Coronavirus : qui sont les Français qui ne souhaitent pas se faire vacciner ? – Le Figaro

Spread the love
  • Yum

Le vaccin contre le coronavirus, symbole d’espoir pour tous les Français ? Loin de là. Une étude publiée mardi par la fondation Jean-Jaurès révèle que 43 % des Français ne souhaitent pas ou probablement pas recevoir une dose de vaccin lorsque celui-ci sera disponible. Ce qui place la France en tête des pays les plus méfiants à l’égard du vaccin, devançant les États-Unis de 10 points.

Loin des communautés militantes des “antivax”, la défiance envers les autorités sanitaires bat tous les records en convertissant une petite moitié de la population. Parmi les facteurs déterminants : l’âge et la sympathie vis-à-vis de certains partis politiques.

Chez les jeunes, un «calcul bénéfices / risques» défavorable au vaccin

Avec l’âge, les Français semblent davantage se résigner à la piqûre. Les plus défiants ont entre 25 et 34 ans : 52 % d’entre eux refusent l’idée de se faire vacciner contre le Covid-19, selon l’étude de la fondation Jean-Jaurès. Contre 32% chez les plus de 60 ans. Pour cause, les jeunes redoutent moins la maladie. « La littérature psychologique nous montre que le choix du vaccin se fait selon un calcul individuel bénéfices / risques», explique Jocelyn Raude, sociologue à l’École des hautes études en santé publique de Rennes (EHESP) et spécialiste des controverses sanitaires. «La décision dépend de la perception du virus. Les jeunes se sentent moins susceptibles de développer des formes graves du Covid-19, et préfèrent prendre le risque d’être contaminés que de développer des effets secondaires.»

Si l’étude relève un biais de genre – les femmes auraient plus de proportions à la défiance: 52% d’entre elles redoutent des effets secondaires du vaccin, contre 35% chez les hommes — , elle ne souligne pas de différence notable concernant la classe socioprofessionnelle : « Les plus méfiants ne sont ni les plus diplômés, ni les moins. La critique vaccinale s’observe chez beaucoup de catégories dites “intermédiaires”, les paramédicaux ou les enseignants par exemple”, observe Jocelyn Raude.

Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen majoritaires

« La défiance est aussi vaste que transclasse. Le critère de la politisation est beaucoup plus parlant», confirme Antoine Bristielle, professeur agrégé en sciences sociales et auteur de l’étude. Les chiffres sont clairs : les personnes proches du gouvernement seraient moins méfiantes vis-à-vis du vaccin. À l’inverse des soutiens de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen, de François Asselineau et de Nicolas Dupont-Aignan, qui s’avèrent beaucoup plus anti-vaccins que les autres électeurs. «Des partis qui manifestent le plus une attitude populiste, au sens rejet d’élites jugées corrompues. Or, différents travaux établissent le lien entre défiance envers les institutions politiques et les institutions scientifiques, qui vont promouvoir la vaccination», explique Antoine Bristielle. Être pour ou contre la vaccination n’est plus un questionnement, mais un marqueur social : « Cela fait partie de notre identité politique et idéologique. C’est une façon de se positionner envers le système», souligne Jocelyn Raude.

Le mouvement des «antivax» ne date pas d’hier, mais la crise du coronavirus lui fournit de nouveaux adeptes. Depuis les années 2010, la question des conflits d’intérêts entre politiques, experts scientifiques et industries pharmaceutiques s’est inscrite dans le débat public, renforcée par les controverses autour des commandes de vaccins contre la grippe H1N1 et les scandales sanitaires à l’image de la Dépakine: « L’idée que la vaccination est dangereuse s’est largement répandue dans l’imaginaire collectif» , explique le sociologue Jocelyn Raude. « Elle est portée par les adeptes de la «médecine douce, ou pratiques médicales alternatives, traditionnellement très critiques vis-à-vis des vaccins.»

C’est une agrégation de personnes qui n’ont pas grand-chose à voir les unes avec les autres

Antoine Bristielle

Mais aujourd’hui, c’est près d’une personne sur deux qui ne souhaite pas se faire vacciner contre le coronavirus : la défiance semble traverser de loin ces sphères. «Le taux de rejet à la fin du premier confinement oscillait entre 20 et 30%. Il a quasiment doublé depuis. C’est un pic de défiance jamais atteint», note Jocelyn Raude.

«Difficile, dans le cadre du vaccin contre le coronavirus, de parler d’un mouvement «anti-vax» unique : c’est une agrégation de personnes qui n’ont pas grand-chose à voir les unes avec les autres», observe Antoine Bristielle. «Il y a deux tendances : d’un côté, les sphères sensibles aux thèses conspirationnistes, qui accusent l’état d’être de mèche avec les industries pharmaceutiques. Mais il y a aussi beaucoup de personnes de bonne foi, qui s’inquiètent du manque de recul quant aux effets secondaires».

Défiance et brouhaha médiatique

Au cœur de ce scepticisme, la confiance accordée aux autorités scientifiques a violemment souffert de la crise sanitaire. Avant l’épidémie, 95 % des Français assuraient accorder se fier aux institutions scientifiques. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 75%, selon Antoine Bristielle. Les ratés de la gestion de l’épidémie, comme les revirements du gouvernement et de l’Organisation mondiale de la santé au sujet des masques, ou le scandale autour de l’enquête controversée du Lancet sur l’hydroxychloroquine, laissent des traces. « Face à une sorte de brouhaha médiatique autour des scientifiques, est né ce sentiment qu’il n’y a pas d’autorité sanitaire auquel on peut se fier», note Antoine Bristielle.

Pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, les anti-vax gagnent du terrain. Selon une étude publiée en mai dans la revue Nature, qui analyse le débat autour de la vaccination sur les réseaux sociaux, les discours anti-vaccins ont évincé les arguments «provax» en convertissant au passage les hésitants. Sur Youtube, la principale chaîne anti-vaccin, celle du naturopathe Thierry Casasnovas, compte désormais 517 k d’abonnés, soit plus que la plupart des grands médias traditionnels.

À VOIR AUSSI – Vaccin anti-Covid: faut-il le rendre obligatoire?

Leave a Reply

%d bloggers like this: