Coronavirus: lorsque la France passera en phase 3… – Le Figaro

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«On est très vigilant à avoir des mesures proportionnées», expliquait le 6 mars Emmanuel Macron en visite dans un Ehpad. Un principe qui devrait continuer de guider la gestion de la crise du coronavirus: voilà plusieurs jours que les autorités préparent l’idée d’un passage au stade supérieur du plan pandémique. «Nous évoluons vers le stade 3 de façon progressive, probablement inéluctable», indiquait samedi le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, tout en précisant que «le passage d’un stade à l’autre n’a rien à voir avec la dangerosité du virus, il implique tout simplement une gradation, mais surtout une continuité dans la prise en charge».

Au-delà de son impact symbolique, le passage en phase 3 du plan pandémie grippale signifie la probabilité accrue de mesures radicales susceptibles d’impacter la vie des Français. Pour le gouvernement, il ne s’agit plus seulement de protéger la population, mais de préserver le fonctionnement de la société.

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Le ministre de la Santé Olivier Véran l’expliquait dès le 4 mars: «Au stade 3, il convient à la fois de freiner le virus (on continue de prendre des mesures pour freiner la progression de l’épidémie), mais en même temps de gérer les conséquences de l’épidémie de manière à préserver la vie sociale et la vie économique de la nation.» Son ministère navigue entre le risque d’en faire trop et celui de ne pas en faire assez… Olivier Véran prévenait aussi: «Les mesures à prendre qui pourraient être amenées à durer devront toujours être guidées par le principe de proportionnalité.» Rien n’est de toute façon automatique dans les mesures proposées aux différentes phases du plan pandémie, la règle étant la flexibilité dans leur mise en œuvre. Le plan laisse donc place à l’appréciation des décideurs, selon le double principe rappelé par Olivier Véran.

La fermeture des crèches ou établissements d’enseignement impose de mettre en balance l’efficacité attendue de la mesure et l’impact de celle-ci sur la vie des familles, alors que pour interdire des événements culturels ou sportifs il faut estimer, d’un côté, l’intérêt de réduire la diffusion du virus dans des populations à risque ou dans la population générale et, de l’autre, les effets délétères de ces mesures sur la vie sociale et la vie économique.

Protéger le personnel de santé en priorité

La restriction des visites dans les établissements pour personnes âgées dépendantes ou autres structures d’accueil des seniors s’est imposée dès la phase 2. Les données de l’épidémie en Chine indiquent en effet une mortalité due au coronavirus d’autant plus élevée que l’on est âgé. Cette mesure est à renforcer en phase 3, lorsque le virus circule activement dans la population. Les autorités l’ont rappelé vendredi, puis samedi, ouvrant la possibilité de déclencher dans les établissements médico-sociaux le plan bleu, qui permet de garantir la continuité des prises en charge par une organisation et une mobilisation des personnels dédiées. Pour les hôpitaux et les cliniques, c’est le plan blanc qui s’impose. Des mesures spécifiques peuvent aussi être décidées au niveau départemental: le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, décidait ainsi vendredi «l’interdiction de visites pour les mineurs dans les hôpitaux et les établissements pour personnes âgées».

Chacun doit limiter ses déplacements individuels non essentiels, et si besoin privilégier les moyens de transport individuels.

Une des priorités est la protection des personnels de santé, déjà souvent en tension en dehors de toute crise. Protéger les soignants, comme d’ailleurs les autres fonctionnaires des services publics, est crucial face à une épidémie qui peut durer plusieurs semaines. «Une pandémie grippale est une crise de ressources humaines», souligne le plan pandémie grippale, notamment pour les missions de services public. Première raison: l’absentéisme. «L’absentéisme dû à une pandémie, est provoqué par les personnes malades, les personnes devant s’occuper de proches malades ou, selon la perception du risque au sein de la population, par un phénomène d’inquiétude», analyse le plan pandémie. Deuxièmement, «l’apparition de missions nouvelles en raison de la pandémie, en plus des missions habituelles». Le plan prévoit d’ailleurs que «les pouvoirs publics et en premier lieu le maire, peuvent recourir au bénévolat pour des actions de solidarité et de cohésion sociale ou pour des missions d’intérêt général non couvertes par ailleurs par le personnel communal ou les professionnels.» D’abord les bénévoles réguliers des associations agréés de sécurité civile et ceux des grandes associations caritatives, humanitaires ou d’entraide. Des bénévoles de la réserve communale de sécurité civile peuvent aussi être sollicités.

La question des transports est importante. Chacun doit limiter ses déplacements individuels non essentiels, et si besoin privilégier les moyens de transport individuels. Dans ses recommandations, le gouvernement doit trouver le bon équilibre pour réduire les risques de contamination liés aux transports en commun, tout en évitant la saturation des réseaux routiers et autoroutiers.

Le ministère de l’Économie et des Finances peut mettre en place une surveillance des prix et de la disponibilité des produits dans les lieux de distribution, afin de détecter «des hausses de prix injustifiées sur des produits de première nécessité ou essentiels en cas de crise ou des ruptures d’approvisionnement». Cela a été fait sur les gels hydroalcooliques, dont les prix s’étaient envolés avant d’être plafonnés par les autorités. Une filière est prioritaire pour la fourniture d’eau, d’énergie (électricité, gaz, fuel), celle des exploitations agricoles, des industries agroalimentaires, des fabricants de produits industriels, des transporteurs notamment routiers. Les experts considèrent que «l’absentéisme dans les exploitations ou les entreprises et le manque de disponibilité du transport routier de marchandises représentent les principaux risques pour le fonctionnement des filières agroalimentaires».

Les entreprises doivent activer leur plan de continuité d’activité. Il s’agit notamment de favoriser le télétravail, de limiter les déplacements et les réunions. En cas de pénurie de personnel dans les entreprises dont l’activité serait vitale pour l’économie, le recours à d’autres effectifs est envisageable: «personnel d’autres entreprises», «jeunes retraités», «étudiants ayant une expérience avérée de l’entreprise ou du milieu professionnel concerné». On viserait alors en particulier les étudiants (avec une expérience d’au moins 6 mois) de l’enseignement professionnel et technologique, en apprentissage, en formation dans le cadre médico-social ou en contrat de professionnalisation.

L’hôpital et la médecine de ville, un peu oubliée ces dernières semaines, doivent se préparer à absorber l’onde de choc. La prise en charge des patients suspectés ou confirmés d’infection au Covid-19 change en phase 3. D’abord, il n’est plus question de faire des prélèvements sur tous les cas suspects. «On ne teste que ceux qui présentent des signes de gravité», expliquait vendredi le Dr Marc Noizet, chef du Samu 68, «la recherche des cas de transmissions possibles n’est plus réalisable». Un malade présentant un syndrome grippal compatible avec le diagnostic est présumé atteint du Covid-19. «Ça veut dire bien sûr que localement les chiffres ne seront plus totalement vrais, mais on doit se concentrer sur les gens qui ont des critères de gravité pour les soigner», ajoutait le médecin.

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