Coronavirus en France : un 1er-Mai confiné avec une multitude d’interrogations sur le déconfinement – Le Monde

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Des manifestants lors d’un rassemblement interdit vendredi 1er mai 2020, à Marseille.

Pas de cortège et guère de muguet, les Français passent leur 1er-Mai confinés, coronavirus oblige, avec une multitude d’interrogations sur les conditions du déconfinement et sur fond de couacs autour de la carte présentée la veille par le gouvernement. Cette carte, provisoire, rassemble les critères qui seront utilisés pour classer les départements selon le risque infectieux et moduler le déconfinement des populations en fonction des territoires.

Le coronavirus a fait depuis le 1er mars dans l’Hexagone 24 376 morts, dont 289 entre mercredi et jeudi. Les services de réanimation comptent désormais 4 019 patients, contre près de 7 200 le 9 avril.

  • Un 1er-Mai confiné

Concerts de casseroles depuis les balcons, chants collectifs, manifestations en ligne et pancartes revendicatives : les syndicats, sortis déçus d’une réunion par visioconférence avec Edouard Philippe sur les modalités du déconfinement, célèbrent la Journée internationale des travailleurs sans cortège, mais sur les réseaux sociaux et à travers quelques brefs rassemblements.

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« C’est l’occasion de porter les exigences sociales que nous défendons depuis longtemps et que la crise a mises en exergue », expose Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. Avec la FSU, Solidaires, les mouvements lycéens FIDL, MNL, UNL et étudiant UNEF, il a appelé à mettre en lumière les « oubliés » et les « invisibles de nos sociétés ». En ligne de mire, les personnels de santé, les salariés du commerce, de l’agroalimentaire, du paramédical, du social, de l’entretien, les agents du service public, en première ligne dans la lutte contre le coronavirus.

Confinement oblige, les traditionnelles manifestations ont été annulées, même si quelques appels à se rassembler ont été lancés hors syndicats. Une quinzaine de personnes se revendiquant du « comité de solidarité avec les grèves et résistances » ont tenté de manifester place de la République à Paris, en vain. Cinq personnes ont été interpellées pour outrage et rébellion, et dix verbalisées, selon la préfecture de police. Des rassemblements sont aussi organisés devant les hôpitaux. « Ce seront des moments très courts, avec prise de photos et vidéos, puis les gens partiront », rapporte Mireille Stivala (CGT), qui a elle-même organisé une initiative dans la matinée à l’hôpital Saint-Louis, à Paris.

Une « manifestation » place de la République, à Paris, vendredi 1er mai 2020. Julien Muguet pour Le Monde.
  • Macron salue « l’esprit du 1er-Mai » dans une vidéo

« C’est grâce au travail, célébré ce jour, que la Nation tient », a affirmé vendredi Emmanuel Macron en assurant que les Français retrouveront des « 1er-Mai heureux ». « Ce 1er-Mai 2020 ne ressemble à aucun autre », déclare le chef de l’Etat dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. « Aujourd’hui, pas de rassemblement dans nos villes pour fêter, comme nous le faisions depuis tant d’années, la journée internationale des travailleurs », ajoute-t-il. Il affirme « avoir une pensée en ce jour pour les organisations syndicales qui ne peuvent tenir les traditionnels défilés, avoir une pensée pour les travailleuses, les travailleurs de notre pays ».

Un discours accueilli fraîchement par les syndicats. « Il faudra arrêter de gérer les choses avec seule une logique budgétaire. On voit l’impasse dans laquelle ça nous a amenés au niveau de l’hôpital », a réagi sur France Info Laurent Berger, le numéro un de la CFDT. Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, s’est montré encore plus sceptique : « On a l’habitude de ce genre de message du président, qui s’oublie quelques jours après. Il faut maintenant passer aux actes », a-t-il lancé sur France Inter.

  • La vente de muguet possible seulement sur livraison ou à emporter

Taieb, 72 ans, achète du muguet pour sa femme et son voisin, « pour la chance », dit-il, à Paris, vendredi 1er mai 2020. Julien Muguet pour Le Monde

Le gouvernement a publié jeudi un rappel à la règle concernant les ventes de muguet par les fleuristes ce 1er mai, soulignant que n’étaient autorisés que les livraisons et les retraits de commande sur le pas de leur porte. Cette précision exclut de fait une autorisation formelle de ventes directes de muguet chez les fleuristes, que la Fédération des artisans fleuristes avait annoncée dans un communiqué plus tôt dans l’après-midi en précisant qu’elle aurait lieu « devant les magasins ».

