Coronavirus : on vous explique le débat autour du port du masque à l’extérieur – franceinfo

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De Lille à Nice, le port du masque est désormais obligatoire dans les rues de nombreuses villes alors que l’épidémie de Covid-19 gagne à nouveau du terrain.

Pour faire vos courses au marché ou votre promenade en front de mer, n’oubliez pas votre masque : de plus en plus de communes en France rendent désormais obligatoire son port à l’extérieur. Après Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), Perros-Guirec (Côtes-d’Armor), Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) ou encore Orléans (Loiret), c’est au tour de Lille et de Nice d’imposer la mesure dans certaines rues de la ville, effective à partir du lundi 3 août. Dans le département de la Mayenne, où plusieurs foyers épidémiques se sont déclarés, 69 communes sont désormais concernées. 

Après avoir recommandé, mercredi 29 juillet, le port du masque à l’extérieur, Olivier Véran a annoncé sur Twitter que les préfets pourront décider, par arrêté, d’étendre localement l’obligation de port du masque aux lieux publics ouverts, en fonction de l’évolution de l’épidémie de Covid-19 dans chaque territoire.

Mesure politique superflue ou précaution bienvenue ? Depuis une semaine, les scientifiques n’ont pas tranché la question. Franceinfo vous résume le débat. 

Que sait-on des risques de contamination en plein air ?

Selon plusieurs études, la plupart des clusters trouvent leur origine au sein d’un espace clos. C’est le cas en Chine, où 8 contaminations sur 10 ont eu lieu au sein d’un foyer familial, d’après un rapport de l’OMS. Une autre étude du 16 avril estime que les risques “qu’un cas transmette le Covid-19 dans un environnement fermé sont 18,7 fois plus importants comparés à un environnement en plein air”.

Le risque d’être infecté à l’extérieur dépend en fait de la distance appliquée entre deux personnes. Interviewé par Le Figaro, le professeur de santé publique et d’épidémiologie à l’université de Genève Antoine Flahault appelle ainsi à “dissocier deux situations en extérieur” : “Sur une plage, dans un parc ou pour quelqu’un qui se promène dans la rue, le risque de contamination est très faible. Le port du masque n’est pas utile. En revanche, sur une terrasse bondée ou lors d’un rassemblement festif très dense, le port du masque est à recommander. En recréant des conditions de promiscuité, même en extérieur, la transmission par gouttelettes redevient un risque élevé.”

Que changent les dernières recherches sur le virus aéroporté ?

De récentes recherches montrent que le Covid-19 se transmet par voie aérienne, y compris au-delà du mètre de distanciation sociale recommandé à ce jour. Longtemps, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que seules les gouttelettes – c’est-à-dire les particules supérieures à 5 micromètres expulsées lorsque l’on tousse ou que l’on éternue – pouvaient contaminer. Dans une lettre adressée à l’organisation début juillet, 239 chercheurs ont exhorté à prendre en considération le risque de contamination par aérosols : autrement dit, par les micro-gouttelettes émises par des personnes infectées, même asymptomatiques, lorsqu’elles parlent ou respirent. “Les études menées par les signataires de cette lettre et d’autres scientifiques ont démontré, au-delà de tout doute raisonnable, que du virus est libéré lors de l’expiration, de la parole et de la toux sous forme de microgouttelettes suffisamment petites pour rester en suspension et présenter un risque d’exposition à plus d’un ou deux mètres d’un individu contaminé”, a affirmé Lidia Morawska, spécialiste des aérosols à la Queensland University of Technology (Australie), qui a coécrit la lettre.

“Plus elles deviennent petites, plus elles sont légères. Cela signifie que ces particules ne tombent pas si facilement, mais restent dans l’air et parfois longtemps”, précisait dès le 12 mai, dans son podcast bihebdomadaire, le célèbre virologue allemand Christian Drosten.

En cas de toux ou d’éternuement, la distanciation sociale ne saurait suffire à protéger du virus : une étude publiée par les chercheurs du Massachusetts Institute of Technology estime que le nuage humide dégagé par un malade lors d’un éternuement pourrait voyager jusqu’à 27 pieds, soit 8,2 mètres. L’étude ne tient pas compte, néanmoins, des conditions climatiques (notamment le vent) qui peuvent influer sur le nuage de gouttelettes.

Quelles sont les recommandations ?

En déplacement dans les Yvelines la semaine dernière, Olivier Véran s’est positionné en faveur du port du masque à l’extérieur : “Si vous êtes dans une rue où il y a plusieurs personnes qui vont se balader et que vous n’êtes pas sûr de pouvoir garder la distance, je le recommande”, a-t-il affirmé. Une déclaration rapidement suivie d’effet, puisque le ministre de la Santé a annoncé sur Twitter, vendredi, qu’il allait permettre aux préfets de rendre obligatoire la mesure par arrêté. Libre donc aux territoires de prendre leurs décisions selon la situation locale.

Chez les scientifiques, la mesure ne fait pas consensus, si bien qu’aucune recommandation claire ne se dégage. Certains, comme l’épidémiologiste Catherine Hill, estiment qu’il s’agit d’une précaution nécessaire : “Même si le risque d’être contaminé est moins grand à l’extérieur, c’est déraisonnable de ne pas le porter. On ne sait jamais à qui on va parler.” Prenant l’exemple de la queue à l’embarcadère de Belle-Île-en-Mer, le président d’honneur de la Fédération des médecins de France, Jean-Paul Hamon, voit l’obligation de porter un masque à l’extérieur comme une “mesure de prudence” : “Les gens attendent, ils sont serrés les uns contre les autres”, décrit-il, soulignant qu’il est incohérent que le masque soit obligatoire dans le bateau mais pas dans la file d’attente. Ce serait “effectivement raisonnable de mettre un masque dans ces conditions-là parce que, même si on est en plein air, les distances barrières ne sont pas respectées”, pointe-t-il. 

D’autres jugent en revanche la disposition inutile, quand elle n’est pas désagréable : “Le port du masque à l’extérieur est pénible pour tout le monde, pour une efficacité quasiment nulle”, estime l’épidémiologiste Martin Blachier, interrogé par franceinfo. “On sait que tous les clusters sont dans des lieux clos, et pas à l’extérieur. Cette mesure du port du masque à l’extérieur, c’est pour rassurer les gens. Nous sommes ici dans le domaine de gestion de la peur et non pas dans le domaine scientifique.” 

Pourquoi certaines villes l’imposent-elles ?

Faute de pouvoir adopter une réglementation au cas par cas qui s’adapte aux circonstances, de nombreuses municipalités préfèrent clarifier la consigne en généralisant le port du masque dans les secteurs propices aux regroupements. Selon Catherine Hill, cette volonté politique est nécessaire pour lutter efficacement contre l’épidémie.“Toutes ces demi-mesures sont une recette pour une catastrophe. Le message est trop compliqué”, affirme-t-elle à franceinfo.

Ainsi, le maire de Laval, Florian Bercault, a salué la généralisation du port du masque auprès de France Bleu Mayenne. Pour lui, il s’agit d’“une bonne mesure” qui “simplifie l’explication, la pédagogie”. “D’harmoniser les règles, de les simplifier, ça paraît être intéressant, au moins c’est clair, on sait à quoi s’en tenir, a-t-il indiqué. C’était une demande de nos concitoyens, des commerçants, des élus d’avoir une cohérence sur les règles prises.” Pour Florian Bercault, avec ce nouvel arrêté préfectoral, “on est vraiment dans de la sensibilisation, de la pédagogie” pour “ne pas oublier que le virus est toujours là, qu’il ne part pas en vacances”.

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