Coronavirus : l’espoir et l’humilité – Le Monde

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Emmanuel Macron, lors de sa quatrième allocution télévisée depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en France, le 13 avril.

Editorial. Bloqués chez eux depuis un mois, les Français ont enfin un horizon. Lundi 13 avril, lors de sa quatrième intervention télévisée depuis le début de la crise, le président de la République leur a annoncé que le déconfinement débuterait à partir du 11 mai, assorti d’une réouverture progressive des crèches, des écoles, des collèges et des lycées.

S’il y a deux façons de lire cette annonce, Emmanuel Macron a incontestablement choisi d’insister sur la plus optimiste. « L’épidémie commence à marquer le pas » et « l’espoir renaît », a-t- il souligné à l’adresse d’une population dont les nerfs commencent à être éprouvés par l’isolement ; celui-ci est, dans le meilleur des cas, prolongé d’un mois. Même mesuré, cet optimisme reste tempéré par le conditionnel, car la date du 11 mai retenue par le chef de l’Etat repose sur un double pari : que l’épidémie liée au Covid-19 soit, ce jour-là, maîtrisée et que le déconfinement soit préparé avec suffisamment de rigueur pour que sa mise en œuvre n’entraîne pas de ressaut de l’épidémie.

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Il appartient au gouvernement et à un haut fonctionnaire, Jean Castex, nommé délégué interministériel chargé des stratégies de déconfinement, de préparer cette phase cruciale dans les moindres détails. Elle consistera à mettre à l’abri les plus fragiles, à tester ceux qui ont des symptômes, à confiner strictement les malades et à équiper en « masques grand public » l’ensemble de la population. Le plan est cohérent, mais tout relèvera de l’art de l’exécution. « Rien n’est acquis », a averti le chef de l’Etat, alors que, selon le dernier bilan, la pandémie a fait 14 967 morts en France.

Changement de posture

Jusqu’à présent, Emmanuel Macron s’était beaucoup appuyé sur la communauté scientifique pour justifier ses décisions. Cette fois, il assume tout, en passant outre aux réticences exprimées par certains médecins, qui jugeaient prématurée la réouverture progressive des écoles et des lycées. « Trop d’enfants, notamment dans les quartiers populaires, dans nos campagnes, sont privés d’école sans avoir accès au numérique », a-t-il fait valoir, mettant constamment en avant la question sociale. Ainsi a-t-il annoncé une aide « sans délai » aux familles « les plus modestes » et aux étudiants « les plus précaires », mesure que, depuis quelques jours, la gauche et les associations réclamaient avec insistance.

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Au moment où le pays, sonné par la crise sanitaire, se prépare à affronter le choc de la récession, le changement de posture est manifeste. Pour tenter de vaincre la défiance liée à la pénurie récurrente de masques et de tests, le registre guerrier a été abandonné au profit d’un discours beaucoup plus humble et inclusif. Peu enclin au repentir, Emmanuel Macron a, pour la première fois, admis « un manque de préparation », « des fautes », « des insuffisances » et « des ratés » dans la gestion de l’épidémie. Modeste, il a reconnu son impuissance à prévoir la fin de l’épidémie, dans la mesure où l’immunité collective est très loin d’être acquise. Humain, il a marqué sa compassion et sa reconnaissance envers les Français, qui, par leur discipline et leur engagement, ont fait que le pays a tenu.

Si l’heure de la reconstruction n’est pas encore venue, le chef de l’Etat a compris que la crise lui imposait de devenir beaucoup plus rassembleur avant d’engager les deux dernières années de son mandat. « Sachons nous réinventer, moi le premier », a-t-il lancé. Et ce « moi le premier » disait tout du défi qui l’attend.

Le Monde

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