Coronavirus : «Nous nous préparons à une épidémie», précise Olivier Véran, ministre de la Santé – Le Parisien

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Lundi, le député Olivier Véran a été propulsé ministre des Solidarités et de la Santé, après le départ surprise d’ Agnès Buzyn dans la bataille des municipales à Paris. « C’est l’année des aînés », clame-t-il lors de sa visite dans la Loire, rappelant qu’une loi est pour eux en préparation. Loi sur l’autonomie, plan pour l’hôpital, sur son bureau les dossiers s’amoncellent. Mais en attendant, le médecin de formation doit faire face à l’inquiétante crise du coronavirus.

Faut-il craindre de nouveaux cas en France ?

OLIVIER VÉRAN. D’autres cas, c’est très probable. Une épidémie? Nous nous y préparons. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un seul malade en France, hospitalisé à Lyon. Son état de santé n’est pas préoccupant. Tous les autres, mis à part un homme de 80 ans qui est décédé, sont sortis, guéris et ne sont pas contagieux. J’ai fait le choix de mettre en quarantaine tous les Français rapatriés vendredi en provenance d’une zone rouge en Chine, c’est-à-dire où le risque de transmission virale est important. Ils seront placés en confinement pendant quatorze jours dans un centre de vacances du Calvados. A ce stade, rien n’indique que l’un d’eux est infecté. Nous restons en alerte maximale.

Ça veut dire quoi « se préparer » ?

Nous multiplions le nombre de laboratoires équipés en tests de diagnostic pour atteindre une capacité de plusieurs milliers d’analyses par jour et sur tout le territoire, contre 400 aujourd’hui. Nous poursuivons également l’équipement en masques. Santé publique France travaille avec les entreprises françaises qui en fabriquent, en plus des commandes déjà passées à l’étranger. J’ai réuni mardi une soixantaine de décideurs en matière de santé car le partage d’informations et le retour d’expérience sont essentiels.

Cela semble donc très sérieux…

Bien sûr que c’est sérieux, et nous nous mettons en situation. Si l’épidémie atteint l’Europe, je veux que nous soyons pleinement opérationnels. Je suis particulièrement attentif à la situation en Iran, en Corée du Sud où le nombre de cas augmente, ou encore au Japon, et plus près de nous en Italie, où un malade est décédé sans avoir été en Chine ni en contact connu avec un autre malade.

Sur France Inter mardi, vous avez salué la réactivité de la Chine, précisant qu’il serait impossible de « réaliser cela dans un pays dans lequel les réseaux sociaux seraient ouverts ». La censure, arme efficace contre le coronavirus ?

Certainement pas, et je regrette ce procès intenté sur un sujet si grave dans la période que nous connaissons. J’ai fait deux constats. Le premier est que la Chine dispose d’un système sanitaire réactif et de qualité. Le second, est que les Chinois n’ont pas le même degré de liberté que nous. En aucun cas je ne plaide aujourd’hui pour des mesures de confinement à grande échelle en France. Et je n’appelle à aucune forme de restriction des libertés.

Aussitôt nommé, vous avez annoncé une enquête sur le mal-être des hospitaliers. Ils ont rétorqué n’avoir pas besoin de constats, mais d’actes !

Cette enquête, une première en France, commencera dans quinze jours et j’y crois beaucoup. Jamais il n’a été donné l’occasion aux soignants de dire : voilà pourquoi je travaille à l’hôpital, voilà mes difficultés et mes attentes. Pour l’accompagner, j’organiserai des débats publics dans les hôpitaux avec des discussions à bâtons rompus. Mais elle ne retardera en rien les mesures de transformation de l’hôpital.

Quelles mesures ?

En premier lieu, la reprise par l’Etat de dix milliards d’euros de la dette des hôpitaux. Fin mars, je partagerai nos propositions sur l’organisation concrète et l’utilisation de cette reprise qui devrait donner entre 800 millions et 1 milliard d’euros par an supplémentaire aux hôpitaux! Je n’ai aucun a priori ni tabou sur la façon d’utiliser ces crédits : mesures RH, ouverture de lits, financement de projets innovants … Les établissements ont chacun leur spécificité et des besoins propres. J’accélère aussi le calendrier. Dès l’été, chacun saura de quelle somme il pourra disposer. La reprise de la dette doit être une réalité pour les soignants en améliorant leurs conditions de travail. Je suis médecin, je sais bien que des situations ne sont pas acceptables.

Lesquelles ?

Avoir un patient dans un couloir par exemple. Ou faute de lit, devoir l’hospitaliser dans un service qui ne le concerne pas. Une autre chose ne doit plus arriver : qu’un directeur d’établissement dise à ses équipes que l’infirmière en congé maternité ou son collègue en arrêt maladie ne seront pas remplacés parce qu’il n’en a pas les moyens. Alors, je l’annonce, je veux rendre systématique le remplacement de tout arrêt de travail prévisible supérieur à 48 heures. Je prendrai les mesures d’ici à deux mois.

Vous cherchez à apaiser une situation dont certains vous accusent d’être en partie responsable. Vous avez été rapporteur du budget de la Sécu où on demandait aux hôpitaux de serrer leur ceinture !

Aucun de mes interlocuteurs ne considère que les difficultés datent de 2017! Le mal a été fait en 2004, par l’instauration brutale de la tarification à l’activité (T2A), dont je veux que nous réduisions la part dans les plus brefs délais. Le mal a été fait en 2008, lorsque Nicolas Sarkozy a ôté à ceux qui soignent la légitimité de décider comment et avec quels moyens. Il a été fait avec une baisse constante des tarifs hospitaliers pendant dix ans, que nous avons stoppée. Il n’y aura plus de baisse des tarifs jusqu’en 2022.

