Coronavirus : Faut-il rendre obligatoire un futur vaccin contre le Covid-19 ? – 20 Minutes

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Un test de vaccination en Russie contre le coronavirus — Sputnik/SIPA
  • Ce lundi, l’hypothèse de trouver un vaccin contre le coronavirus a été renforcée par l’annonce d’un candidat vaccin efficace à 90 %.
  • Peu de temps après cette annonce, des politiques ont lancé l’idée d’imposer un futur vaccin à une population française jugée très récalcitrante.
  • Faut-il vraiment rendre la vaccination obligatoire ? « 20 Minutes » fait le point.

L’annonce ce lundi d’un candidat vaccin efficace à 90 % contre le coronavirus a enflammé les débats politiques. Si un vaccin était trouvé, faudrait-il le rendre obligatoire afin d’assurer la sacro-sainte immunité collective de la population et se débarrasser des vagues épidémiques du Covid-19 ? Le débat se pose d’autant plus en France, où seulement 55 % de la population se dit prête à se faire vacciner selon un sondage Ipsos publié ce mardi. Un sondage Odoxa publié ce jeudi montrait que 60% des Français s’opposeraient au caractère obligatoire du vaccin.

Faut-il forcer les récalcitrants à se vacciner ? Beaucoup de politiques se sont déjà penchés sur la question. Yannick Jadot, chef de file d’Europe Ecologie Les Verts, s’exprimant dès ce mardi pour une obligation de vaccination. Le Parti Socialiste demandait lui ce jeudi à ce qu’un potentiel vaccin contre le coronavirus soit considéré comme un bien commun universel, mais laissait bien le choix dans sa proposition de résolution au gouvernement de trancher pour une obligation de vaccination. Une bonne idée ? « 20 Minutes » fait le point.

Peut-on rendre un vaccin obligatoire ?

Oui, et c’est déjà le cas en France pour la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, aussi connu sous le nom de DTP, obligatoire pour les nourrissons et les enfants, fortement incité ensuite en rappel. Pour la diphtérie seule, la vaccination obligatoire remonte même à 1938. Un parent refusant de faire vacciner son enfant contre le DTP peut être puni de 2 ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende.

Est-il possible d’imposer un vaccin contre le coronavirus ?

« Plus je vois la défiance des populations, plus je me dis qu’une obligation stricte, sans débat et non ciblée n’a pas vraiment de sens et ne ferait que renforcer les théories complotistes », tranche Hélène Rossinot, docteure et experte en santé publique, pour qui il faudra d’abord régler « la crise de confiance » que traverse le monde médical et politique. Même avis chez le médecin généraliste et auteur Christian Lehmann : « Le rôle de la médecine, c’est de convaincre, pas d’imposer, il ne faut pas entrer dans une médecine paternaliste. Imposer, c’est avoir perdu la confiance. »

Le médecin l’a d’ailleurs bien remarqué, « il est parfois plus difficile de faire vacciner les gens maintenant que de plus en plus de vaccins sont obligatoires qu’avant, où on pouvait y aller avec pédagogie ». Selon lui, même certains parents acceptant de faire vacciner leurs enfants sans s’en plaindre gardent néanmoins « une rancœur et une défiance envers la médecine, qui apparaît désormais comme politique et non plus seulement sanitaire. »

Dernier point pour Hélène Rossinot, et non des moindres, les vaccins obligatoires comme la DTP sont éprouvés depuis des décennies, « et ont fait preuve de toute leur efficacité et de leur innocuité. Ce qui est plus justifiable à imposer qu’un nouveau vaccin au long terme forcément inconnu. »

Comment faire pour restaurer la confiance ?

Si on refuse l’imposition de la vaccination, faut-il tout de même s’inquiéter de ce pourcentage de Français sceptiques et commencer dès à présent à tenter de convaincre la population de l’intérêt d’une vaccination contre le coronavirus afin d’avoir des Français plus favorables, dès que le vaccin sortira ?

Pour Hélène Rossinot, pas du tout, il faut au contraire attendre que le vaccin sorte pour commencer à évoquer ses bienfaits, question de crise de confiance, une fois encore. « Il y a eu tellement de tâtonnements, de revirement scientifiques et politiques durant cette crise sanitaire que pour une fois, on ferait mieux de temporiser et d’attendre des faits solides. On ne va quand même pas vendre les vertus d’un vaccin qui n’existe pas encore ! Attendons d’avoir du recul et des faits pour une fois, et à partir du moment où on les aura, on convaincra les Français. » Plusieurs « revirements » dans les paroles gouvernementale ou scientifique ont effectivement depuis le début de la crise été sources de défiance : les masques, l’hydroxychloroquine.

En ce sens, Christian Lehmann trouve même plutôt logique et rassurant le pourcentage de Français sceptiques à une future vaccination : « Heureusement que les gens sont méfiants et inquiets quand on leur parle d’une obligation d’un produit qui n’existe pas. » Avant de convaincre, reste donc à apporter des faits et poser des preuves scientifiques sur la table.

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