Coronavirus : vers l’instauration d’un « état d’urgence sanitaire » en France – Le Monde

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Les rues des villes et des campagnes de France sont presque désertes, mercredi 18 mars, au deuxième jour de l’entrée en vigueur de mesures restrictives sans précédent pour lutter contre l’épidémie due au coronavirus et la saturation des services d’urgence.

Le coronavirus a causé 89 nouveaux morts en vingt-quatre heures et 3 626 malades sont hospitalisés, dont 921 en réanimation selon un bilan communiqué mercredi soir par le ministère de la santé. 264 personnes en sont mortes depuis le début de l’épidémie.

Au total, 9 134 cas de contamination ont été confirmés, a précisé le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, qui a souligné que le nombre de cas doublait désormais chaque jour. M. Salomon a également précisé que la moitié des patients en réanimation ont « moins de 60 ans ». Le coronavirus a déjà causé plus de morts en réanimation que la grippe saisonnière en France métropolitaine, et cela en moins de temps, selon les chiffres diffusés sur la grippe, dont le pic est passé dans la majorité des régions.

La situation en direct : La France confinée pour endiguer l’épidemie : suivez la situation en direct
  • Bientôt un « état d’urgence sanitaire » en France

Les Français doivent « rester chez eux », a répété mardi soir le premier ministre, Edouard Philippe, lors d’une intervention depuis Matignon au journal télévisé de France 2. Pour que les consignes soient bien respectées, le gouvernement prévoit d’instaurer un « état d’urgence sanitaire » pour endiguer l’épidémie et de légiférer par ordonnances notamment pour venir en aide aux entreprises.

Ce texte consulté par Le Monde doit être présenté dans l’après-midi en conseil des ministres. Il prévoit d’autoriser la déclaration d’un « état d’urgence sanitaire », permettant notamment de restreindre certaines libertés sur tout ou partie du territoire métropolitain et en outre-mer « en cas de catastrophe sanitaire, notamment d’épidémie mettant en jeu, par sa nature et sa gravité, la santé de la population ». L’instauration de l’état d’urgence sanitaire autorise le premier ministre à prendre par décret des mesures :

« Limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion et permettant de procéder aux réquisitions de tout bien et services nécessaires afin de lutter contre la catastrophe sanitaire ».

Le ministre de la santé serait également en première ligne dans le cadre de ce dispositif, qui lui donne le pouvoir de « prescrire par arrêté motivé toutes les autres mesures générales et les mesures individuelles visant à lutter contre la catastrophe ».

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Le texte sera examiné à l’Assemblée nationale jeudi en comité « restreint ». Le Parlement appliquera strictement les consignes sanitaires, alors qu’au moins 18 députés et deux sénatrices ont déjà été contaminés par le coronavirus, sans compter les collaborateurs et membres du personnel.

Le secrétaire d’Etat à l’intérieur Laurent Nuñez a néanmoins précisé mercredi soir que le couvre-feu n’était « pas envisagé » par le gouvernement :

« Ce que l’on cherche à obtenir, c’est de freiner la progression de l’épidémie et donc de prendre des mesures qui empêchent les rassemblements de personnes qui sont propices à la diffusion du virus. En l’état, nous n’avons pas d’autres mesures qui sont envisagées. Les mesures qui ont été prises sont des mesures extrêmement fortes qui limitent les déplacements »

A propos de l’application des mesures de confinement et de restriction de circulation, Laurent Nuñez a estimé que les Français les respectaient « globalement ».

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  • Un Français devra rencontrer maximum « cinq personnes par jour »

Mardi 17 mars, au marché de Belleville à Paris.

En cas de non-respect des consignes de confinement, l’amende a été portée à 135 euros par un décret publié dans le Journal officiel du 18 mars – majorée à 375 euros en cas de non-paiement au bout de sept jours. Quelque 100 000 policiers et gendarmes ont été déployés dans le pays pour faire respecter ces mesures.

A Paris et en banlieue, 10 000 contrôles ont été effectués dans la nuit de mardi à mercredi et 518 procès-verbaux dressés, selon les autorités. Certains lieux qui ont été autorisés à rester ouverts, comme les marchés ouverts, vont bientôt fermer, selon le ministre de la santé, Olivier Véran.

« Les marchés où on va chercher à manger doivent pouvoir continuer de fournir de la nourriture aux personnes (…), ceux où l’on voit des foules, les marchés qui ont beaucoup d’étals, les marchés où il y a autre chose que de l’alimentaire sont amenés à fermer. Ce sont les préfets qui ont autorité pour prendre ces décisions de fermeture. »

Un Français rencontre en temps normal « cinquante personnes par jour, il faudrait qu’il rencontre cinq personnes par jour », a-t-il énoncé comme objectif.

 

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  • Les salariés des secteurs essentiels doivent se rendre au travail

Face à la fronde des salariés inquiets d’aller travailler, le gouvernement semble se livrer à un numéro d’équilibriste. Après avoir décrété la fermeture administrative de tous les restaurants, bars, discothèques et commerces non alimentaires, et demandé instamment aux Français de rester chez eux depuis mardi midi, Bercy essaie désormais de faire en sorte que l’économie française ne s’arrête pas totalement, et prévenir ainsi toute désorganisation trop importante du pays.

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a appelé les salariés des secteurs essentiels, « des activités indispensables », « à se rendre sur leurs lieux de travail (…) dans des conditions de sécurité sanitaire maximales » pour garantir la « sécurité économique du pays », citant l’exemple de secteurs comme l’agroalimentaire, la grande distribution ou les déchets.

« Il faut bien que nous puissions nous nourrir, que les familles françaises puissent se rendre dans les magasins de la grande distribution et acheter des produits alimentaires. Il faut que de l’agriculteur jusqu’à la grande distribution, aux commerces de détail et aux marchés, les marchandises alimentaires puissent circuler. »

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  • Des secteurs sous tension, les droits de retrait se multiplient

Des employés réapprovisionnent les rayons d'un Intermarché à issy-Les-Moulineaux dans les Hauts de Seine, le 18 mars 2020. Le supermarché ouvre exceptionnellement de 8h à 8h30 uniquement pour les clients de plus de 70 ans, pour répondre aux besoins en plein confinement provoqué par l'épidémie de Coronavirus. Lucas Barioulet pour Le Monde

Ouvriers au travail proches les uns des autres, conducteurs sans gel désinfectant, éboueurs, caissières sans masque, postiers et employés de banque sans protection… des syndicats dénoncent les conditions sanitaires dans certains secteurs où le télétravail n’est pas une option de repli face au coronavirus. Des secteurs qui se retrouvent qui plus est sous une tension extrême, certains faisant valoir leurs droits de retrait.

Du côté du géant Amazon, plusieurs sites en France font valoir le « danger grave et imminent » auquel ils sont exposés, faute, disent les employés, de pouvoir respecter les règles de sécurité sanitaire. La direction de General Electric à Belfort a suspendu la production jusqu’à nouvel ordre, après que 250 salariés ont exercé leur droit de retrait mardi.

Lire notre reportage : « Nous sommes les héros de l’ombre » : des supermarchés ouvrent des créneaux réservés aux seniors

Le président de l’association des industries agroalimentaires (Ania) a par ailleurs mis en garde contre d’éventuelles difficultés logistiques de nature à perturber l’approvisionnement de la chaîne alimentaire, entre rayons de supermarchés pris d’assaut et chauffeurs routiers « ostracisés ». « En temps de guerre, sans logistique une armée n’est rien », a déclaré M. Girardot, saluant « l’engagement des salariés [de l’agroalimentaire] à remplir leur mission, celle de nourrir les femmes et les hommes ».

  • Restrictions sur la vente du paracétamol et appels aux dons du sang

L’Agence du médicament a officialisé les restrictions sur la vente du paracétamol, préconisé pour combattre les symptômes de l’infection : dès mercredi une seule boîte par client en pharmacie, deux en cas de maladie, et la vente sera suspendue en ligne.

De son côté, le laboratoire français Sanofi s’est dit prêt à offrir à l’Etat des millions de doses de l’antipaludique Plaquenil, pouvant traiter potentiellement 300 000 malades, après des essais jugés prometteurs auprès de patients atteints du Covid-19.

L’Etablissement français du sang a appelé, de son côté, à continuer à donner son sang, malgré l’épidémie, à condition que les personnes n’aient pas de symptômes grippaux. En dépit du confinement, les donneurs peuvent se rendre dans des centres de collecte « au motif de l’assistance aux personnes vulnérables » et en ayant rempli l’attestation sur l’honneur.

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Le Monde avec AFP

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