Votre ministère comprend les Solidarités. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Je veux être le ministre qui lutte contre toutes les formes de fragilité car elles génèrent de l’exclusion. J’entends le faire du plus petit au plus grand âge. Je présenterai une grande loi sur la perte d’autonomie avant l’été.

Perte d’autonomie ? Elle ne s’appelle plus loi sur la dépendance ?

J’ai fait disparaître du décret qui fixe mes attributions le terme dépendance. Les mots ont un sens. La perte d’autonomie décrit un mécanisme actif et progressif, là où la dépendance indique qu’il est déjà trop tard. L’autonomie, ça se préserve. C’est ce que nous voulons faire. Les aînés ont été trop souvent les parents pauvres de la société. La loi, ambitieuse, prévoira la construction d’Ehpad et la modernisation des bâtiments existants, dont certains n’ont pas été rénovés depuis vingt-cinq ans. Il y aura une action résolue pour réduire le reste à charge des résidents. Je défendrai aussi des mesures pour garantir le plus longtemps possible le maintien à domicile des personnes âgées.

Aides à domicile, voilà un autre métier en souffrance…

Elles – car ce sont souvent des femmes – sont au carrefour des fragilités. Elles prennent soin de ceux qui en ont le plus besoin mais sont pour certaines d’entre elles des travailleurs pauvres. Pendant longtemps, on s’est dit : c’est pas grave. On ne se préoccupait pas d’un métier féminisé mal payé. Aujourd’hui, stop, c’est inacceptable! Alors, sans attendre la loi, j’ai indiqué ce jeudi aux aides à domicile que je débloquais 20 millions d’euros pour la revalorisation du secteur.

Vous-même avez été aide-soignant…

Oui, de nuit, en Ehpad, pour payer mes études. C’est le métier le plus dur, le plus brise reins, le moins bien payé et le moins reconnu socialement que j’ai exercé. J’ai le souvenir de nuits où je devais faire une sieste dans la voiture avant de reprendre le volant. Je sais à quel point avoir un nombre de soignants suffisants et reconnus est essentiel pour exercer ce magnifique métier dans de bonnes conditions et être bien traitant avec les patients.

Lors de votre investiture, vous avez dit vouloir faire de la santé environnementale votre priorité. Comment ?

Il y a dans la population des inquiétudes très fortes et légitimes. Je pense à ceux qu’on a appelés « les bébés sans bras », à l’incendie de l’usine de Lubrizol à Rouen, aux pesticides… Il faut que nous soyons mieux armés pour faire face aux risques liés à la santé environnementale. Celle-ci doit être territorialisée, structurée, et tournée vers les Français. Un problème quelque part? On doit pouvoir aller faire une enquête sur place. Aujourd’hui, nous sommes trop organisés par milieu. Prenez Lubrizol. Un jour, on était informés sur la qualité de l’eau. Le lendemain, de l’air. Or, nous avons besoin d’une évaluation globale et exhaustive de l’ensemble des risques. Sans doute devrons-nous inventer un nouveau métier de prévention. C’est l’avenir. Nous allons y travailler avec Elisabeth Borne (NDLR : la ministre de la Transition écologique).

Est-ce facile de remplacer une ministre, partie en pleine tempête, pour mener bataille aux municipales ?

Je suis prêt. Succéder à Agnès Buzyn est un honneur. Elle a une telle capacité de conviction que l’on a envie d’avancer avec elle. Je connais les dossiers, j’ai participé à l’élaboration du remboursement à 100 % des prothèses auditives et dentaires ou encore à la suppression du numerus clausus. Certaines méthodes seront différentes mais je me mets totalement dans les pas de ma prédécesseure, à qui je souhaite le plus beau des succès en mars, à Paris.

Emmanuel Macron veut des ministres impliqués dans la campagne municipale. Pourquoi ne pas vous être présenté à Grenoble, là où vous viviez et exerciez comme neurologue ?

J’ai fait le choix de ne pas me présenter à Grenoble, bien avant de savoir que je serai ministre. J’étais député, conseiller régional et n’étais pas à l’aise avec l’idée de multiplier les candidatures. Je soutiens totalement Emilie Chalas, candidate LREM à Grenoble.

Le sujet brûlant des retraites mobilise moins dans la rue mais l’opinion reste majoritairement contre. Comment allez-vous convaincre ?

Je suis né en 1980 – après donc 1975 – et je vais par conséquent entrer dans le système universel. Mon grand regret est que celui-ci n’ait pas existé avant. Car, comme beaucoup de Français, j’ai fait un nombre incalculable de petits jobs dès mes 18 ans. Mais voilà, ils ne comptent pour quasiment rien dans ma retraite. Celle-ci devrait avoir lieu à 67 ans, loin des 62 de l’âge légal ou des 64 de l’âge d’équilibre. Avec le nouveau système, chaque heure travaillée rapporte des points. Rien n’est perdu pour les cotisations de la retraite. Je comprends l’angoisse du changement. Il arrive dans un contexte de sentiment d’insécurité sociale fort. Mais jamais, nous n’avons eu une réforme des retraites aussi sociale, aussi redistributive. Elle est juste et égalitaire.

Le jour de votre nomination, vous, ancien du PS, avez plaisanté en disant que vous serez à la même place dans l’Assemblée mais un peu plus à gauche. Que faut-il comprendre ?

Quand je ne suis pas à l’aise avec quelque chose, je le dis. Mais il se trouve que je me reconnais pleinement dans la majorité En Marche. Je me reconnais dans la sortie de la précarité par l’emploi, dans la lutte contre les exclusions, dans le prendre soin. Je souhaite y apporter ma sensibilité sociale.

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