Coronavirus : Temporiser plutôt que confiner, la stratégie risquée d’Emmanuel Macron – 20 Minutes

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Emmanuel Macron — Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA
  • Contrairement aux rumeurs, Emmanuel Macron n’a pas annoncé de confinement.
  • Le chef de l’Etat a préféré opter pour un renforcement des mesures de restriction face à la menace d’une nouvelle envolée épidémique.
  • Mais en cas de rebond, cette stratégie pourrait se retourner contre lui.

C’est la surprise du chef. Emmanuel Macron a démenti les rumeurs de la semaine autour d’un confinement imminent. Le chef de l’Etat a préféré opter pour un renforcement des mesures de restriction face à la menace d’une nouvelle vague de Covid-19. « J’ai confiance en nous. Les heures que nous vivons sont cruciales. Faisons tout pour freiner l’épidémie ensemble », a tweeté le président de la République, samedi soir, au lendemain des annonces de son Premier ministre.

« Le président a souhaité avoir des éléments complémentaires pour savoir si le confinement était inéluctable ou s’il y avait une autre carte à jouer. L’objectif est de tout tenter pour repousser ou éviter un reconfinement », assure-t-on à Matignon. L’exécutif joue donc la montre, en espérant que les mesures actuelles suffiront à endiguer l’épidémie. Mais la stratégie, déjà critiquée par l’opposition, est à haut risque.

« Les indicateurs restent stables »

Les indicateurs restent ces jours-ci à un niveau élevé : près de 27.000 malades du Covid-19 sont hospitalisés, pas loin des pics de la première et de la deuxième vague (32.000 et 33.000). En revanche, 3.000 personnes sont en réanimation contre 4.900 au pic de l’automne et 7.000 au printemps. « Les indicateurs restent stables, la progression du virus est très lente alors qu’on nous prédisait une montée en flèche avec les nouveaux variants, c’est le résultat positif des mesures actuelles, qui ont été renforcées ce vendredi », assure Anne Genetet, députée LREM d’Asie-Océanie-Europe orientale.

Les frontières sont désormais fermées aux personnes extérieures à l’Union européenne et les centres commerciaux non-alimentaires de plus de 20.000 m2 doivent baisser le rideau. « Ce sont des endroits de brassage à risque, surtout avec un variant anglais qui se transmet plus facilement », poursuit la porte-parole du groupe macroniste à l’Assemblée.

« La gestion de crise est un peu plus émancipée de la parole médicale »

Cette stratégie de temporisation semble aller à l’encontre des recommandations scientifiques, à l’image des déclarations alarmantes de Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique. Matignon met en avant les raisons économiques et sociales, au-delà des aspects sanitaires. « Après un an de crise et d’usure, le moral des troupes est regardé davantage, et ce paramètre psychique est devenu l’un des facteurs-clés », avance l’entourage de Jean Castex. Si Matignon balaie toute reprise en main du politique sur le scientifique, on reconnaît qu’aujourd’hui, « la gestion de crise est un peu plus émancipée de la parole médicale ».

L’exécutif craint ainsi un essoufflement de l’acceptabilité d’un confinement, alors que des appels à une « journée de désobéissance citoyenne » le 1er février fleurissent déjà sur Internet. « Cette décision du président, prise contre l’avis des technocrates, est un tournant stratégique majeur dans cette guerre contre le virus », veut croire Bruno Bonnell. Le député LREM du Rhône estime qu’« avec l’arrivée des vaccins, le confinement n’est plus la bonne stratégie. Il va désormais falloir accepter progressivement de vivre avec le virus. C’est un pari risqué mais audacieux pour ne pas s’enferrer dans le stop and go des confinements », indique-t-il.

Une stratégie risquée en cas de rebond

Si le gouvernement choisit ce non-confinement, c’est que l’évolution du variant anglais est moins importante que prévue. Selon Olivier Véran, sa circulation « s’intensifie de 50 % chaque semaine, mais de manière moins intense qu’à l’étranger où des hausses de 70 à 100 % ont été relevées », dit-il ce dimanche dans le JDD. Le ministre de la Santé indique, au passage, que la décision a été prise sous l’aval du Conseil scientifique.

Reste que la communication élyséenne, d’une décision présidentielle s’affranchissant de la pression scientifique, est risquée sur le plan politique. A droite comme à gauche, l’opposition fustige déjà le gouvernement, qui a fait « monter la menace du confinement ces derniers jours».

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Et en cas de rebond épidémique, l’exécutif risque de se voir reprocher de ne pas avoir confiné le pays assez tôt. Une attaque déjà balayée par l’entourage du Premier ministre. « On surveille les indicateurs comme le lait sur le feu. Si les prédictions d’une vague violente se concrétisent, des mesures plus restrictives seront prises. Mais on pourra dire qu’on a tout fait pour éviter le confinement ».

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