peu trop près des faits.

Les policiers, notamment dans les phases d’interpellation, répètent à l’envi de se tenir à distance. Tous les « reporters » ne respectent pas ces consignes.

La presse toujours ciblée

Toujours est-il que ce samedi de mobilisation nationale à Toulouse a donné lieu à de nouveaux incidents, des deux côtés, avec des journalistes.

Côté police, caméraman essuyant des coups de matraques dans les jambes, coups de boucliers pour éloigner la presse, etc.

Et côté manifestants, plusieurs équipes de télé prises à partie, insultées, voire pour certaines « raccompagnées » sous la menace hors du cortège ou du lieu de rassemblement. La plupart du temps par des groupes minoritaires de manifestants.

Les autres équipes télé, nombreuses, travaillent souvent dans la peur et sous la protection de gardes du corps. 

On ne le dira jamais assez. L’exercice de journaliste de terrain sur ce mouvement est périlleux. Voire dangereux.

FV (@fabvalery)