« Les magasins des fleuristes sont fermés comme tous les autres magasins », a affirmé le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, sur CNews jeudi soir, « il ne peut pas y avoir de discrimination ». « Ce que nous avons autorisé, c’est que les fleuristes puissent livrer ou qu’on puisse retirer sa commande devant le magasin, mais en aucun cas les magasins ne peuvent être ouverts », a-t-il ajouté. La vente de muguet est également autorisée dans les commerces de première nécessité dont l’ouverture est autorisée depuis le début du confinement, comme les boulangeries.

  • Le prix des masques chirurgicaux plafonné à 95 centimes

Le prix des masques chirurgicaux qui seront vendus dans les commerces dans le cadre du déconfinement sera plafonné à 95 centimes d’euro l’unité, a annoncé vendredi la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie, Agnès Pannier-Runacher, sur RTL.

En revanche, il n’y aura pas de plafond pour les masques textiles. Mme Pannier-Runacher a justifié cette décision par le fait que « l’offre est beaucoup moins homogène que celle des masques chirurgicaux » : « Vous pouvez avoir des masques en tissu qui sont utilisables une fois, et d’autres qui sont utilisables plus de quarante fois. Donc comparer les prix ne serait pas légitime. »

Toutefois, « on va faire des enquêtes chaque semaine, avec des relevés de prix, circuit de distribution par circuit de distribution, et on va s’assurer qu’il n’y ait pas de dérive des marges, a-t-elle assuré. Et si, effectivement, on s’aperçoit qu’il y a une dérive, alors on prendra un arrêté de plafonnement. »

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  • Des cartes pour mettre en œuvre le déconfinement

En vue du déconfinement progressif, l’exécutif a présenté jeudi une carte provisoire classant des départements en rouge, orange et vert selon l’état de l’épidémie et des services de réanimation. Mais quelques heures plus tard, des couacs ont commencé à remonter de certains départements ne comprenant pas pourquoi ils étaient classés « rouge » : la Haute-Corse, le Lot et le Cher. Les Agences régionales de santé (ARS) concernées ont reconnu des erreurs de comptage.

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L’ARS de Corse a indiqué que « le nombre de passages aux urgences pour Covid a été surestimé » et promet « une fiabilisation et une correction des données (…) au plus vite ». Dans le Lot, « un nombre de prélèvements récemment effectués par des services d’urgence lotois [ont] conduit ces dernières semaines à surévaluer le pourcentage de passages aux urgences pour suspicion de coronavirus par rapport à la réalité. L’indicateur retenu au niveau national s’en est trouvé vraisemblablement faussé », note l’ARS d’Occitanie.

Le président du département du Lot, Serge Rigal, a exprimé son mécontentement pour cette « erreur de l’année » dans un courrier au ministère de la santé. « S’il y a des bugs sur le classement, c’est parce que le système reste trop centralisé », a déploré sur Franceinfo François Sauvadet, président de la Côte-d’Or, département classé rouge notamment car il accueille des patients de départements voisins, a-t-il expliqué. En Dordogne, le président du département, Germinal Peiro, s’est dit « stupéfait » du classement en orange, rappelant qu’« il y a très peu de cas en Dordogne, que l’hôpital de Périgueux n’est absolument pas saturé, et que le laboratoire départemental (…) a la capacité de faire 1 000 tests par jour ».

  • Le marché automobile français en chute de 88,8 %

Le marché français de l’automobile a subi un nouveau choc en avril, reculant de 88,8 %, victime de l’épidémie due au coronavirus et des mesures de confinement de la population, qui ont mis le commerce automobile à l’arrêt, selon les données publiées vendredi par les constructeurs. Dans ce contexte hors norme, les groupes français ont été affectés, comme l’ensemble du marché. PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel) a vu ses immatriculations de voitures particulières neuves s’effondrer (− 84,3 %), tout comme le groupe Renault (− 83,8 %), avec Dacia et Alpine, d’après les chiffres du Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA).

  • Une baisse historique du PIB

De son côté, l’Insee a fait savoir jeudi que la contraction du produit intérieur brut (PIB) de 5,8 % au premier trimestre était la baisse la plus forte depuis le début des évaluations trimestrielles du PIB, en 1949, et qu’elle dépassait largement les reculs du premier trimestre 2009 (− 1,6 %) ou du deuxième trimestre 1968 (− 5,3 %).

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La consommation des ménages plonge, elle, de 6,1 % sur le trimestre, conséquence logique de la fermeture des commerces non essentiels et des lieux de loisirs notamment. Sur le seul mois de mars, la chute de la consommation des ménages est encore plus spectaculaire : 17,9 %, selon l’indicateur publié par l’Insee. L’ampleur de ces chiffres, qui ne prennent en compte que deux semaines de confinement, laisse augurer un impact bien plus important de cette situation sur le PIB au deuxième trimestre.

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