Coronavirus : pour le conseil scientifique, un nouveau confinement généralisé n’est « pas souhaitable » – Le Monde

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A Paris, le 28 mai.

Quatre scénarios sur la suite de l’épidémie due au SARS-CoV-2 sont sur la table du gouvernement. Dans son avis N°7 mis en ligne jeudi 4 juin, le conseil scientifique sur le Covid-19 les présente dans un document de 43 pages. Celui-ci n’exclut aucune des quatre éventualités et n’indique pas leur degré de plausibilité. Elles vont du scénario le plus favorable d’une « épidémie sous contrôle » à l’autre extrême, une épidémie atteignant « un stade critique », en passant par deux hypothèses intermédiaires : quelques foyers épidémiques avec une reprise locale de l’épidémie ou « une reprise diffuse et à bas bruit ». Pour préparer le pays à affronter ces différentes possibilités, le conseil scientifique propose d’élaborer « dès maintenant, avec les acteurs notamment territoriaux, un plan de prévention et de protection rapprochées, le P2R-Covid, permettant d’activer le plus rapidement possible les mesures appropriées. »

Les treize membres du conseil scientifique ayant participé aux discussions rappellent les principales connaissances acquises sur l’épidémie de Covid-19. En premier lieu, ils évoquent les facteurs associés à une plus grande gravité de la maladie et à un risque plus élevé de décès : l’âge et certaines maladies associées, la précarité sociale – comme cela a été constaté en France comme à l’étranger – et enfin le fait de résider dans « des zones à forte concentration de population et certaines régions plus que d’autres, sans que l’on puisse donner d’explication à cette disparité ».

« Faible immunité collective »

Les scientifiques rappellent également les connaissances acquises sur la transmission du SARS-CoV-2 et analysent la situation dans laquelle se trouve le pays entré dans la deuxième phase du déconfinement : une épidémie en décroissance mais avec « la présence actuelle de 75 clusters sur l’ensemble du territoire. » S’y ajoute une « faible immunité collective », l’avis indiquant s’attendre « à ce que 3 % à 7 % de la population française ait été infectée par le SARS-CoV-2 durant la première vague, avec des variations importantes par région (6 %-16 % dans le Grand-Est ou l’Ile-de-France, contre 1 %-2 % en Bretagne) ». Des valeurs qui seront affinées avec les résultats des premières enquêtes sérologiques, sachant que des taux de 5 % à 12 % ont été observés dans des enquêtes locales en France et des études à l’étranger.

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Les scientifiques ont élaboré quatre scénarios prospectifs pour « le court et le moyen termes », avec une contrainte : ne pas devoir recourir à nouveau à un confinement généralisé. Cette option, affirme l’avis, « n’est pas souhaitable ni probablement acceptable considérant les enjeux sanitaires, sociaux et économiques. Il est donc essentiel de tout faire pour éviter une telle situation d’échec ».

« Une gouvernance claire »

L’appréciation de la situation à partir d’« indicateurs plus ou moins précoces » permettra de distinguer la trajectoire suivie dans la réalité. Ces indicateurs, existants – comme les différents systèmes d’information d’activité médicale et de suivi des tests qui « devront communiquer » – ou nouveaux, comme l’application Stop-Covid – seront donc décisifs dans la capacité de réaction. Le conseil souligne qu’il ne s’agit pas de scénarios successifs, évoluant du moins grave vers le pire, « des scénarios critiques pouvant survenir d’emblée », et qu’ils appellent tous une réaction rapide en activant des mesures préétablies.

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Avant de les développer, l’avis insiste sur la « nécessité d’une gouvernance claire, opérationnelle et en partie territorialisée ». Elle devra inclure des compétences scientifiques et sanitaires, mais aussi interministérielles et plus largement institutionnelles. « L’association d’acteurs de la société civile et de la vie économique est de nature à renforcer sa légitimité, ainsi que l’adhésion aux mesures envisagées dans chaque scénario », souligne l’avis. Sur ce dernier point, le souhait du conseil scientifique d’une plus grande implication citoyenne dans les discussions et décisions n’a pas été entièrement suivi par le gouvernement.

