Coronavirus: Macron reprend la main sur le sanitaire – Le Figaro

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Retour en première ligne. En retrait de la crise du Covid depuis sa dernière intervention officielle sur le sujet, le 14 juillet dernier, Emmanuel Macron bouleverse ses plans. Face au rebond incontrôlé de l’épidémie, le président de la République renoue ce mercredi soir avec un exercice qu’il avait délégué à son gouvernement depuis la rentrée: l’intervention télévisée. Mais pas question de dramatiser. Si au début de la crise, il avait enchaîné les allocutions solennelles depuis l’Élysée et les messages délivrés lors de déplacements de terrain, c’est sous la forme d’une interview, à partir de 19 h 55 sur TF1 et France 2, que le chef de l’État s’adressera cette fois au pays. Et pas seulement pour parler de la crise sanitaire. «Il essaiera de donner des perspectives et un peu d’espoir aux Français dans ce domaine, explique un ministre. Il n’est pas là pour rajouter de l’angoisse à l’angoisse.» Et pour cause.

Le rebond de l’épidémie remet à plat toute la stratégie du chef de l’État. Avec le remaniement de juillet dernier et le remplacement d’Édouard Philippe par Jean Castex, Emmanuel Macron voulait tourner la page de la crise sanitaire, acter le plan de relance de l’économie et reprendre le fil réformateur de son quinquennat. Le président s’est donc tenu en surplomb de la crise sanitaire, laissant son premier ministre et le ministre de la Santé occuper le devant de la scène. «En vue de la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron cherche à éviter d’être un visage de la crise aux yeux des Français», glisse l’un de ses stratèges.

Il n’a jamais perdu de vue l’épidémie. Même si la deuxième vague arrive peut-être plus rapidement que prévu

Un membre du gouvernement

Entre deux Conseils de défense sanitaire, Emmanuel Macron tentait de reprendre le fil d’une activité ordinaire. Un jour en déplacement à Clermont-Ferrand pour parler égalité des chances. Le suivant au Panthéon pour lancer la séquence régalienne autour de la question du séparatisme islamiste. Plus tard aux Mureaux pour son grand discours sur le sujet… Raté. Depuis la rentrée scolaire, pas un jour ne passe sans que l’actualité de l’épidémie ne vienne renvoyer à l’arrière-plan le reste de son action. Pas un Conseil des ministres sans que le chef de l’État ne commence par évoquer la situation sanitaire du pays devant ses ministres. «Il n’a jamais perdu de vue l’épidémie. Même si la deuxième vague arrive peut-être plus rapidement que prévu», expose un membre du gouvernement.

En septembre déjà, la résurgence de l’épidémie l’avait poussé à décaler la présentation du plan de relance. Depuis, il ne parvient pas à reprendre le fil, ou alors de façon très ponctuelle. D’où sa nouvelle tentative, mercredi soir, en direct à la télévision. «On ne pouvait pas griller cette cartouche trop tôt. Or, l’aggravation de la situation implique une prise de parole présidentielle», argue un rouage important du pouvoir. «Son rôle, c’est surtout de dire aux Français ce que sera demain la transformation économique du pays. Il déclinera à nouveau le contenu du plan de relance, le maintien des citoyens dans l’emploi, l’intégration des jeunes sur le marché du travail. Il va montrer comment son action va impacter la vie des gens», assure un ministre.

«Il faut nommer les choses»

«Le président devra rassurer, tout en rendant lucide sur le risque qu’encourent nos citoyens. Ne pas affoler, tout en expliquant que la situation est difficile», développe une autre. Et surtout nommer les choses. Le 16 mars, le chef de l’État avait soigneusement évité de parler de confinement. Si un couvre-feu devait être mis en place dans les grandes métropoles, prononcera-t-il le mot? «Il faut nommer les choses, c’est important», pousse un ministre. Emmanuel Macron espère provoquer un sursaut dans la population. Car son premier ministre, Jean Castex, a beau rappeler l’importance du respect des consignes sanitaires et appeler à la mobilisation, sa communication se révèle peu efficace.

Au moment où le pays s’interroge, il est important que le président s’adresse aux Français

Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement

«Le président est le mieux placé. Il est celui en France qui mesure le mieux la dimension de cette crise, les risques encourus, la réalité de ce que nous vivons si cela devait s’aggraver encore», appuie un interlocuteur régulier du chef de l’État. Le locataire de l’Élysée devrait aussi expliquer «comment le pays va devoir vivre avec le virus» et démontrer que le respect des consignes sanitaires porte ses fruits. Ainsi, au printemps, une personne malade en contaminait trois autres. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un peu plus d’une personne, rappelle une source gouvernementale. «Au moment où le pays s’interroge, il est important que le président s’adresse aux Français, qu’il explique la stratégie, mais aussi qu’il montre les évolutions qui rendent optimiste», explique Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, qui rappelle que des signaux positifs apparaissent dans certains départements.

En évoquant une «deuxième vague forte» et la possibilité de procéder à des reconfinements locaux, lundi matin, Jean Castex a fait monter la pression d’un cran sur le sujet. Dans le même temps, Jean-Baptiste Lemoyne, chargé du Tourisme au gouvernement, incitait les Français à réserver leurs vacances de la Toussaint… De quoi alimenter le sentiment de confusion qui règne depuis la rentrée. L’intervention d’Emmanuel Macron devra aussi servir à reprendre la main et de la hauteur en parallèle d’une communication gouvernementale parfois brouillonne.

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