Dans aucun des scénarios, même le plus optimiste, les mesures de lutte contre l’épidémie ne pourront être abandonnées. Dans le meilleur des cas, l’épidémie serait sous contrôle avec quelques foyers épidémiques localisés qui pourraient être maîtrisés. Si ces clusters devenaient critiques, avec le risque de ne plus circonscrire les chaînes de transmission, la France se trouverait dans le deuxième scénario, qui « exigerait des mesures strictes, précoces et localisées, afin d’éviter une perte de contrôle plus large de l’épidémie. »

Pratique systématique de tests

Si les chaînes de transmission ne pouvaient être identifiées et a fortiori maîtrisées, le pays basculerait dans le troisième scénario, celui d’une « reprise progressive et à bas bruit de l’épidémie. » Cette fois, les mesures strictes prévues dans le plan de prévention et de protection rapprochées (P2R-Covid) devraient être mises en œuvre au niveau régional, voire national, selon les informations fournies par les indicateurs.

Une « dégradation critique des indicateurs traduirait une perte du contrôle de l’épidémie », selon le quatrième scénario. Une telle évolution « exigerait des décisions difficiles, conduisant à choisir entre un confinement national généralisé, permettant de minimiser la mortalité directe, et d’autres objectifs collectifs, économiques et sociaux, s’accompagnant alors d’une importante mortalité directe. »

Plusieurs « points d’attention » sont à surveiller, selon le conseil scientifique : le respect des gestes barrières, complétés par le port du masque lorsque la distanciation physique ne peut être respectée ; la pratique systématique de tests devant des « signes même peu évocateurs », et le plus rapidement possible pour les personnes ayant été en contact avec un sujet positif ; l’isolement des personnes ayant eu un diagnostic positif de Covid-19.

Opinions divergentes

Enfonçant le clou sur la participation citoyenne, le conseil scientifique « estime que les différents scénarios doivent faire l’objet d’une communication active afin de bien éclairer les Français sur l’avenir et de recueillir leurs opinions. »

Le « plan de prévention et de précaution rapprochées » que l’avis préconise d’élaborer, comprend un ensemble de mesures à déclencher selon la situation épidémiologique correspondant aux divers scénarios. Elles ont en commun d’être « adaptées au risque de formes graves et de décès », « proportionnelles au risque » tel que les connaissances scientifiques permettent de l’appréhender, « fondées sur le principe de solidarité » à la fois limitées mais préservant l’intérêt général, « anticipées et partagées avec les populations concernées », et « compatibles avec un impact limité sur la vie sociale, l’activité économique et sur le système de santé. »

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Le plan P2R-Covid est décliné en « 7 protocoles », chacun consacré au renforcement d’une composante spécifique : mesures barrières et mesures de distanciation physique dans la population générale ; pratique du tester-isoler-tracer ; confinement-protection des personnes à risque de formes graves ; protection des Ehpad avec une nouvelle stratégie proposée associant « dépistage, visite des familles et prise en charge précoce et adaptée » ; assistance particulière afin de « permettre aux populations les plus précaires d’avoir sereinement recours au dépistage » ; besoins spécifiques des grandes métropoles, celles-ci et, notamment l’Ile-de-France, étant « confrontées à des enjeux différenciés de ceux des territoires ruraux » ; et préparation hospitalière.

Le quatorzième membre du conseil scientifique, Jean-Laurent Casanova, n’a pas participé aux discussions de cet avis. Ses opinions divergentes – allant dans le sens de mesures plus strictes, comme le port du masque obligatoire dans l’espace public, ou le contrôle strict de l’isolement des malades − figurent à la fin du document.

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